Couverture du journal du 25/06/2022 Consulter le journal

Climaq : adapter la forêt

Face au changement climatique, le programme Climaq permet de planter de nouvelles essences en Nouvelle-Aquitaine pour imaginer les forêts de demain. Dans les Landes, le pin maritime reste une valeur très sûre.

Climaq

© Jean Pierre Tuquoi

Ce lundi 23 mai, Alliance Forêts Bois (AFB), premier groupe coopératif forestier de France, réunissait son assemblée de section Landes-Pyrénées (8 320 adhérents) au lycée agricole de Oeyreluy. L’occasion de présenter son nouveau projet stratégique d’entreprise pour développer la filière forêt-bois française autour de trois missions : « produire et fournir de façon durable le matériau et l’énergie bois dont nous avons besoin, donner du sens à nos métiers pour les femmes et hommes qui agissent au quotidien, se préparer au changement climatique et contribuer à l’atténuer. »

DEUX ARBORETUMS DANS LES LANDES

Face à la multiplication d’événements climatiques extrêmes (chaleurs, sécheresses, gels, tempêtes…), les forêts sont « à la fois, les premières impactées, mais également un des remèdes, grâce à leur capacité de séquestration du CO2 par la photosyntèse », selon AFB. En France, elles en captent 87 millions de tonnes, soit 20 % des émissions françaises. Aussi, pour garantir la pérennité de cette ressource forestière, AFB met en œuvre sur la France entière des conduites de peuplements encore plus résilients, des forêts plus diversifiées et des implantations de nouvelles essences.

Dans nos sols et sous nos climats, le pin maritime, c’est magique !

Certains de ses membres participent d’ailleurs au programme Climaq qui, depuis 2008, étudie l’adaptation des forêts au changement climatique, en lien avec de nombreux partenaires forestiers (Centre régional de la propriété forestière (CRPF), l’institut technologique FCBA, la Coopérative agricole et forestière Sud-Atlantique (Cafsa), l’Institut national de recherche pour l’agriculture (Inra), Entrepreneurs de travaux forestiers (ETF), etc.) et grâce au financement de la Région Nouvelle-Aquitaine, de l’État et de l’Europe (Feader). Six arboretums de plus de 40 essences au total (pin maritime, cèdre de l’Atlas, eucalyptus gundal, robinier, séquoïa, sapin de Turquie, etc.) ont été installés sur les massifs aquitains entre 2008 et 2012, dont deux dans les Landes, à Retjons et Pouillon. En Chalosse, c’est chez Jean-Pierre Tuquoi qu’est menée l’expérience à grande échelle depuis 10 ans. « Quand on a étudié le projet en 2011, c’était un sacré challenge de trouver un adhérent chez qui installer, sur 2,5 hectares, des arbres sur lesquels on n’avait aucun recul, comme des essences venues d’Israël ou du Chili », se rappelle Guilhem Irlandes, technicien AFB basé à Castets.

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Guilhem IRLANDES (technicien d’AFB) et Stéphane VIÉBAN (directeur général d’AFB) © Julie Ducourau

DES CROISSANCES PLUS LENTES

Jean-Pierre Tuquoi, journaliste au « Monde » vivant entre Paris et les Landes, avait lui-même commencé une collection d’arbres remarquables, sur une dizaine d’hectares sur ces terres de maïsiculteurs. S’y sont donc ajoutés, 1 500 à 1 700 arbres plantés en 2012 en fin d’hiver pour cet arboretum expérimental sur cette station exigeante combinant un sol limoneux-argileux très compact, du relief et de l’humidité. Dix ans plus tard, « ce n’est pas spectaculaire, la plupart des arbres ont bien pris mais avec des croissances souvent lentes, sauf l’eucalyptus qui domine tout le monde, explique Jean-Pierre Tuquoi. D’autres variétés ont cru à une vitesse folle pendant trois ou quatre ans, puis sont mortes subitement ! »

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© Jean Pierre Tuquoi

Si le projet est amené à se poursuivre sur du très long terme, les premières conclusions sur place permettent à Stéphane Viéban, directeur général d’AFB, de résumer sa pensée d’une formule : « Dans nos sols et sous nos climats, le pin maritime, c’est magique ! Une chance inouïe que la nature nous a faite. » Résistante à la chaleur, au froid, à des sols pauvres ou acides et productrice de bois, l’essence numéro 1 de la forêt landaise, développée par Napoléon III, n’est donc pas près d’être remplacée dans le massif landais.