Couverture du journal du 17/10/2020 Consulter le journal

Industrie : Inertam ravive la flamme

Europlasma relance l’activité de son usine Inertam, spécialisée dans la vitrification de l’amiante par la technologie de la torche à plasma, à Morcenx. Pour assurer son développement, le groupe lando-girondin multiplie les partenariats de recherche en France et à l’international.

À la cérémonie dédiée à la relance d’Inertam, le 18 septembre, de gauche à droite : François Lafitte, président CCI des Landes - Paul Carrère, maire de Morcenx-la-Nouvelle - Xavier Fortinon, président du conseil départemental des Landes, Jérôme Garnache-Creuillot, PDG d’Europlasma - Cécile Bigot-Dekeyzer, préfète des Landes - Alain Rousset, président du conseil régional Nouvelle-Aquitaine - Boris Vallaud, député des Landes - Lionel Causse, député des Landes - Monique Lubin, sénatrice des Landes - Stéphanie Kerbarh, députée Seine-Maritime

La lave rougeoyante d’amiante portée à 1 500° coule de nouveau dans les veines d’Inertam, à Morcenx. Après un an de travaux et plus de 5 millions d’euros d’investissements, l’usine de vitrification des déchets toxiques par la technologie de la torche à plasma a redémarré le 1er juillet dernier, avec une cinquantaine de salariés. Une usine qui monte en régime, alors que le chiffre d’affaires industriel néo-aquitain plonge de 11.9 % en 2020, selon la Banque de France, et que les plans sociaux se multiplient au niveau national, c’est assez rare pour être salué. Et les parlementaires, représentants des collectivités territoriales et des pouvoirs publics étaient nombreux au rendez-vous, le 18 septembre dernier, pour la cérémonie dédiée à la remise en route de cet outil industriel issu de la technologie aérospatiale, dans lequel tous voulaient voir le symbole d’une nouvelle dynamique de l’industrie landaise et de ses 20 000 emplois.

L’atout d’Inertam ? « La vitrification est le seul procédé industriel au monde de destruction de l’amiante en le transformant en un sous-produit inerte, le Cofalit. Cette renaissance permet de proposer à nouveau une alternative responsable à la méthode mortifère de l’enfouissement », revendique Jérôme Garnache-Creuillot, président directeur général d’Europlasma. Si, l’usine morcenaise affiche déjà 20 tonnes de déchets traités en moyenne par jour, sa production ne représente en France que 2 % d’un marché sur lequel le groupe a longtemps peiné à s’imposer, en raison notamment d’un coût de traitement à la tonne de 1 500 euros contre 500 euros pour l’enfouissement.

Nouvelles pistes de valorisation du cofalit dans le stockage d’énergie solaire

Europlasma revient en effet de loin. Placée en redressement judiciaire en janvier 2019, l’entreprise cotée en bourse a été reprise par le fonds d’investissement luxembourgeois Zigi Capital, en août 2019. Passée de 11,2 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018 à 3,15 millions d’euros en 2019, à la suite de l’arrêt de plusieurs sites industriels, elle s’est rapidement repositionnée. « Au moment de la reprise, l’enjeu était de valoriser nos activités en nous recentrant sur la vente de technologies et services associés sur le traitement des polluants », rappelle Thierry Prévost, directeur technique du groupe.

Du côté d’Inertam, la signature récente de contrats avec GRTgaz et l’Assemblée nationale semble confirmer la relance de l’activité. L’ajout d’un four supplémentaire fin 2021, à Morcenx, devrait permettre d’accroître la capacité de traitement de 6 000 tonnes à 8 000 tonnes par an.

Après un investissement de 5 millions d’euros, l’usine Inertam a repris son activité
en juillet dernier.

« De nouvelles opportunités d’implantation se profilent dans le grand Ouest et dans l’Est, annonce Thierry Prévost. Sur la plateforme de 4 000 m2 dédiée au développement et à l’industrialisation des produits et procédés, nos travaux de recherche portent actuellement sur l’amélioration du processus, la réduction de l’impact énergétique et environnemental, notamment sur l’optimisation des rejets en oxyde d’azote (NOx) ». Ces évolutions passent également par l’installation de panneaux photo- voltaïques sur l’unité landaise pour produire de l’électricité et par l’exploration de nouvelles voies pour valoriser le Cofalit, aujourd’hui utilisable sous forme de granulats dans les sous-couches routières, notamment dans le stockage d’énergie solaire.

Recherches tous azimuts sur le traitement des déchets nucléaires, des cendres volantes et de l’aluminium

De nouvelles perspectives se dessinent, en outre, sur la diversification des usages de la torche à plasma pour le groupe qui nourrit aujourd’hui l’ambition de devenir « un acteur de référence de la dépollution au niveau mondial ». En France, il annonce travailler avec le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) ou encore le groupe industriel Orano sur le processus de vitrification des déchets nucléaires et avec l’université de Bordeaux et l’école d’ingénieurs de Pau sur la recherche d’applications plasma. Le groupe multiplie également les annonces à l’international. Dans la continuité de l’accord-cadre de coopération, signé fin 2019, avec la ville chinose de LaiXi visant la réalisation de quatre unités complètes de vitrification des cendres volantes issues des incinérateurs, sa filiale chinoise Europlasma Environmental Technologies vient de signer un accord de coopération en matière de recherche et de prototypage industriel avec l’Université Hangzhou Dianzi sur la vitrification des cendres volantes et le développement de procédés permettant le traitement et la valorisation des déchets de l’industrie de l’aluminium. En juillet, c’est avec Field Intelligence Energy (FIE), une société pétrolière sud-américaine qu’elle a choisi d’investir pour développer conjointement une torche plasma capable de neutraliser les boues contaminées au plus près des sites.