Couverture du journal du 17/10/2020 Consulter le journal

Didier Massy (président de la CPME des Landes) relance : « Qualifier nos atouts »

Alors que les TPE et les PME sont frappées de plein fouet par la crise, pour Didier Massy, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises des Landes, la relance de l’activité économique passe par deux priorités : le soutien aux trésoreries des entreprises et l’assouplissement des règles des marchés publics.

DIDIER MASSY Dirigeant de l’entreprise de charpente Massy et Fils à Heugas, a été élu président de la Confédération des petites et moyennes entreprises des Landes en mars 2019. @JpegStudios

Les Annonces Landaises : Quel est l’état des lieux pour les entreprises landaises, quatre mois après la reprise d’activité post confinement ?

Didier MASSY : La situation est très différente suivant les métiers et les territoires. Sur le commerce de bouche, le littoral a assez bien fonctionné pendant la saison estivale, sans résorber pour autant le retard pris pendant le confinement. Il est plus en difficulté sur Dax et Mont-de-Marsan où les ferias ont manqué à l’appel. Les bars et les restaurants y ont enregistré des baisses d’activité de 15 % à 20 %. Les distributeurs de boissons, également victimes de l’annulation des fêtes locales, ont vu leurs chiffres chuter de 25 % à 30 %. L’agglomération dacquoise est également impactée par une faible fréquentation sur le thermalisme, même si les acteurs attendent une fin de saison correcte. Il y a de réelles inquiétudes sur le secteur de l’habillement qui a beaucoup souffert. Mais, ce sont aujourd’hui les TPE landaises des services qui rencontrent les plus lourdes difficultés, en dépit des aides qu’il va falloir renforcer. L’activité n’a pas redémarré, dans la formation par exemple, en raison des problèmes de mise en place et d’organisation des sessions. Aujourd’hui, ces petites structures n’ont plus de réserves de trésorerie et sont en attente de travail durable.

LAL : Quelles perspectives pour le secteur du bâtiment qui semble avoir globalement mieux résisté à la crise ?

M. : Effectivement, le bâtiment va assez bien. L’activité, décalée par le confinement, se révèle même trop importante pour certains. Mais, les architectes ont déjà moins de dossiers de demandes d’études. La commande publique est aujourd’hui très faible. Beaucoup de communes ont changé de maire. Certains nouveaux élus attendent les résultats des audits financiers qu’ils sont en train de lancer. En dépit des demandes du gouvernement, les communes ont du mal à se mettre en ordre de bataille pour activer rapidement leur programme. On ne verra pas la mise en place de beaucoup de marchés publics avant 2021.

LAL : Quels seront, selon vous, les moteurs essentiels de la relance économique dans les Landes ?

M. : Personne n’a de piste miracle. En fonction de la richesse économique du département, il faut qualifier nos atouts dans une bonne synergie, pour les exploiter au maximum. Pour relancer l’économie dans son ensemble, il faut que les entreprises qui le peuvent continuent à fonctionner pour tirer le pouvoir d’achat et la consommation. Le but est de faire redémarrer les axes qui le peuvent, le bâtiment en est un. Et comme le dit la formule : « Quand le bâtiment va, tout va ». Dans l’agriculture, il faut également conserver ce qui a été mis en place dans l’urgence pendant le confinement en matière de circuits courts et qui s’est avéré efficace.

 

LAL : Parmi les propositions avancées par la CPME dans le cadre du plan de relance du gouvernement, quelles sont celles qui vous paraissent déterminantes ?

M. : Il faut agir à la fois sur les trésoreries des entreprises et sur les mesures qui favorisent la reprise de l’activité. Le remboursement du Prêt garanti par l’État (PGE) pourrait être fatal aux TPE et PME dont les trésoreries sont défaillantes. Le plan de relance va devoir être souple sur le délai de remboursement des PGE. En effet, comme les petites structures n’ont pas des réserves incommensurables, elles ne seront pas en mesure de s’engager sur le prêt de trésorerie sur lequel pouvait déboucher le PGE au-delà de ces délais.

Il me semble également important de favoriser l’accès des TPE et PME aux marchés publics. Le seuil à partir duquel la mise en concurrence est obligatoire avait déjà été relevé de 25 000 euros à 40 000 euros au 1er janvier 2020. En juillet, le gouvernement a fixé ce seuil à 70 000 euros pour les marchés de travaux et à 100 000 euros pour la fourniture de denrées alimentaires. Des négociations sont en cours pour aller plus loin.

Les acteurs économiques sont au diapason pour travailler dans le même sens

LAL : Comment envisagez-vous les mois à venir ?

M. : Les acteurs économiques sont au diapason pour travailler dans le même sens et mener ensemble le combat pour assurer le redémarrage économique en minimisant la casse. J’ai peur pour le début 2021. Certaines entreprises risquent d’avoir des difficultés à passer cette période, avec moins de fréquentation touristique et une consommation en berne. Il faut anticiper pour assurer la liaison jusqu’au printemps et à l’été. Les TPE et les PME veulent vivre de leur travail, de leur savoir-faire, de leurs commandes, pas du chômage partiel. Elles s’expriment peu et ne se plaignent pas. Il faut les écouter, les soutenir et les appuyer.