Couverture du journal du 06/06/2024 Le nouveau magazine

Dax, dans le circuit des boues thermales

Dans les établissements thermaux de l’agglomération dacquoise, c’est la saison haute jusqu’à l’automne inclus, malgré des chiffres de fréquentation pas encore revenus à l’avant-Covid. L’occasion de se pencher sur le circuit des boues, avec la régie municipale de Dax, unique fournisseur du fameux péloïde, qui a aussi souffert de la crise sanitaire.

Marc Brasquet Directeur de la régie municipale des boues de Dax

Marc Brasquet, Directeur de la régie municipale des boues de Dax © Patxi Beltzaiz

Les grands bassins de stockage de boues thermales brutes ont longtemps été visibles de tous au cœur du parc des Baignots en plein centre-ville de Dax. Mais tout comme, avant eux, les tennis et la piscine de cet ancien complexe thermal, ils ont fini par être déménagés. Dans le quartier de Saubagnacq, dans les barthes, vastes prairies humides et inondables de l’Adour, sont toujours extraites les boues brutes, dès lors stockées sur place sous l’eau, à l’abri de l’air, afin de mieux conserver leurs propriétés. Et depuis une vingtaine d’années, elles sont conditionnées dans une usine de la régie municipale des boues, côté bois de Boulogne, juste à côté de la régie intercommunale des eaux. « Ici, nous n’avons que des boues locales. Pas de boues déshydratées venues d’on ne sait pas où », fait valoir Marc Brasquet, le directeur.

PROSPECTIONS GÉOLOGIQUES

Chaque année, 2 500 tonnes de limon de l’Adour sont extraites pour être transformées en péloïde (cf encadré), dans des zones très réglementées de ce riche sous-sol dont l’exploitation est soumise à autorisation de l’État. À ce jour, 3,2 hectares sont dédiés à cette activité dans les barthes dacquoises pour une durée de 20 ans. « Des prospections géologiques sont lancées pour étudier huit nouvelles zones de 3 hectares, soit 24 hectares, et vérifier par des sondages leur potentiel », explique Alexandre Laborde, responsable process. Un travail de longue haleine, entre zone Natura 2000, protection des eaux potables, compensation forestière, préemption foncière…

Une fois transférée à l’usine Terdax, labellisée Aquacert, l’argile brute est mélangée à l’eau minérale de la station, dans laquelle est incorporée la phase biologique (algue bleue + clostridium bifermentans) dans un déliteur afin d’obtenir une pâte homogène et onctueuse. Après tamisage pour ôter tous les débris minéraux et organiques (brindilles, coquillages, gravillons…), la maturation va durer 15 jours à 42°C dans des cuves de 20 000 litres.

Avant Covid, 250 000 sachets de 10 kg de boue étaient, chaque année, vendus aux établissements du Grand Dax, contre 169 000 en 2022, première année pleine depuis la crise sanitaire

Pour les algues bleues, cultivées sur place, une nouvelle serre, plus haute afin de rendre moins pénible le travail, a été inaugurée ici il y a deux ans, pour un investissement de 143 000 euros. Sous une température tropicale, la cyanobactérie s’accroche naturellement aux plans inclinés où ruisselle l’eau chaude naturelle à 58°C, se développant par petites couches. La récolte se fait seulement une fois par an, avant conditionnement et stockage en chambre de congélation.

Alexandre Laborde, Responsable process dans la nouvelle serre aux algues bleues à la température tropicale par l’eau chaude locale boues

Alexandre Laborde, Responsable process dans la nouvelle serre aux algues bleues à la température tropicale par l’eau chaude locale © Patxi Beltzaiz

QU’EST-CE QUE LE PÉLOÏDE ?

Ce produit naturel est né de la lente maturation du limon de l’Adour et des eaux hyperthermales. À l’origine, pendant les crues de l’Adour, le limon se déposait naturellement dans les cratères d’où sortait l’eau minérale chaude. Des algues et bactéries spécifiques se développaient dans la boue et les malades venaient dans ces bourbiers naturels aux vertus curatives. Avec Terdax, ce procédé est reproduit en usine, avec le limon de l’Adour, l’eau minérale locale, les algues bleues et la bactérie clostridium bifermentans, pour soigner arthrose et rhumatismes. La boue dacquoise se retrouve aussi à l’état naturel au fumant Trou du pauvre, près du casino en bord d’Adour, comme elle était appliquée sans doute du temps des Romains.

2 MILLIONS D’EUROS DE PERTES LIÉES AU COVID

À chaque stade, des contrôles qualité sont faits par le laboratoire municipal qui vérifie notamment la bonne texture en viscosité. Le produit mixé final, le péloïde, est ensuite mis en sachets de 10 kg, stockés dans des bacs pour livraison aux 16 établissements thermaux du Grand Dax qui utilisent en moyenne 40 kg par curiste sur les trois semaines de soins remboursés par la Sécurité sociale.

