Couverture du journal du 17/02/2024 Le magazine de la semaine

Egger, la filière bois

RION-DES-LANDES. Spécialisée dans la production de panneaux de particules de bois, la filiale landaise du groupe autrichien Egger, lance un plan d'investissement de 95 millions d'euros sur les six prochaines années. Elle table aussi sur l’apprentissage et la sécurité pour recruter.

Laurent Cossin, directeur industriel, et Florent Faves, directeur des ventes, dans l'usine Egger

Florent Faves, directeur des ventes et Laurent Cossin, directeur industriel, dans l'usine Egger © Patxi Beltzaiz - Hans Lucas

La marque Egger n’est pas très connue du grand public. Logique quand on sait qu’elle ne s’adresse pas directement aux particuliers, mais qu’elle a pour clients les industriels du meuble – fabricants de meubles de cuisine – distributeurs, artisans, architectes ou grandes surfaces de bricolage. Peu connue certes, mais il y a fort à parier qu’une écrasante majorité des foyers français, européens et bien au-delà, ont chez eux un, voire plusieurs éléments estampillés Egger. Le géant originaire de Saint-Johann au Tyrol (Autriche) fabrique depuis 1961 panneaux de particules, panneaux OSB et MDF, produits de construction et revêtements de sol. Le groupe familial en est à sa deuxième génération et n’a cessé de se développer en France avec les sites de Rion-des-Landes en 1994 et de Rambervillers dans les Vosges en 2000, en Autriche, Angleterre, Allemagne, Italie, Russie, Roumanie, Turquie, Argentine, Pologne et en Caroline du Nord ou aux États-Unis.

Rien que du bois

À Rion-des-Landes, l’usine est spécialisée dans la fabrication de panneaux de particules bruts et décoratifs. En tournant 365 jours sur 365, elle produit 600 000 m3 de panneaux bruts par an soit, 16 000 kilomètres, l’équivalent d’un Paris-Nouméa, sur une largeur de panneau de 2,07 mètres et imprègne chaque jour l’équivalent de la surface de 30 terrains de rugby de papier décor.

Le process industriel est relativement simple. La première étape consiste à collecter de la matière première, du bois. Soit du bois rond ou bois d’industrie – pas du bois d’œuvre, réservé à la construction -, des rejets de scieries (copeaux, sciure) et du bois de recyclage acheté aux déchetteries. Chaque jour, quelque 150 camions passent les portes de l’usine rionnaise pour vider leur chargement. Et le raccordement au réseau ferroviaire, qui en 2012 a permis d’anticiper la pénurie de bois d’origine locale, s’avère probant. La trituration transforme les apports en copeaux plus au moins fins. Ils sont séchés, triés, classifiés en deux catégories. Les copeaux fins pour les faces extérieures du panneau et les copeaux plus grossiers pour l’intérieur. Une unité de préparation de copeaux dose la composition afin d’obtenir la granulométrie optimale. Reste à coller, à presser le « mat », disent les pros, en panneaux de 8 à 38 mm d’épaisseur, à scier le ruban continu en plaques de 5 mètres et à les stocker en colis de 8 tonnes chacun. Parallèlement, les rouleaux de papier livrés par une imprimerie sont imprégnés de résine. Les plateaux des quatre presses permettent de fondre la résine, la pression la fait pénétrer dans le panneau : le papier décor, parfois avec effet de relief, à 200 degrés pendant 20 secondes ne forme alors plus qu’un avec le panneau. Les panneaux décors sont ensuite mis en colis, puis stockés avant leur expédition vers les régions Ouest et Sud de la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie du Nord et l’Afrique du Nord.

Priorité à la sécurité

Mais au-delà de la technicité et des comptes de résultat, Egger a choisi de faire de la sécurité une vraie culture. « Safety moment and work safety », explique Laurent Cossin. Pour tous les collaborateurs, mais également pour tous les visiteurs. En six ans, le groupe a divisé le nombre d’accidents (tous types confondus, poussière dans l’œil, entorses… comprises) par trois et flirte actuellement avec le zéro événement, même si « personne ne peut prétendre être à l’abri de l’imprévisible ». Car pour le directeur industriel : « On n’est pas toujours conscient du danger et 95 % des accidents sont dus à un comportement inadapté. » Alors, le groupe s’est mobilisé, car « il faut sortir de l’image archaïque de l’industrie. Ici, comme sur les autres sites du groupe, la sécurité est une priorité. En luttant contre les petits accidents, on évite les plus graves, on travaille dans un environnement sain et c’est très rassurant notamment pour les candidats à un poste et pour les parents des apprentis qui découvrent l’usine. »

Bien sûr la sécurité est une obligation légale, mais Egger en a fait une spécificité. « C’est devenu un réflexe », ponctue Florent Favre. Le port d’un casque, de lunettes de protection, de chaussures de chantier, d’une chasuble fluorescente, la multiplicité des barrières de protection, de la signalétique prévenant tout danger en sont des illustrations patentes.

