Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Padel addict

Mimizan, Dax, Narrosse, Capbreton, bientôt Labouheyre ou Saint-Geours-de-Maremne… Le nombre de pistes de padel explose dans les Landes, avec des structures associatives ou privées qui accompagnent l’essor de ce sport très ludique.

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Dix ans que Dax attendait ses pistes de padel… L’Arlésienne a fini par apparaître à Noël dernier. Et plutôt deux fois qu’une, avec l’ouverture simultanée de trois courts semi-couverts avec vue sur pins parasols et terres battues au club de tennis de l’Union sportive dacquoise (USD), et cinq terrains indoor au Blue Padel & Food à Narrosse. Une structure associative, l’autre privée. Et de la place pour tout le monde vu l’engouement actuel.

Après un peu plus de deux mois d’exploitation des terrains financés par l’USD omnisport avec une subvention de la Fédération française de tennis (FFT), « les chiffres progressent chaque semaine. L’objectif minimum de 250 locations par mois est déjà atteint. Si on continue comme aujourd’hui, on sera à l’équilibre et on va même le dépasser, ce qui permettra de faire bénéficier le club de ressources supplémentaires », selon Henri Destandau, le président de l’USD section tennis padel qui a allongé le contrat du salarié du club et embauché, en plus de l’aide précieuse de bénévoles, une jeune alternante en master management digital  de la MFR de Pontonx-sur-l’Adour, pour développer les horaires d’ouverture.

FORTE FRÉQUENTATION ET CONVIVIALITÉ

L’idée avec l’arrivée du padel et en attendant la création d’un tout nouveau club-house par la commune, est bien d’embellir et revitaliser les lieux avec l’apport d’une nouvelle population : ces 20-50 ans qui deviennent addicts à ce sport se jouant avec des balles jaunes moins pressurées qu’au tennis, des petites raquettes perforées sans cordage, et quatre joueurs pouvant utiliser les vitres et grillages du court lors d’échanges rapides et ludiques après un engagement « à la cuillère », par le bas, qui ne nécessite pas la technique d’un service à la Roger Federer. « Le tennis, un des sports qui s’est le mieux sorti du Covid avec ses courts extérieurs, n’est pas en perte de vitesse ici. On a 366 licenciés dont la moitié de moins de 18 ans en 2023 et sans doute plus encore en 2024, mais c’est sûr que le padel apporte une nouvelle vitalité, et même des entreprises mécènes », avoue le président. « Chaque fois que le padel est installé dans un club associatif, on note une plus grosse fréquentation, ça génère un intérêt, un nouveau regard sur le tennis et une dynamique aussi », enchaîne François Duport, également dirigeant bénévole à l’USD qui travaille à la direction technique nationale de la FFT. Si n’importe qui peut s’y amuser et progresser rapidement même sans jamais avoir joué au tennis, au squash ou à la pala auparavant, une école d’apprentissage et perfectionnement, enfants et adultes, va y être mise en place à la rentrée prochaine avec les professeurs de tennis certifiés padel.

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Dans une offre complémentaire sur le Grand Dax, le Blue Padel & Food de Narrosse propose aussi des stages de perfectionnement. « On a une demande en hausse de citadins de grandes villes notamment qui viennent pour le week-end ou en semaine se faire coacher par Ana Hidalgo Lopez, notre professeur espagnole », assure Christina Baudy qui a ouvert avec son mari Aurélien la structure fin décembre, en financement privé. Cette Parisienne d’origine suédoise est issue du milieu de la restauration et hôtellerie de luxe où elle a travaillé jusqu’à Pékin et en Asie du Sud-Est avant d’atterrir dans la promotion immobilière à Biarritz ; lui, joueur de pelote loisirs, était manipulateur radio au centre d’oncologie du Pays basque. « On voulait entreprendre quelque chose de très positif et familial, on s’est retrouvé ici à allier nos passions », résume-t-elle. Le prix et la pénurie du foncier au Pays basque les ont conduits dans les Landes où la communauté d’agglomération du Grand Dax a facilité l’acquisition du terrain, à la condition d’y créer un restaurant dans cette zone d’activité économique. Nuggets de confit, frites maison, tartine scandinave saumon gravlax sont aujourd’hui au menu de l’espace chaleureux avec tablées en bois et bar esprit industriel, histoire de « pousser le réceptif un peu plus que dans les clubs classiques », selon le couple qui a réussi à glaner du sponsoring via une petite dizaine d’entreprises locales.