Avant Covid, 250 000 sachets étaient ainsi vendus. Mais en 2022, première année pleine d’ouverture de février à décembre pour les thermes, seuls 169 000 paquets ont été produits pour s’adapter à la baisse de fréquentation. « La première année Covid, on a fait – 65 % en production et chiffre d’affaires, et – 45 % la deuxième année. Le Covid nous a poussés d’une situation confortable à une situation dégradée », analyse Marc Brasquet.

« Au total, nous avons eu 2 millions d’euros de pertes sèches sur les eaux et les boues thermales, soit une année de budget, sans aucune aide de l’État », déplore Martine Dedieu, adjointe au maire de Dax. L’élue chargée du thermalisme qui s’est déplacée l’an passé au ministère de l’Économie à Paris-Bercy pour plaider sa cause, dit d’ailleurs « continuer à y travailler. Mais pour l’instant, on n’a pas de réponse, on ne rentre pas dans les clous des indemnisations. »

Le temps de péremption des sachets de boue thermale étant de trois mois, les sacs non utilisées alors livrés ont tous été récupérés dans les établissements, « sans être facturés », précise-t- elle, pour être remis dans des carrières de Saubagnacq. Les boues usées sont d’ailleurs, elles aussi, d’ordinaire recyclées en milieu naturel pour réhabiliter les sites de limon : la carrière exploitée dans les années 2000 est ainsi devenue une chênaie.

Avec la ville de Dax, le cluster Aqui O Thermes et les établissements thermaux, nous réfléchissons ensemble aux futures évolutions de la boue Terdax

AUGMENTATION DES TARIFS

Face à cette situation économique complexe, la régie a finalement décidé d’augmenter ses tarifs de vente aux établissements au 1er janvier dernier : + 6 % pour l’eau thermale et + 8 % pour la boue thermale (5,6 euros HT le sachet de 10 kg). « Les augmentations des fournisseurs, on n’aime pas trop ça comme tout chef d’entreprise, mais on les comprend d’autant que cela faisait une dizaine d’années qu’il n’y avait pas eu de hausse », explique Jean-Charles Pressigout, dirigeant des thermes de Borda et président de l’association des établissements thermaux du Grand Dax. La filière se remet elle aussi tout doucement, avec des chiffres de fréquentation des curistes qui restent cet été toujours à – 15 % par rapport à 2019, année de référence pré-Covid, localement comme nationalement. Côté investissement, la régie est désormais « un peu en mode attentiste », reconnaît Marc Brasquet. Le projet de construction d’une deuxième serre n’est plus à l’ordre du jour. Des modifications de process et des achats de matériels ont été mis de côté. Mais pour favoriser le bien-être au travail, un camion avec vérin hydraulique d’un coût de 85 000 euros, a tout de même été acquis afin de faciliter le transport des bacs en résine contenant chacun 20 sacs de 10 kg.

Cette question du poids des sacs est d’ailleurs en discussion dans des groupes de travail entre la mairie, le cluster Aqui O Thermes et les établissements de l’agglomération. « Nous réfléchissons ensemble aux futures évolutions de la boue Terdax », confie Marc Brasquet. Des bains de boue ou d’autres types de procédés pourraient être envisagés alors qu’ici, les applications se font  toujours exclusivement à la main.

« Nous sommes en pleine recherche sur les modes d’administration de la boue pour tenter d’avoir un produit plus attirant, tout en gardant toutes les qualités de notre péloïde qui fait notre force commune. Des études vont être menées pour voir ce qui se fait ailleurs en Europe », abonde Jean-Charles Pressigout : « La principale raison qui nous a amenés à nous mettre autour de la table est que l’on trouve de moins en moins de collaborateurs pour appliquer la boue. Il y a un poids important à soulever, avec des troubles musculo-squelettiques qui apparaissent. Nous nous devons aussi de protéger nos collaborateurs. On travaille là pour le futur. »

LE CATAPLASME DE BOUE À LA MAISON

Dans la nouvelle gamme cosmétique et cure Dax&Terra lancée cet hiver par la ville, se trouve un cataplasme à effet chauffant, conçu par le laboratoire cosmétique d’Amou, Art & Cos. « On leur fournit l’eau et la boue thermale qui constitue 88 % du produit », explique Cathy Bats, responsable du laboratoire municipal Terdax.

Les débuts de la gamme qui comprend notamment un gel fraîcheur jambes légères, un baume massage, une crème de jour et un soin lacté, « sont encourageants », assure Martine Dedieu, adjointe au maire.

VISITER TERDAX

Chaque année, entre 5 000 et 7 000 personnes, soit 10 % du nombre total de curistes se rendant dans des thermes du Grand Dax, visitent l’usine du péloïde, située vers le bois de Boulogne à Dax, entre présentation des ressources naturelles (eau et boue thermales) et film sur les soins thermaux. www.dax-tourisme.com rubrique agenda