Couverture du journal du 06/06/2024 Le nouveau magazine

Casinos, cartes sur table

Après deux années exceptionnelles, l’activité des casinos landais ralentit du fait de la conjoncture, et 2024 s’annonce incertaine.

Casinos

© Matthieu Sartre

Loto, tickets à gratter, paris sportifs, roulette ou bandit manchot : les jeux d’argent et de hasard sont très appréciés par les Français. Si les chiffres de 2023 ne sont pas encore disponibles, ceux de 2022 ont atteint des records. Cette année-là, le produit brut des jeux (PBJ) a enregistré une croissance de 20 % par rapport à 2021, pour atteindre 12,9 milliards d’euros (source Autorité nationale des jeux).

Avec 64 % du PBJ, les opérateurs sous monopoles (la Française des jeux et le PMU) raflent la plus grosse partie de la mise. En croissance de 8 % sur un an, leur activité a généré 8,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Mais ce sont les casinos qui enregistrent la plus grosse progression sur la période avec un PBJ en hausse de 130 % ! Les 202 établissements français ont ainsi atteint 2,5 milliards d’euros d’activité en 2022, contre 1,08 milliard en 2021. Le chiffre dépasse même celui de 2019 qui s’affichait à 2,4 milliards d’euros.

Dans les Landes les six casinos – Biscarrosse (groupe Cogit), Mimizan (Stelsia), Dax (Arevian), Saint-Paul-lès-Dax (Joa), Hossegor et Capbreton (Hirigoyen) – ont eux aussi profité de l’embellie. « Après deux années d’activité réduite en raison de la pandémie, beaucoup de clients sont revenus avec grand plaisir », souligne Alexandre Thomas, directeur de l’établissement de Biscarrosse.

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© Matthieu Sartre

Un marché d’habitués

La clientèle des casinos est en effet composée majoritairement d’habitués. Si quelques personnes profitent des fêtes de fin d’année pour découvrir un univers qu’ils ne connaissent que par la télévision ou le cinéma, « l’afflux à cette période n’est pas significatif », note Cédric Vallade, directeur du casino de Dax.

« Ces clients d’un soir sont très raisonnables dans leur budget, précise Alexandre Thomas. Ils viennent partager un moment d’émotion en famille ou entre amis. Toutefois, si ce n’est pas la période où l’on a le plus de monde, c’est peut-être celle où l’on donne le plus d’explications ! »

Sans surprise, c’est l’été que les casinos landais enregistrent la plus forte affluence. Mais là encore, ce sont des habitués qui s’installent aux tables de jeux et aux machines à sous. À Mimizan, le directeur Frédéric Boutilhe constate que, « même en période estivale, la clientèle est essentiellement locale ».

Jeux en ligne : une concurrence difficile à évaluer

En France, quelque 4 millions de personnes s’adonnent aux jeux d’argent et de hasard en ligne. Le chiffre d’affaires du secteur se répartit entre le pari sportif (64 %), le pari hippique (16 %) et le poker (20 %).

Après avoir connu une forte croissance entre 2017 et 2021, le marché s’est stabilisé à 2,18 milliards d’euros en 2022. Mais le segment du poker est celui qui enregistre la plus forte croissance. Le produit brut des jeux (442 millions d’euros) a augmenté de 3 % et le nombre de joueurs (1,76 million) de 7 % entre 2021 et 2022.

Reste qu’il est difficile de savoir si les jeux en ligne ont un impact sur la fréquentation des casinos physiques. « Il n’y a pas d’étude sur le sujet », souligne Alexandre Thomas, directeur de l’établissement de Biscarrosse.

Ce qui est sûr, c’est qu’à part le poker, les autres jeux de casino en ligne sont interdits en France. « Les personnes qui s’y adonnent pratiquent donc sur des sites illégaux… sans forcément le savoir ! »

Et c’est bien ce qui inquiète le plus les responsables d’établissements traditionnels. « Nous avons de très fortes obligations en matière de protection des joueurs, rappelle Frédéric Boutilhe. Grâce aux contrôles aux entrées, nous sommes en capacité d’interdire l’accès aux mineurs et aux personnes interdites de jeux. Nous sommes également formés pour détecter les joueurs pathologiques. Tout cela est évidemment positif. Mais les jeux en ligne, qu’ils soient légaux ou non, ne peuvent pas apporter les mêmes garanties. Cela constitue une concurrence déloyale pour nous. »

 

Bien plus que des jeux

Du côté des tendances, « les machines à sous restent l’activité la plus populaire de nos établissements, reprend Cédric Vallade. C’est pourquoi nous intégrons régulièrement de nouveaux appareils. » Tables de jeux électroniques, machines multilignes, gains progressifs… Les joueurs sont friands de nouvelles technologies et aiment le changement. Partout, les machines sont renouvelées plusieurs fois par an pour les inciter à revenir.

« Mais les clients ne viennent pas chercher uniquement du jeu, insiste Alexandre Thomas. Ils veulent un univers de loisirs. » En la matière, c’est le casino de Saint-Paul-lès-Dax qui propose l’offre la plus large. Outre ses 100 machines à sous et ses jeux de table traditionnels et électroniques (roulette anglaise, black jack et Texas hold’em poker), le César Palace compte un bowling, un escape game, un bar, deux restaurants et un hôtel.

