Couverture du journal du 02/07/2024 Le nouveau magazine

Courant d’Huchet : embarquer avec les bateliers

Malgré quelques remous liés aux travaux de l’hiver sur le barrage de la Nasse, il est toujours possible de découvrir le courant d’Huchet en galupe avec les bateliers de Léon. Balade avec leur président, Vincent Laforie.

Courant d'Huchet

© Landes attractivité - Anaël Rossell

Les Annonces Landaises : L’itinéraire a changé, mais il est toujours possible d’embarquer pour une balade en galupe sur le courant d’Huchet ?

Vincent Laforie : Rien ne nous fera partir de ce coin de biodiversité exceptionnelle de 600 hectares sur les communes de Vielle-Saint-Girons, Léon et Moliets-et-Maâ. Avant les travaux, pour la découverte de ce bras d’eau reliant le lac de Léon à l’océan, l’embarquement se faisait du bord du lac. Arrivés au barrage de la Nasse, on changeait nos rames contre des palots – le grand pour la montée, le petit pour la descente – et on naviguait peinard pratiquement jusqu’à l’embouchure. Le barrage qui avait été construit à l’origine pour la pêche à l’anguille, vient d’être refait, et il ne nous est plus possible de l’emprunter en sécurité. Avant, l’eau s’écoulait sur toute la largeur du courant – environ 15 mètres – maintenant, elle passe par un goulet de deux mètres. Il est facile d’imaginer la vague générée et l’impossibilité pour nous de la franchir avec une barque à fond plat chargée de touristes.

LAL : Vous proposez donc un autre itinéraire ?

V.L. : Le départ se fait du pont de Pichelèbe, au bord de la D328, sur la commune de Moliets-et-Maâ. On remonte vers le lac, puis on pousse dans l’autre sens vers l’océan. La découverte de l’Amazonie landaise est donc toujours possible.

Vincent Laforie, Président des bateliers du courant d'Huchet

Vincent Laforie, Président des bateliers du courant d’Huchet © H. R.

LAL : Deux heures d’exotisme ?

V.L. : Oui, on est là sur un site classé réserve naturelle depuis 1982, l’un des plus diversifiés et des plus riches de la région, que ce soit au niveau des écosystèmes ou du biotope. On y découvre une succession de paysages, entre marécages, tourbières et dunes, où nichent de nombreuses espèces animales insoupçonnées et protégées, dont 200 oiseaux, loutres, visons, hérons cendrés, cistudes (tortues) et quantité de poissons comme les tanches, gardons, anguilles et brochets. La flore est également luxuriante avec les fameux cyprès chauves, les arums, les osmondes royales – des fougères majestueuses – ainsi que bien d’autres variétés. Et au-delà de tout cela, les visiteurs nous disent être impressionnés par le silence sous la voûte verte. C’est aussi une cure de zénitude.

Une succession de paysages, entre marécages, tourbières et dunes, où nichent de nombreuses espèces animales insoupçonnées et protégées

LAL : Est-il pour vous inenvisageable que l’activité cesse ?

V.L. : Impossible, en effet. Il nous reste à régler l’utilisation des parkings en toute sécurité à Pichelèbe pendant la saison et surtout à trouver une solution pour rendre le barrage praticable pour nos bateaux. Il est question de malfaçons et de non-respect du cahier des charges. Le dossier est remonté à la préfecture. L’affaire est dans les mains des experts. Impossible également de mettre un terme à notre activité parce qu’habituellement, d’avril à octobre, entre 22 000 et 25 000 visiteurs embarquent dans nos galupes, un apport essentiel pour l’économie du secteur.

LAL : Comment devient-on batelier ?

V.L. : Il faut faire la demande au GIE (voir encadré) qui votera. Pour Composite à Soustons pour environ 4 000 euros. Et avant de faire monter six touristes à son bord, le nouveau batelier devra s’entraîner avec des sacs de sable.

LAL : Au-delà du côté économique, vous semblez également, être attachés à une tradition que vous voulez perpétuer coûte que coûte ?

V.L. : Nous sommes très fiers d’être bateliers et de faire découvrir ce petit coin de nature d’exception. Nous sommes aussi très fiers de prendre la suite de quelques-uns de nos prédécesseurs illustres qui ont consacré leur vie au courant, comme Dédé Labadie qui en était devenu la mémoire. En 1905, le journaliste être accepté, il faut recueillir 22 voix, soit les deux tiers des suffrages. Ces postes sont en priorité réservés à des jeunes du coin. C’est très physique, il n’y a jamais eu de demande de fille. Une fois que le candidat est retenu, il doit faire l’acquisition de son bateau. Nous avons tous le même modèle de 5,70 mètres fabriqué à partir d’un moule chez Mat Composite à Soustons pour environ 4 000 euros. Et avant de faire monter six touristes à son bord, le nouveau batelier devra s’entraîner avec des sacs de sable.

Avant de faire monter six touristes à son bord, le nouveau batelier devra s’entraîner avec des sacs de sable

COURANT HUCHET

© H.R.

LAL : Au-delà du côté économique, vous semblez également, être attachés à une tradition que vous voulez perpétuer coûte que coûte ?

V.L. : Nous sommes très fiers d’être bateliers et de faire découvrir ce petit coin de nature d’exception. Nous sommes aussi très fiers de prendre la suite de quelques-uns de nos prédécesseurs illustres qui ont consacré leur vie au courant, comme Dédé Labadie qui en était devenu la mémoire. En 1905, le journaliste Maurice Martin, avait descendu le courant d’Huchet, piloté par deux pêcheurs de Léon et il avait consacré 13 pages de son livre La Côte d’Argent, à décrire ce qu’il appelait « l’une des merveilles de la France pittoresque ». La batellerie et les balades organisées à l’époque par les pêcheurs professionnels du lac étaient lancées. Le premier groupement de bateliers date de 1908. Cette longue histoire nous oblige.

Réservation des promenades uniquement par téléphone au 05 58 48 75 39 ou sur place au chalet de Pichelèbe, route départementale 328 à Moliets-et-Maâ. Départ 10 h et 14 h 30. Prévoir trois semaines de délai en juillet et août.

Courant d'Huchet

© Landes attractivité – Anaël Rossell

 LES BATELIERS JOUENT COLLECTIF

L’association des bateliers du courant d’Huchet réunit 35 adhérents. Auto-entrepreneurs ou travailleurs indépendants, ils sont regroupés au sein d’un GIE (groupement d’intérêt économique) qui mutualise les assurances, le salaire de la secrétaire pour les réservations et les frais de fonctionnement. Chaque batelier s’acquitte d’une cotisation unique et depuis 30 ans le GIE verse une taxe de 1,50 euro par voyageur au Syndicat intercommunal d’aménagement et de gestion de la réserve naturelle du courant d’Huchet (SIAG).