Couverture du journal du 02/07/2024 Le nouveau magazine

Vendanges : vers un bon cru 2023

Le mildiou perturbe le rendement des vignes landaises cette année, après le gel et la grêle en 2021 et 2022. Mais avec un travail de sélection parcellaire et de tri des vendanges par la Cave des vignerons landais, la qualité du cru 2023 est assurée.

Pascal Chalandre, Président de la Cave des vignerons landais et Régis Laporte, Directeur de la Cave des Vignerons landais Vendanges

Pascal Chalandre, Président de la Cave des vignerons landais et Régis Laporte, Directeur de la Cave des Vignerons landais © Bernard Dugros

Le top départ a été donné le 1er septembre. Dans le Tursan, en Chalosse, dans les sables de l’océan et les sables de l ’Armagnac, le balet des machines à vendanger a démarré. Il devrait durer environ un mois, en fonction de la météo. « S’il se met à beaucoup pleuvoir, on accélèrera le mouvement pour éviter la pourriture des raisins », indique Régis Laporte, directeur de la Cave des vignerons landais. Le ramassage des grappes obéit à un plan minutieusement orchetré. Ce sont d’abord les cépages destinés aux rosés et aux blancs secs qui sont vendangés. Suivront les rouges et enfin les moelleux. Mais au sein de chaque cépage, l’ordre des parcelles à récolter n’est pas laissé au hasard. « Grâce à des contrôles et des analyses, notre responsable du vignoble, Anthony Benquet, détermine la meilleure date de récolte pour chacun des 500 hectares de nos adhérents. L’objectif est de les amener à la maturité souhaitée, en fonction du type de vin que l’on veut faire. »

Vendanges

« On n’arrive pas à comprendre pourquoi certaines parcelles ont été touchées par le mildiou et d’autres pas » © Bernard Dugros

ATTAQUES DE MILDIOU

Ce travail de sélection parcellaire est particulièrement important cette année. Les excès d’eau de juin ont entraîné des attaques de mildiou. Mais la maladie qui se développe sur les grappes à cause d’un champignon, s’est propagée de manière totalement aléatoire dans le vignoble. « Au niveau de la cave, on table sur une baisse globale de rendement de 25 à 30 % par rapport à nos prévisions, annonce le président,

Pascal Chalandré. Mais ce n’est pas représentatif de ce qui se passe chez les vignerons. Certains n’ont rien et d’autres sont touchés à 80 % ! Il n’y a pas de zone géographique particulière, pas de type de conduite non plus. On n’arrive pas à comprendre pourquoi certaines parcelles ont été touchées et d’autres pas. »

On sépare dans les différentes cuves, les vendanges de parcelles aux potentiels identiques, afin de réaliser les meilleurs vins possibles.

Toujours est-il que cette baisse de rendement n’est pas une bonne nouvelle. C’est la troisième année consécutive que les viticulteurs font face à des aléas climatiques. Il y a deux ans, le gel avait compromis 40 % de la récolte. Et l’année dernière, le gel et la grêle l’avaient amputée de 45 %. « Cette année, ce sera un peu mieux, relativise Régis Laporte. Mais avec 23 000 à 24 000 hectolitres estimés sur les 30 000 attendus, la récolte va rester à un niveau faible. »

Au niveau de la cave, on table sur une baisse globale de rendement de 25 à 30 % par rapport à nos prévisions

DU CÔTÉ DES VENTES

Le mildiou ne pose pas que des problèmes de trésorerie aux vignerons. Il impacte aussi la Cave des vignerons landais.

« La problématique avec les baisses de volumes de ces trois dernières années, c’est que cela affecte nos stocks, souligne le président Pascal Chalandré. Or, sans stock, on perd des marchés. » Les ventes ont déjà été perturbées par la période Covid. « Sur 2020 et 2021, avec les cavistes et les restaurants fermés, ça a été un peu compliqué, note le directeur Régis Laporte. Et si 2022 a marqué un retour à la normale, 2023 est plus délicate. La baisse du pouvoir d’achat liée à l’inflation pèse sur nos ventes.

Les gens consomment moins, mais plus qualitatif. Ils deviennent plus exigeants. À nous de nous adapter pour répondre à leurs demandes. » Si les connaisseurs apprécient tous les styles de vins, les rosés et les blancs secs pouvant accompagner tout un repas sont assez demandés. Les vins moelleux sont pour leur part plébiscités pour les apéritifs. Les efforts de la cave pour répondre aux attentes du marché payent. En 2022, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 7 millions d’euros, contre 6,8 millions d’euros avant Covid.

