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Énergie : Les Landes visent l’autonomie en 2033

Pour atteindre l’autonomie énergétique en 2033, les Landes veulent développer le parc solaire et s’apprêtent à mener des expérimentations sur le photovoltaïque flottant et l’énergie des vagues.

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© Shutterstock

Le département des Landes, second producteur national d’énergie solaire, derrière la Gironde, vise l’autonomie énergétique à l’horizon 2033. La démarche au long cours, coordonnée par le conseil départemental en lien avec l’État, les collectivités, les chambres consulaires et les partenaires du secteur, a réuni pendant deux ans pas moins de 350 acteurs autour de l’élaboration de la stratégie ad hoc, signée lors du premier forum de la transition énergétique, les 26 et 27 novembre derniers.

EN QUÊTE DE SOBRIÉTÉ

En un peu plus de 10 ans, il s’agira à la fois de réduire de 25 % la consommation et de faire bondir la part des énergies renouvelables de 39 % aujourd’hui à 84 % en 2030. Un objectif particulièrement ambitieux qui passera d’abord par la maîtrise des dépenses. En jeu : l’accompagnement des opérations de rénovation énergétique de 9 000 maisons et 2 700 logements collectifs par an, l’amélioration de la performance énergétique de 2 200 locaux professionnels et de 200 établissements industriels (31 % d’économies visées). Le développement du covoiturage, des transports en commun et du vélo dans la mobilité du quotidien, avec l’amplification du réseau cyclable en relation avec les intercommunalités, sont également ciblés pour 44 % d’économies.

Réduire la consommation de 25 % en un peu plus de 10 ans

Patricia Beaumont, , énergie

Patricia Beaumont, Conseillère départementale déléguée à la transition énergétique © S. Zambon

AMPLIFIER LA BIOMASSE, LE BIOGAZ ET LE SOLAIRE

Pour alimenter le futur mix énergétique, le territoire compte capitaliser sur les chaudières à biomasse déjà utilisées par les deux tiers des industriels et par 13 collèges landais dont les équipements trentenaires seront renouvelés avec de meilleurs rendements. Il parie aussi sur la filière biogaz à fort potentiel et sur son temps d’avance en matière d’installations photovoltaïques. « Il s’agit de prioriser leur développement sur les zones déjà artificialisées, que ce soit en toitures, en installant des ombrières de parking, dans d’anciennes carrières ou des décharges », précise Patricia Beaumont, conseillère départementale déléguée à la transition énergétique. « Mais, nous devrons également veiller à préserver l’équité sur le territoire, prévient-elle. Les 3 800 hectares de panneaux prévus au sol vont générer l’Imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux (IFER) dont un maximum de communes doivent pouvoir bénéficier. »

Agrivoltaïsme, énergie

Agrivoltaïsme© D. R.

VERS L’AGRIVOLTAÏSME

« Le Département veille à ce que les projets photovoltaïques qui fleurissent sur le territoire ne perdent pas de vue le volet agricole. Le but n’est pas de transformer les terres agricoles en champs photovoltaïques », pointe Patricia Beaumont, conseillère départementale en charge de la transition énergétique. L’agrivoltaïsme qui permet la production agricole sous la surface de panneaux photovoltaïques pourrait constituer une solution. Et faire en prime office de bouclier technique face aux phénomènes climatiques inhabituels, comme les orages de grêle qui se sont abattus sur les Landes, le 3 juin dernier. Mais aussi « un bouclier financier, puisque les revenus tirés de la production d’électricité apportent une garantie de trésorerie annuelle, et donc de visibilité, pour l’exploitant », plaide la Fédération française des producteurs agrivoltaïques, basée à Hontanx. Encore faut-il définir les cultures adaptées à ce type d’installation et vérifier la synergie entre photovoltaïque et agriculture. Dans cet objectif, parmi les 40 projets expérimentaux « De la ferme du futur aux nouveaux projets de territoire », menés au sein du technopôle Agrolandes, à Haut-Mauco, un projet pilote spécifique doit être lancé à la rentrée. L’objet : étudier sur la durée les espèces qui pourraient être favorisées sous les installations, et mesurer leur incidence sur la production.