L’autre force des casinos, ce sont les animations qu’ils proposent à longueur d’année. « Dans le cadre des délégations de service public qui nous lient aux communes, nous avons l’obligation de programmer de manifestations régulières afin d’être attractifs pour les locaux comme pour les touristes », précise Frédéric Boutilhe. En août 2022, l’établissement mimizanais a ainsi accueilli le tournage de l’émission de M6, La France a un incroyable talent, sur sa terrasse. Si les événements peuvent être de moindre envergure, concerts, spectacles et autres jeux gratuits sont proposés pratiquement tous les week-ends.

Le casino de Biscarrosse aimerait se rapprocher du bourg

À Biscarrosse, la délégation de service public du casino au groupe Cogit court jusqu’en octobre 2026. Si le délégataire espère conserver la gestion de l’établissement après cette date, il aimerait aussi changer d’emplacement.

« Factuellement, le bâtiment actuel est trop petit et pas suffisamment bien situé, estime le directeur », Alexandre Thomas. D’une taille de 600 m², l’établissement propose 49 machines à sous, cinq postes de roulette anglaise électronique, une table de black jack, un bar et un restaurant. Il attire 40 000 visiteurs par an et génère 1,7 million d’euros de chiffre d’affaires, dont 54 000 euros sont reversés à la commune.

« Dans les années 1990-2000, la clientèle saisonnière était importante. C’est moins le cas aujourd’hui. Notre situation en bord d’océan ne répond plus à l’attente des consommateurs. »

Dans la commune, 14 kilomètres séparent le bourg du quartier de la plage. Une distance rédhibitoire pour bon nombre de clients potentiels, notamment en hiver. Collé à la dune, l’établissement souffre lorsque la météo n’est pas au beau fixe. Cela a été le cas pendant 10 jours en novembre dernier, durant lesquels, faute de fréquentation, il a fermé plus tôt.

« Il est presque vital qu’on puisse se déplacer plus près des bassins de population importants. » Toutefois, c’est à la ville que revient le pouvoir de choisir l’emplacement de l’établissement. « Nous travaillons actuellement sur une opportunité, mais ce sera au conseil municipal de trancher. »

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© Casino de Dax

Vers un ralentissement en 2024

Cela sera-t-il suffisant pour continuer à attirer les joueurs en 2024 ? Les responsables des établissements sont bien incapables de le dire. Face à la conjoncture, tous s’attendent à un ralentissement de l’activité.

« Depuis quelques mois, le marché est plus calme, note Alexandre Thomas. Nos clients sont impactés par la baisse du pouvoir d’achat et font plus attention à leurs dépenses. Or, les casinos ne constituent pas une dépense incompressible… » Même analyse pour Frédéric Boutilhe : « Après deux années exceptionnelles, 2024 ne sera pas forcément la même. La conjoncture et la situation géopolitique risquent de nous desservir. »

Par ricochet, ce sont les communes qui vont en pâtir. Une partie des redevances reversées aux municipalités par les casinos est en effet corrélée aux résultats des établissements.

Un hôtel en 2025 pour le casino de Mimizan

Ouvert en février 2019, le casino Stelsia de Mimizan compte 65 machines à sous, roulette anglaise électronique, black jack traditionnel et électronique, deux bars, un restaurant et une salle de séminaire.

Bien que situé dans une station balnéaire, l’établissement chouchoute la clientèle de proximité. Pour assurer son développement, il a ainsi décidé de s’inscrire dans la vie associative et culturelle locale, en sponsorisant des clubs sportifs comme le rugby de Mimizan et le foot du Born, ou en accueillant des expositions de peintres locaux. Quant à son programme de fidélité, il regroupe plus de 3 000 adhérents.

Pour autant, le casino sait aussi accueillir les touristes. Il enregistre ainsi près de 75 000 entrées par an (dont 45 000 sur la seule partie machines à sous). Toutes activités confondues, il réalise un chiffre d’affaires de plus de 3,3 millions d’euros dont 180 000 euros sont reversés à la commune.

Pour renforcer son attractivité, il va se doter d’un hôtel 3 étoiles de 50 chambres au printemps 2025. « Cela constituera une activité complémentaire pour le casino, mais aussi pour la commune qui ne dispose pas d’offre de ce type actuellement », souligne le directeur Frédéric Boutilhe. Grâce à cette structure d’hébergement, il espère attirer des clients des départements limitrophes et des séminaires d’entreprises.

Le casino de Dax a fait peau neuve

Construit en 1999, le casino de Dax a été entièrement rénové. Après deux ans de travaux, durant lesquels les joueurs ont continué d’être accueillis, l’établissement nouvelle formule a été réceptionné en mars 2023. « Le budget a avoisiné les 3,4 millions d’euros et a permis de mettre le casino au goût du jour, tant sur sa décoration que sur sa fonctionnalité, indique le directeur Cédric Vallade. Les espaces ont été décloisonnés pour coordonner les espaces jeux avec un restaurant et un bar aux nouvelles tendances. »

L’espace ludique propose 75 machines à sous, 12 postes de roulette électronique et 7 postes de black jack électronique. Deux tables de black jack traditionnel sont également accessibles en soirée. L’établissement réalise un chiffre d’affaires de près de 6,7 millions d’euros.