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TEAM BUILDING D’ENTREPRISE

Entre l’idée en novembre 2021 et la réalisation, le coût des travaux a augmenté de 30 %, sans parler de l’investissement en photovoltaïque imposé pour le permis de construire sur la quasi-totalité de la toiture. Pour rentabiliser, « on est parti sur des projections très prudentes, à trois ou quatre créneaux de réservations quotidiennes par piste, et une ouverture de 8 h à 23 h », notent les Baudy, en train de mettre en place un système d’accès autonome aux pistes via une application espagnole gérant l’esprit communautaire particulier du padel.

En plus des animations internes, des entreprises peuvent venir ici faire leur team building, entre initiation et apéritif déjeunatoire ou dînatoire, comme l’a fait Decathlon récemment avec ses salariés. « Ça suscite des envies et ça permet de concrètement démontrer aux gens que le padel est accessible à tous les niveaux et tous les âges. Il peut y avoir des parties entre trentenaires et sexagénaires, sans problème ! »

Moquette au sol, vestiaires en cabines individuelles, fauteuils sympas entre deux pistes… Ici, on peut croiser tout aussi bien le 40e joueur français de retour d’Espagne venu jouer avec les frères jumeaux malgaches stars du club, que des parents avec leurs enfants. Ce jour-là, un dimanche pluvieux, Nathalie, Delphine et Mélanie sont arrivées de la côte où elles jouent d’habitude en plein air à Capbreton : « On joue une à deux fois par semaine, c’est assez addictif, alors ça nous arrive de venir ici en salle quand il ne fait pas beau. C’est sympa pour rencontrer du monde aussi. » Le padel, un lieu pour jouer, s’amuser, échanger et socialiser.

L’engouement décuple entre médiatisation sur les réseaux sociaux, diffusions de matchs spectaculaires, et bouche-à-oreille de pratiquants accros

VERS DES « CONFLITS DE VOISINAGE » ?

Il y a plus de 20 ans, Hagetmau tenta l’aventure, mais avait sans doute eu raison trop tôt, les deux padels de la cité verte ne trouvèrent alors pas leurs adeptes et furent remplacés par un tennis… Tout l’inverse se produit aujourd’hui. C’est à Mont-de-Marsan que ce sport, alors encore confidentiel en France, fit sa première percée dans les Landes. « On avait une joueuse de tennis qui vivait en Espagne où elle jouait aussi au padel, elle nous a fait découvrir et l’idée a germé, rembobine Carine Maisonnave, aujourd’hui présidente du Stade montois tennis padel. À l’époque, le padel n’était pas encore sous l’égide de la FFT, l’engouement n’était pas eu rendez-vous, alors ça a pris du temps… » Mais après quatre ans de travail, en 2016, sous la présidence de Frédéric Estivals et avec le soutien de l’omnisport et de la municipalité, les deux premières pistes bleues vitrées en plein air, à un tarif qui fait rêver aujourd’hui (40 000 euros), ont fini par remplacer un court ocre en terre battue devant le club house. « Certains qui décriaient ce sport sont les premiers à réserver aujourd’hui, c’est très convivial et le tennis a en même temps repris du poil de la bête », relève celle qui a été championne de France de tennis des plus de 45 ans et 80e Française en padel.

Sur le Marsan aussi, une structure privée s’est ajoutée en 2022 avec le PadelN’Block à Saint-Avit, incluant un mur d’escalade. Un schéma classique entre acteur privé et public/associatif qui se répète d’agglomération en agglomération depuis que la FFT a intégré le padel en 2014.

Peu à peu, l’engouement décuple entre médiatisation sur les réseaux sociaux de personnalités de la télévision pratiquantes, diffusions de matchs professionnels spectaculaires, et bouche-à-oreille de joueurs accros. Sur l’année écoulée dans les Landes, « le nombre de pistes disponibles a doublé : 39 à ce jour sur 18 sites (affiliés à la FFT sauf cinq), comme un raz-de-marée », relève Mathieu Lalanne, directeur en charge du développement tennis et padel à la Ligue Nouvelle-Aquitaine. Partout poussent des terrains, de Capbreton (inaugurés par les rugbymen du XV de France l’été dernier) à Saint-Vincent-de-Tyrosse, de Saint-Martin-de-Seignanx à Mimizan qui a la particularité d’afficher un « multiraquettes total » : tennis, beach tennis, padel et pickleball, le dernier-né des sports de raquettes avec balle en plastique creuse qui commence à se développer dans l’Hexagone.