EXPÉRIMENTATIONS SUR LE PHOTOVOLTAÏQUE FLOTTANT

Le plan d’action prévoit en prime d’explorer de nouvelles pistes. Des expérimentations sont envisagées sur des parcs solaires flottants, en particulier dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt lancé par l’Institution Adour. L’établissement public territorial de bassin (EPTB) qui regroupe les Landes, les Pyrénées-Atlantiques, le Gers et les Hautes-Pyrénées pour gérer le fleuve et ses affluents, prévoit ainsi d’associer micro-centrales hydro-électriques et panneaux photovoltaïques installés sur des flotteurs à une trentaine de mètres de la berge, permettant à la fois de produire de l’énergie et de réduire l’évaporation. « L’objectif de l’Institution Adour est de générer des revenus nouveaux pour entretenir les retenues collinaires, tout en préservant les enjeux environnementaux et les usages, précise Lucie Taverne, directrice de l’environnement du Département des Landes. Une fois que les pré-études environnementales auront été menées, il restera à évaluer le potentiel, à cibler les technologies et à définir la faisabilité technique et financière. » Si l’expérience s’avère concluante, pour un tiers des 1 000 hectares de retenues d’eau susceptibles d’être équipés sur les quatre départements, la production maximale pourrait couvrir, d’ici 2034, les besoins électriques d’environ 150 000 habitants.

Prioriser le développement des installations photovoltaïques sur les zones déjà artificialisées

Lucie Traverne, énergie

Lucie Traverne, Directrice de l’environnement du Département des Landes © S. Zambon -Dpt40

CAPITALISER SUR LES VAGUES

Les détracteurs des éoliennes peuvent se rassurer : elles ont été recalées sur le territoire, leur implantation étant rendue impossible par les périmètres d’intervention de la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan et de l’École de l’aviation légère de l’armée de terre (Ealat) à Dax. En revanche, avec ses 106 kilomètres de littoral, le département s’intéresse de près à l’énergie captée à partir du mouvement des vagues et qui « présente l’avantage de produire jour et nuit, été comme hiver », rappelle Patricia Beaumont.

L’énergie captée à partir du mouvement des vagues présente l’avantage de produire jour et nuit, été comme hiver

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Un projet houlomoteur innovant dans le sud de l’Aquitaine, déjà engagé sur les Pyrénées-Atlantiques, présente également un potentiel sur la côte sud des Landes qui offre en outre l’avantage d’être proche du port de Bayonne, susceptible d’assurer la maintenance des systèmes. Si la mise en œuvre est idéalement prévue pour 2030, « le projet de ferme houlomotrice n’en est qu’à ses débuts, précise néanmoins Lucie Taverne. En lien avec la Région Nouvelle-Aquitaine et les deux communautés de communes concernées [Le Seignanx et Maremne-Adour- Côte-Sud NDLR], nous étudions la faisabilité en termes de zonage et de technologie. À ce stade, nous cherchons également à identifier une zone de 2 km2 à fort potentiel et suffisamment éloignée du trait de côte (7 à 9 kilomètres) avec le souci de maintenir les usages des métiers de la pêche et des loisirs, tout en considérant les courants migratoires. » Les énergies renouvelables ont aussi leurs contraintes environnementales.

GAZ VERT EN POINTE

Alors qu’un quart des foyers landais utilisent le gaz, dans une situation géopolitique qui remet en question la dépendance de la France pour le gaz conventionnel, la filière du gaz vert, issu de la méthanisation à partir de résidus agricoles, effluents d’élevage ou déchets des territoires, s’impose progressivement comme l’une des réponses à cet enjeu de souveraineté. « Le département des Landes est déjà bien lancé sur la méthanisation. Depuis ce début d’année 2022, nous dépassons les 15 % de gaz vert dans le réseau. Et ce n’est qu’un début car trois autres unités devraient injecter du gaz vert d’ici la fin d’année dans l’est du département. Avant 2025, nous devrions atteindre entre 25 % et 30 % de gaz vert dans la consommation de gaz des Landais », affirme Frédéric Soulier, directeur territorial GRDF Pyrénées-Atlantiques et Landes.