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Marc Vernier, président de la CMA des Landes : « L’artisanat reste positif »

En dépit de la crise sanitaire, l’artisanat landais reste attractif avec une hausse de 6,5 % des immatriculations en 2020. Marc Vernier, président de la chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) des Landes, fait le point sur les engagements de la chambre consulaire sur le plan France Relance, la formation et l’apprentissage ou le renforcement des services de proximité à ses ressortissants dans le cadre de la régionalisation des CMA au 1er janvier.

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Les Annonces Landaises : En pleine crise de la Covid-19, le nombre d’entreprises artisanales a augmenté de 6,5 %, en 2020, dans les Landes. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Marc Vernier : La crise pouvait nous inciter à penser que le solde entre créations et radiations serait équivalent à 2019, voire en régression. Or, nous obtenons un delta très positif avec 1 971 nouvelles entreprises inscrites au registre des métiers (+ 2 % par rapport 2019), alors que les radiations sont en baisse (803). Et les quatre filières de l’artisanat (alimentation, bâtiment, production, services) sont concernées par cette progression. Il faut néanmoins moduler ce constat, dans la mesure où sur les 12 082 structures artisanales landaises, quasiment 50 % sont des microentreprises. En 2020, l’effet Covid a pu motiver certains salariés à se lancer dans une activité indépendante. La chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) des Landes a d’ailleurs enregistré une poussée des demandes de formations en reconversion, notamment de la part du personnel hospitalier qui souhaitait se tourner vers un autre métier de service.

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LAL : La baisse des radiations est-elle un phénomène en trompe-l’œil, lié aux aides Covid ?

M. V. : En effet, ce chiffre n’est pas significatif dans la mesure où l’effet Covid n’est pas perceptible en 2020. En 2021, de la même manière que le nombre d’affaires devant les tribunaux de commerce risque d’être en très nette augmentation, alors qu’il était en régression en 2020, nous aurons davantage de radiations dues aux effets de la crise. Il y a actuellement des concertations entre les chambres consulaires et les tribunaux de commerce pour une organisation adaptée aux entreprises qui rencontreront des difficultés financières en raison de la crise, au moment de payer les charges ou de rembourser le Prêt garanti par l’État. Il sera impératif qu’elles se mettent sous la protection du tribunal de commerce, que ce soit en sauvegarde ou en redressement. À notre avis, ces entreprises affectées directement par la crise ne doivent pas être traitées de la même manière que celles qui étaient déjà en difficulté auparavant et sont actuellement sous perfusion.

LAL : Comment les artisans landais ont-ils vécu cette période marquée par deux confinements ?

M. V. : Globalement, l’artisanat s’est plutôt bien comporté. Et en dépit du manque de visibilité, les artisans restent positifs et confiants. Le bâtiment qui était arrivé à un niveau convenable fin 2019, après un mois d’arrêt en mars, a pu reprendre les chantiers dès le mois d’avril avec la mise en place d’un protocole sanitaire. En parallèle, les instructions de permis de construire ont été plus tardives, mais elles ont été relancées dès le premier confinement. À fin 2020, le bâtiment va bien. Le souci pour ce secteur porte plutôt sur la fin 2021, en raison de la baisse de demandes de permis de construire. Les consommateurs hésitent en effet à réaliser leurs projets. Sur l’alimentaire, au début du premier confinement, nous nous sommes associés avec la chambre d’agriculture pour imposer une alternative à la seule offre des grandes et moyennes surfaces avec la réouverture des marchés ruraux. À fin 2020, l’alimentaire a retrouvé sa dynamique. Il faut néanmoins pérenniser le retour des consommateurs vers le commerce de proximité.

Nous sommes, en revanche, très inquiets pour le secteur des services que l’on a indûment qualifiés de « commerces non essentiels ». Au-delà des conséquences économiques de leur fermeture administrative, le choc a aussi été psychologique pour ces acteurs de métiers passion, en particulier pendant le second confinement. Alors qu’ils craignent de devoir refermer, certains n’ont pas retrouvé leur clientèle, dans la mesure où les conditions sanitaires très strictes de leur réouverture ne permettent pas à tous d’atteindre leur seuil de rentabilité. On estime à 30 % la part des entreprises susceptibles de fermer dans les services.

NOUS SOMMES, EN REVANCHE, TRÈS INQUIETS POUR LE SECTEUR DES SERVICES

LAL : Comment la CMA compte-t-elle contribuer à la mise en œuvre du plan France Relance ? Quel intérêt présente-t-il pour les artisans ?

M. V. : La CMA a pris toute sa place dans le comité de pilotage mis en place par la préfecture avec tous les acteurs économiques. Nous relayons le plan de relance pour la part qui revient à nos ressortissants directement ou indirectement. Le volet énergétique va notamment donner du travail aux entreprises du bâtiment. Pour leur permettre de concourir aux appels à projets, nous les accompagnons dans l’établissement des dossiers. Le sentiment actuel des artisans est que ce plan de relance s’adresse plus aux grosses structures qu’aux TPE, alors que ces dernières ont toute leur part à prendre dans le dispositif. Pour qu’il puisse être mis en œuvre « par les territoires et sur les territoires », comme le souhaite le Premier ministre, il faut éviter que les dispositifs soient des usines à gaz.

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LAL : Comment la formation et l’apprentissage ont-ils traversé cette période complexe ?