MILDIOU : DEMANDE D’INDEMNISATION

Si le mildiou a moins impacté les vendanges que le gel et la grêle de 2021 et 2022, les conséquences pour les viticulteurs touchés devraient être plus graves. Car contrairement aux aléas climatiques, les maladies ne sont pas assurables. En conséquence, les exploitants ne peuvent pas prétendre à des indemnisations. « Avec l’ensemble des vignerons du Sud-Ouest et de l’Occitanie, nous essayons de faire valoir auprès de nos élus que cette maladie a été provoquée par un aléa climatique. Nous avons enregistré 250 à 300 mm de pluie toutes les semaines en juin. On n’a fait que traiter, mais rien n’y a fait.

Les assurances s’arcboutent sur le fait qu’une maladie ne s’assure pas. Mais c’est un excès d’eau qui l’a engendrée. Sans aides de l’État ou de l’Europe, certains vignerons ne vont pas s’en remettre. L’avantage que l’on a dans les Landes, c’est que pratiquement tous les producteurs sont en polyculture élevage. Les années compliquées, d’autres productions viennent à la rescousse de la trésorerie de l’exploitation. Mais pour ceux qui n’ont que la vigne, c’est une perte sèche. »

LA QUALITÉ AU RENDEZ-VOUS

La note d’optimisme vient de la qualité. « Ce sera quand même une belle année, se réjouit Pascal Chalandré. Depuis la mi-juillet, le temps très sec a asséché les grains touchés. La vigne a pris beaucoup de soleil et a bien nourri les raisins. Et les 20 mm de pluie que nous avons eus dans les huit à 10 jours avant les vendanges leur ont permis de prendre du volume. Les premiers échantillons sortis de laboratoire annoncent un bon millésime. » Mais la qualité des vins AOP et IGP 2023 reposera aussi sur le savoir-faire de la Cave des vignerons landais. Au sein du chai installé à Geaune, une vingtaine de personnes travaillent actuellement à la réception de la vendange et à sa vinification. « Le tri des raisins est une étape primordiale, reprend Régis Laporte. On sépare dans les différentes cuves, les vendanges de parcelles aux potentiels identiques, afin de réaliser les meilleurs vins possibles. » Des vins qu’il sera possible de déguster d’ici six mois pour les rosés et les blancs et dans 16 à 18 mois pour les rouges. Au total, l’équivalent de 3 millions de bouteilles devrait être mis en marché.

LE BOURRET DISPONIBLE

Une fois par an, pendant un mois à partir de mi-septembre, le bourret revient sur les étals. Boisson typique des vendanges, il s’agit d’un jus de raisin conservé au frais pour retarder son évolution en vin. Au fil des jours néanmoins, une légère fermentation s’opère et rend le breuvage pétillant, avant que le sucre ne se transforme en alcool. La Cave des vignerons landais produit environ 400 hectolitres de bourret chaque année, qu’elle vend essentiellement dans ses boutiques et chez ses partenaires réguliers.

L’ENJEU DU RENOUVELLEMENT

Depuis quelques années, la Cave des vignerons landais fait face à une baisse de son nombre d’adhérents.

« Dans la majorité des cas, il s’agit de départs en retraite, mais certains arrêtent aussi en raison de difficultés financières », note le président, Pascal Chalandré.

Aujourd’hui, la cave compte 70 apporteurs dont une soixantaine en Tursan et une dizaine sur les trois autres vignobles landais (coteaux de Chalosse, sables de l’océan et sables fauves de l’Armagnac).

La reprise des surfaces n’est parfois même pas assurée par des viticulteurs déjà installés. Or, dans les cinq ans, une centaine d’hectares vont être libérés du fait de départs en retraite. « Il y a un gros enjeu sur le renouvellement des générations et l’installation d’agriculteurs », insiste le directeur Régis Laporte. Pour éviter de perdre ces surfaces viticoles, la Cave des vignerons landais a créé la SCIC Ma Vigne en Tursan (Société coopérative d’intérêt collectif) en 2022. « Elle permet à tout un chacun, du particulier à la collectivité en passant par les entreprises ou les associations, d’investir dans le développement du territoire et de faire vivre notre filière », reprend Pascal Chalandré. En souscrivant des parts, vendues 1 000 euros chacune, les participants deviennent collectivement propriétaires de vignes. Déjà 150 sociétaires se sont engagés dans Ma Vigne en Tursan pour plus de 210 000 euros. « Cet argent va nous aider à conserver et restructurer le vignoble, mais aussi à planter certains cépages expérimentaux et à tester de nouvelles techniques culturales, détaille Régis Laporte. La SCIC pourra également salarier de futurs viticulteurs, afin de leur apprendre à travailler la vigne, avant de leur céder des parcelles au moment de leur installation. » Un séminaire stratégique est également prévu en fin d’année afin de trouver d’autres solutions pour attirer de nouveaux vignerons.