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Adavem : l’aide aux victimes de plus en plus sollicitée

L’Association départementale d’aide aux victimes et de médiation - Justice de proximité des Landes (Adavem JP 40) a fêté ses 30 ans, le 20 octobre dernier à la cité judiciaire de Mont-de-Marsan. Paroles rares, exemplarité et perspectives.

Dans les Landes, l'effectif de l'Adavem est passé de sept salariées en 2017 à 24 en 2023

Dans les Landes, l'effectif de l'Adavem est passé de sept salariées en 2017 à 24 en 2023 © H. R.

Les témoignages de trois victimes ont marqué la journée des 30 ans de l’Adavem JP 40(*), présidée par José Perez. Trois hommes. R. en musique, façon slam, a raconté l’indicible. Comment son employeur l’a « amadoué » et abusé sexuellement. Comment il a réussi à verbaliser ce traumatisme grâce à ses parents, « après avoir eu une mauvaise pensée », et comment il a pu entamer une reconstruction grâce aux conseillères de l’Adavem. P. raconte qu’il a décidé de s’exprimer pour la première fois en public pour que « la honte et la culpabilité changent de camp ». Violé de 10 ans à 18 ans par son cousin, il confie « qu’il se sentait sale et seul et que son enfance a été dévastée ». Adulte, c’est sa chef de service qui le harcèle moralement et sexuellement. Elle est licenciée, mais difficile de se libérer d’un étau et de comprendre pourquoi on est une proie. L’angoisse est toujours présente, mais apprivoisée notamment avec l’aide de Jade Danielle, coordinatrice du service d’aide aux victimes.

HONTE ET CULPABILITÉ

A., un Landais parti avec son meilleur ami à Paris, le 13 novembre 2015 pour assister au concert du Bataclan et revenu seul à Capbreton, fait partager sa souffrance à l’assistance médusée. Même s’il n’a pas été blessé, le traumatisme est profond et le mutisme dure plusieurs mois. La main tendue de l’Adavem et notamment de sa directrice Anne Decung, qui avant de venir dans les Landes travaillait à Paris à l’accompagnement de victimes d’attentats, est alors pour lui, « le début d’un retour à la vie ». « Sa force, sa détermination m’ont beaucoup aidé », confie le jeune homme.

Dénominateurs communs des trois témoignages : la honte et la culpabilité. Charlène Lafitte, psychologue de l’aide aux victimes, explique « qu’il faut beaucoup de bienveillance, établir une relation de confiance pour remettre en cause des croyances profondes, détricoter l’emprise psychologique des auteurs, arriver à s’en détacher et diminuer les angoisses ».

Dans la table ronde suivante a été évoquée la nécessaire prise en charge des auteurs dans le cadre des violences intrafamiliales. C’est un moyen de protéger les victimes et de prévenir la récidive. Proposer un logement à un auteur qui, souvent, a lui-même connu des violences dans sa famille est une manière de l’éloigner de la victime.

VERS UNE JUSTICE RESTAURATIVE

Unanimement les intervenants ont souligné l’exemplarité de l’Adavem JP 40, même si l’association agréée par le ministère de la Justice exerçant une mission de service public fait aussi figure de modèle dans bien d’autres départements. Dans les Landes, elle est passée de sept salariées en 2017 à 24 en 2023. Les besoins vont croissant et la préfète des Landes, Francoise Tahéri, a souligné que « l’État continuerait de s’engager pour consolider encore la chaîne en pérennisant les moyens qui permettront un accompagnement dans la durée et dans la profondeur », espérant « qu’un jour l’Adavem 40 n’interviendrait que pour prévenir ». Xavier Fortinon, président du conseil départemental, moins optimiste, a rappelé que le département avait quadruplé son aide depuis 2019, qu’aujourd’hui seules 20 % des plaintes aboutissent et suggéré que « tous les partenaires s’engagent pour soutenir l’association ». Parmi les pistes d’avenir ont aussi été évoqués, l’amélioration de la visibilité de l’Adavem JP 40, la création d’un guichet unique visant l’universalité dans la prise en charge de toutes les victimes et le développement d’une justice restaurative qui consisterait à faire dialoguer, avec l’aide d’un médiateur neutre et formé, une victime, l’auteur d’une infraction ou toute personne concernée.

(*)La journée s’est déroulée en présence de Françoise Tahéri, préfète des Landes, Xavier Fortinon, président du conseil départemental, Monique Lubin, sénatrice, Olivier Janson, procureur de la République de Mont-de-Marsan, des chefs de juridiction des tribunaux judiciaires de Mont-de-Marsan et de Dax, des représentants des forces de l’ordre et du SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et de probation) et de la directrice adjointe de la Fédération nationale France victimes

ADAVEM 40 EN BREF

L’Adavem 40 est composée d’un service d’aide aux victimes, d’un service social, et d’un service socio-judiciaire dont le Centre de prise en charge des auteurs de violences conjugales [CPCA]. En 2022, elle a accompagné 3 571 victimes et plus de 250 auteurs placés sous main de justice.

Contact : 15 avenue Henri-Farbos à Mont-de-Marsan et 6 rue des Prairies à Dax. Tél. : 05 58 06 02 02