M. V. : Là encore, nous pensions qu’il y aurait une baisse du nombre d’apprentis. Si l’effet Covid existe, et si plusieurs entreprises ont renoncé à prendre des apprentis, globalement toutes les actions pour promouvoir l’apprentissage comme filière d’excellence et d’éducation et les aides complémentaires du gouvernement ont porté leurs fruits. Sur le département, l’effectif est au moins égal à la rentrée 2019, avec même une augmentation de 12 % au centre de formation des apprentis (CFA) Gustave-Eiffel de la CMA à Mont-de-Marsan qui accueille 900 apprentis.

LAL : Le nombre d’entreprises accueillant des apprentis augmente-t-il dans les mêmes proportions ?

M. V. : De nouvelles règles ont été mises en place. Auparavant, un apprenti n’était admissible en CFA que s’il avait un contrat d’apprentissage. Il dispose désormais de six mois pour trouver une entreprise à partir de son intégration au sein du CFA. Nous devons convaincre de plus en plus d’entreprises à prendre des apprentis.

LES CFA SE SONT ADAPTÉS À L’ENSEIGNEMENT À DISTANCE À UNE VITESSE ÉCLAIR

LAL : Comment les CFA s’adaptent-ils aux contraintes sanitaires ?

M. V. : Dès le début du premier confinement, les CFA se sont adaptés à l’enseignement à distance à une vitesse éclair. Pour diviser les effectifs dans les classes afin de répondre aux contraintes sanitaires, nous avons organisé des roulements, et favorisé, quand c’était possible, le placement dans les entreprises, avec le maître d’apprentissage en relais des formateurs.

LAL : L’enseignement à distance peut-il perdurer ?

M. V. : L’enseignement à distance ouvre des pistes. La formule permet de placer plus longtemps l’apprenti en situation de travail dans l’entreprise. Elle pourrait aussi favoriser l’accueil de nouveaux apprenants landais, sans poser les problèmes de déplacements et d’hébergement. Mais, on ne peut pas imaginer de tout dématérialiser. Une part de l’enseignement en présentiel doit être maintenue.

LA RÉGIONALISATION NOUS PERMET DE NOUS CONSACRER AU SERVICE DE PROXIMITÉ AUPRÈS DE NOS RESSORTISSANTS

LAL : Dans le cadre de la régionalisation des CMA, effective depuis le 1er janvier, êtes-vous parvenu à faire entendre la voix des Landes ?

M. V. : Les fonctions supports des CMA qui, jusque-là, étaient divisées sur 12 départements sont désormais réunies au niveau régional et uniformisées, avec un correspondant dans chaque département. Mais, la gouvernance reste la même puisque ce sont toujours les présidents départementaux des CMA, réunis au sein du bureau régional, qui définissent la ligne politique. Chaque président doit défendre les intérêts de son département en rapportant ses spécificités. Les Landes ont, par exemple, un certain nombre de conventions locales avec l’Organisation des meilleurs apprentis de France ou des clubs locaux de basket, de rugby pour prendre des jeunes en formation. Le financement de ces opérations doit être porté au sein des budgets régionaux d’initiatives locales. Quoi qu’on veuille en dire, la régionalisation est devenue une obligation légale. J’y vois plutôt un intérêt, à condition que les rouages soient bien huilés pour assurer la réactivité dans ses décisions. Dans chaque département, elle nous permet de nous consacrer au service de proximité auprès de nos ressortissants.

Le bureau de la CMA des Landes (de gauche à droite) : Jean-Luc Tachon, Jean-Luc Lesbats, Patrice Lartigue, Marc Vernier, Victor Pereira, Marie-Carmen Lavielle, Guylaine Gaüzère. Jean Dulamon (absent sur la photo) © CMA Landes

LAL : Cette régionalisation a-t-elle eu un impact sur l’effectif de la CMA des Landes ?

M. V. : Je m’étais engagé à ce que les 140 salariés de la chambre de métiers et de l’artisanat et du CFA Gustave-Eiffel trouvent leur place dans la régionalisation ou dans les fonctions supports régionales, exercées à distance. Si quelques collaborateurs ont préféré une autre voie, tous les autres ont trouvé leur place.

LAL : Où en sont les conventions de partenariat entre la CMA et les communautés de communes et d’agglomération ?

M. V. : La CMA des Landes a signé une convention cadre de principe avec les 18 communautés de communes ou d’agglomération. Il faut désormais qu’un élu référent et un agent de développement économique établissent une relation constante avec chaque établissement public de coopération intercommunale (EPCI) pour l’accompagner sur ses projets artisanaux. Et que chacun sache qu’il a désormais à proximité, l’information, les services et les outils de formation de la CMA pour ses artisans. Nous passons à une deuxième phase avec les journées EPCI, pour personnaliser et développer chacune de ces conventions, cerner les besoins précis et proposer des services délocalisés à chaque territoire. Des conventions spécifiques sont déjà en bonne voie avec Côte Landes Nature et Orthe-et-Arrigans, et, d’ici fin 2021, nous l’espérons, avec tous les EPCI.

LAL : À 65 ans, atteint par la limite d’âge, vous ne pourrez pas vous représenter aux prochaines élections de la chambre de métiers et de l’artisanat en fin d’année. Un souhait pour les mois à venir ?

M. V. : Malgré cette crise sanitaire qui a succédé à celle des Gilets jaunes, les questions liées à la régionalisation, la première année de mise en œuvre du plan de relance qui ne doit laisser personne au bord de la route, je souhaite que dans neuf mois mon bilan soit suffisamment abouti pour que mes successeurs bénéficient d’un héritage qui leur permette d’avancer.