Egger

© Patxi Beltzaiz – Hans Lucas

Investissements : 95 millions d’euros en six ans

Une des fiertés du groupe Autrichien est « de se développer par ses propres moyens » en réinvestissant dans l’outil de production. Soit dans de nouvelles acquisitions, soit dans la construction d’usines neuves, soit dans l’accroissement et la pérennisation des sites existants. Sur Rion-des-Landes, le projet d’investissement frise les 95 millions d’euros pour les six prochaines années. Dans les cartons notamment : l’entrée de l’usine en cours de rénovation, une ligne de colisage pour l’année prochaine, une nouvelle presse KT pour 2025 et une unité de recyclage qui permettra de passer de 40 à 60 % de matière recyclée utilisée et un bâtiment administratif pour 2026.

EGGER EN CHIFFRES

22 usines

Plus de 11 000 salariés

4,45 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2022-2023

dont 80 % sur l’activité dédiée aux fabricants de meubles et à l’agencement d’intérieur ;

10 % en revêtements de sol ;

10 % en produits de construction.

Le site de Rion-des-Landes, qui fêtera ses 30 ans en 2024, compte 535 employés et est dirigé, comme c’est le cas dans toutes les filiales du groupe, par une équipe de quatre directeurs : Laurent Cossin, directeur industriel, Florent Favre, directeur des ventes usine, Olivier Preyssler, directeur Logistique et Fabien Chevalier, directeur administratif et financier.

L’apprentissage, la voie de l’excellence

Autre investissement majeur pour le groupe : l’apprentissage. Alors que dans les huit ans à venir, un tiers de l’effectif de l’unité de Rion-des-Landes partira à la retraite, 7 % des employés sont aujourd’hui des apprentis, répartis dans quasiment tous les services. « C’est en maintenance qu’il y en a le plus parce que ce sont des métiers très techniques pour lesquels on forme très peu dans les écoles et dans les CFA. L’apprentissage permet d’assurer un transfert de compétences, de savoir-faire, mais également du savoir-être », souligne Julie Dartiguelongue, responsable développement RH. « En France, c’est aujourd’hui encore, très compliqué, pourtant, nous considérons l’apprentissage comme la voie de l’excellence, poursuit-elle. Chez Egger, de nombreux responsables de services ou même des directeurs ont suivi un parcours d’apprentissage. Sur le dernier exercice, nous avons retenu 85 % des apprentis. Tous ceux qui étaient à la maintenance ont été embauchés. Si l’apprenti joue le jeu à l’école et dans l’entreprise, le but pour nous, c’est qu’à la fin de son apprentissage, on puisse lui proposer un contrat. Notre objectif est d’atteindre 100 % de rétention. »

Egger

© Patxi Beltzaiz – Hans Lucas

Journée portes ouvertes 100 % apprentissage

Chaque année, l’unité Egger de Rion-des-Landes organise une journée portes ouvertes 100 % apprentissage. La prochaine aura lieu le samedi 10 février 2024. L’occasion de faire découvrir aux jeunes, à partir de 13 ans, les métiers, les savoir-faire et les possibilités de formation et de recrutement. Une opportunité également pour eux de rencontrer les professionnels de l’entreprise et d’échanger avec les apprentis déjà en formation sur le site.

Zéro empreinte carbone en 2050

« L’utilisation respectueuse du bois a toujours été à la base des activités du groupe Egger, rappelle Florent Favre, directeur des ventes usine, du site de Rion-des-Landes. Le bois transformé provient exclusivement de la sylviculture durable. La quantité de colle ne dépasse pas les 10 % du poids total des panneaux. » L’objectif d’ici 2023 : réduire de 30 % son empreinte carbone pour arriver à 100 % de réduction en 2050. « On ne va pas compenser en plantant des forêts, on veut vraiment ne rien rejeter. Dans notre process industriel, nous utilisons le bois impropre à la composition du panneau pour produire l’énergie nécessaire au séchage du bois et au chauffage de nos installations. »