Labouheyre inaugure ses pistes ce 30 avril, Seignosse va suivre dans quelques mois. D’autres projets sont attendus à Soustons, Saint-Geours-de-Maremne, Castets… « D’ici la fin de l’année, une bonne quinzaine de pistes supplémentaires devraient s’ajouter à l’offre », selon Mathieu Lalanne qui mène aussi un travail d’accompagnement. Entre associations à but non lucratif subventionnées et entreprises privées qui investissent parfois plusieurs centaines de milliers d’euros, « il peut y avoir des schémas potentiels de concurrence déloyale. Pour l’instant, il y a de la place pour tout le monde, mais à mesure que s’étoffe l’offre, il est possible qu’apparaissent des problèmes et des conflits de voisinage. C’est pourquoi il faut rester très prudent et bien étudier les nouveautés. »

© Stade Montois tennis padel

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AUX ORIGINES DU PADEL

Rien à voir avec le paddle (« padeule » en anglais) qui se pratique debout sur une planche avec une pagaie dans l’eau. Le padel se prononce « padèle », du fait de ses origines latino-américano-ibériques. C’est en effet, un homme d’affaires mexicain, Enrique Corcuera, qui l’invente en 1969. Dans sa maison d’Acapulco où il manque de place pour un tennis, il fait construire un court plus petit (20 m x 10 m), encadré de murs hauts de 3 et 4 mètres pour ne pas avoir à aller chercher les balles dans le jardin. Cinq ans plus tard, son ami le prince Alfonso de Hohenlohe importe le jeu à Marbella (Espagne), avant qu’il n’essaime en Argentine où ce sport fait rapidement fureur. La Fédération internationale de padel (FIP) est fondée en 1991 à Madrid par l’Argentine, l’Uruguay et l’Espagne qui devient véritablement, au début des années 2000, l’épicentre du padel mondial. Le Padel Pro Tour (PPT), premier vrai circuit professionnel, est créé en 2005, transformé huit ans plus tard, en World Padel Tour, puis récemment en Premier Padel en lien avec Qatar Sports Investments. Depuis 2020, un autre circuit professionnel cohabite, A1 Padel, mené par l’homme d’affaires monégasque Fabrice Pastor.

© ASTT

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EN CHIFFRES

Dans les Landes, il existe à ce jour selon la Ligue Nouvelle-Aquitaine – mais les chiffres changent vite -, 39 pistes de padels (20 couvertes) sur 18 sites, associatifs/publics (8) ou privés, jusque dans des campings (Vielle-Saint-Girons, Biscarrosse, Moliets), à la base de loisirs de Roquefort ou encore sur le terrain du Super U de Morcenx… « C’est un bon investissement, la pratique explose », explique Stéphane Desmares, le directeur très sportif de ce supermarché qui a ouvert deux pistes en juin dernier (coût de 120 000 euros) et réfléchit à peut-être les couvrir l’an prochain pour les jours de mauvais temps.

Globalement, les tarifs vont de 6 à 13 euros par personne pour 1 h 30 de partie à quatre joueurs, selon que le club est associatif ou privé, qu’on y est adhérent ou pas, et en fonction des services associés.

© J. D.

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DEUX PISTES CHEZ SAFRAN

Avec le manque de créneaux libres au club de l’Adour à Tarnos (quatre padels + squash et badminton), l’Association sportive Turbomeca Tarnos (ASTT) a décidé, après un sondage interne, de construire sur son site deux pistes en semi-couvert en sacrifiant un terrain de tennis, pour un investissement de 280 000 euros pris en charge par le CSE (comité social et économique) de Safran (ex-Turbomeca). Le taux d’occupation de l’équipement ouvert en décembre dernier est déjà de 60 % avec plusieurs centaines d’utilisateurs. « On ne cherche pas la rentabilité, on ne fait aucune publicité, le but est de rembourser l’investissement et de pérenniser l’activité », précisent Thomas Andrieux et Olivier Debard, de la section padel. Des événements interentreprises devraient s’y développer, après le championnat avec Safran Bordes, en Béarn, qui s’y est déroulé fin mars.