Couverture du journal du 01/10/2022 Consulter le journal

L’export, pas un fleuve tranquille

Alors que la guerre en Ukraine met tragiquement en lumière les marchés mondiaux de l’import-export, le réseau Team France Export Nouvelle-Aquitaine aide, depuis 2018, les entreprises à se développer à l’international. Exemple dans les Landes.

import-export Nouvelle-Aquitaine

© Julie Ducourau

François Lafitte se rappelle de son entrevue avec le banquier au moment de s’ouvrir au marché ukrainien en 2008 avec ses kiwis landais. « Combien êtes-vous prêts à perdre ?m’avait-il lancé. Quatorze ans après, je me dis qu’il avait peut-être raison de me poser la question… L’export, c’est toujours un risque pour l’entreprise », confie le dirigeant de la Scaap Kiwifruits et Primland, actuel président de la chambre de commerce et d’industrie (CCI) des Landes.

« Avec la guerre en Ukraine, on ne sait globalement pas où on va », poursuit-il, citant notamment le géant landais Maïsadour qui a de « gros stocks de semences là-bas et d’énormes incertitudes ». Mas Seeds, la filiale semences du groupe coopératif, présente en Ukraine et en Russie depuis 15 ans avec respectivement 180 et 70 salariés, a fermé son usine ukrainienne, indique Maïsadour qui a mis en place une cellule de crise et « travaille au quotidien pour assurer le maintien, même partiel, de ces activités de première nécessité dans la mesure du possible, afin de limiter les impacts de cette guerre sur les populations et sur cette filière ».

IMPACTS SUR L’ÉNERGIE, L’AGROALIMENTAIRE ET L’INDUSTRIE

« Les échanges avec la Russie et l’Ukraine représentent pour les Landes 25,2 millions d’euros d’export et 60 millions d’euros d’import, précise François Lafitte. Nous commerçons avec la Russie qui est le 20e pays client des Landes, avec 13 millions d’euros d’export, essentiellement dans l’agriculture et l’agroalimentaire, et le 22e pays fournisseur pour 15 millions d’euros, principalement dans le secteur des semences pour des fertilisants azotés, qui pourraient faire prochainement défaut au monde agricole ». Pour ce qui est de l’Ukraine, avec 12 millions d’euros, c’est le 23e pays client des Landes surtout pour les produits de la culture et de l’élevage. En revanche, ce pays fournit presque 2 % des importations landaises (environ 42 millions d’euros par an). L’impact se verra également du côté de l’approvisionnement en énergie, pense François Lafitte qui craint un « effet domino avec des phénomènes de rupture et des flux habituels confisqués », comme sur le titane russe indispensable à l’aéronautique landaise, notamment chez Safran à Tarnos. « Les cours de l’acier sont en train de flamber et certaines entreprises pourront se retrouver handicapées par un manque d’approvisionnement », observe-t-il.

Import-export Nouvelle-Aquitaine

De gauche à droite : François Lafitte, président de la CCI des Landes, Frédérique Charpenel, conseillère régionale déléguée à l’international et Gérald Petit, directeur interrégional Business France © Julie Ducourau

ÊTRE BIEN ACCOMPAGNÉ POUR SE LANCER

Avec ce conflit, « le risque politique démontre, s’il en était besoin, que l’exportation n’est jamais un long fleuve tranquille », souligne le responsable. Aussi, quel que soit le pays dans lequel l’entreprise souhaite entrer, il est « essentiel d’être toujours bien accompagné ». C’est tout le rôle de la Team France Export (TFE) Nouvelle-Aquitaine, une structure pilotée par le conseil régional qui regroupe Business France, CCI international Nouvelle-Aquitaine et BPI France. Dix-neuf conseillers, référents pour 4 274 PME et ETI exportatrices de la région, y proposent une offre commune de services pour accompagner le développement à l’export des entreprises : diagnostic export, plan d’action, priorisation des marchés, couverture du risque et assurances, aide juridique, mise en relation avec des pairs, communication… tout pour simplifier l’accès aux marchés étrangers.

DÉVELOPPER L’EXPORT DES TERRITOIRES RURAUX POUR L’EMPLOI

Les sociétés suivies par TFE depuis 2018 viennent à 35 % de la filière agro-technologies, 35 % de l’industrie, 20 % en art de vivre et santé, et 10 % en technologies et services. Dans les Landes, des entreprises très diverses, grandes ou petites, en ont bénéficié, d’Action Pin à la Maison Lafitte, de France Métal aux armagnacs du Château de Lacquy.

Ce jeudi 3 mars, la conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine déléguée à l’International, Frédérique Charpenel, le président de la CCI et des responsables de BPI et Business France, ont fait la promotion du réseau, visitant Biolandes à Le Sen, une « vraie success story » à l’international, puis TSMP Plancha à Narrosse, aidée financièrement par la Région. « Le défi aujourd’hui est de développer l’export dans nos territoires ruraux, car cela permet de créer de l’emploi », encourage l’élue, saluant l’action de TFE qui « permet de ne pas avoir à taper à 10 portes pour se lancer. Tout le réseau s’ouvre au premier appel ».

Selon Gérald Petit, directeur interrégional à Business France, « TFE, c’est la promesse de la simplicité et de l’accélération du parcours pour les candidats à l’export. Nos équipes en synergie ont, par ailleurs, permis aux entreprises d’être résilientes durant la crise sanitaire. En 2021, on est revenu au même niveau d’exportation qu’avant la crise, avec le dispositif de relance spécial Covid pour l’export. Et au final, la crise nous a aussi forcés à passer un cap, en accélérant la digitalisation de nos services pour plus d’efficacité. »