Couverture du journal du 17/02/2024 Le magazine de la semaine

Thermalisme : investir dans la formation interne

PRÉCHACQ-LES-BAINS - Arrivée début juillet comme directrice des thermes (groupe Chaîne thermale du soleil), Fanny Remiller, qui a longtemps travaillé dans l’agroalimentaire en Asie, fait le bilan de sa première saison thermale dans ce village des Landes.

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Fanny Remiller, Directrice des thermes de Préchacq-les-Bains © J. D.

Les Annonces landaises : Comment arrive-t-on à Préchacq- les-Bains quand on a commencé sa carrière en Asie ?

Fanny Remiller : Je suis originaire de la région lyonnaise. Après des études de commerce à Sophia-Antipolis (Nice), j’ai démarré à Paris chez Procter & Gamble, puis je suis partie en VIE (Volontariat international en entreprise) au Vietnam, avant de revenir en France chez Sodebo. Je suis repartie travailler pour des produits professionnels en pâtisserie, pour toute la zone Asie Pacifique, entre Hong Kong et Hô Chi Minh-Ville. Des circonstances personnelles, puis la période Covid, ont fait que j’en ai eu assez des voyages professionnels au bout de 15 ans. J’avais envie d’autre chose et le thermalisme m’a attirée, moi qui crois beaucoup dans les médecines naturelles. J’ai postulé à la Chaîne thermale du soleil sans trop y croire vu mon parcours dans l’agroalimentaire… Et ça s’est fait ! Mon premier poste a été dans la station de Saint-Laurent-les-Bains en Ardèche, c’était un gros choc à l’arrivée. Mais j’adore ce que je fais, c’est un métier très humain, dans des petites structures, au contact des salariés et des curistes à qui on fait du bien au quotidien.

LAL : Comment vous êtes-vous adaptée à la vie dans les Landes ?

F.R. : Saint-Laurent-les-Bains était aussi une petite station, mais beaucoup plus isolée que Préchacq, avec un premier supermarché à 40 minutes en voiture. Pour moi ici, tout me semble à côté même si les gens du coin disent qu’on est isolé ! Jusqu’ici, je connaissais plus le Pays basque, mais j’aime le côté plus sauvage des Landes, c’est extra pour les sports de plein air et les gens sont extrêmement gentils.

LAL : Quel bilan tirez-vous de cette première saison à Préchacq-les-Bains ?

F.R. : Les lieux sont magiques et pleins d’énergie avec tout cet environnement naturel et cette boue artisanale venue des alluvions de l’Adour, qui mâture sur place en bassins de stockage. Il y a une très bonne équipe de professionnels investis. Nous avons encore eu une progression de la fréquentation de 7 à 8 % par rapport 2022 avec autour de 2 500 curistes.

Des gens comparent encore à l’avant-Covid en 2019 (3 200 curistes), mais c’était une année phare, nous préférons nous concentrer sur le présent et l’avenir. Dans nos petites stations, nous avons la chance de récupérer pas mal de gens qui avaient fait leurs précédentes cures dans de grandes stations et qui apprécient le côté quasi-familial ici. Les nouveaux curistes représentent 30 % de notre clientèle. Et les gens chouchoutés reviennent ensuite d’année en année.

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Les nouveaux curistes représentent 30 % de la clientèle © Corentin Mossière

LAL : Avez-vous eu des soucis de recrutement ?

F.R. : Nous employons 40 salariés dont quatre à l’année, le reste en contrats saisonniers débutant plus ou moins tôt selon les fonctions. Nous n’avons pas eu de souci majeur ; globalement, il y a une bonne fidélité des employés. Nous faisons aussi beaucoup de formation. En partenariat avec Pôle emploi, nous avons accueilli cinq personnes à la découverte du thermalisme. Quatre ont obtenu des contrats plus ou moins longs d’agents thermaux ; pas forcément des jeunes, mais des gens qui ont envie de se réinsérer ou qui viennent d’arriver dans la région et qui sont ici formés par les anciens.

En interne, nous investissons beaucoup dans la formation sous toutes ses formes, en faisant venir des organismes pour harmoniser les pratiques et avoir un œil extérieur, et aussi pour améliorer le bien-être au travail ou mieux gérer son stress.

Nous avons encore eu une progression de la fréquentation de 7 à 8 % par rapport 2o22 avec autour de 2 5oo curistes

LAL : Les thermes de Préchacq sont fermés du 11 novembre au 25 mars 2024, c’est traditionnellement la période propice aux travaux. Quels sont les investissements prévus cet hiver ?

F.R. : Nous refaisons justement toute la partie dédiée aux personnels, le réfectoire et les vestiaires notamment, avec l’idée que les gens se sentent toujours mieux au travail. Côté soins, nous allons rafraîchir notre espace voies respiratoires, une spécialité que nous sommes les seuls à proposer dans les Landes, en plus de la rhumatologie. Nous refaisons aussi le rez-de-chaussée pour la partie accueil, donnons un coup de jeune sur certains hébergements et commençons des travaux techniques sur les forages qui sont toujours des investissements importants.

Nous avons aussi l’idée de repenser globalement nos espaces soins dans les prochaines années, avec peut-être des hébergements en plus, tout en gardant notre taille humaine. Car l’été, nous manquons régulièrement de logements pour répondre à la demande. Il semble aussi que des hébergements privés aux alentours soient, pour plus de rentabilité, de plus en plus souvent loués à la semaine à des touristes en juillet-août plutôt que pour trois semaines à des curistes, ce qui rejaillit sur nous.

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MARIANNE HERRERIA, Directrice des opérations de Thermes Adour et MAXIME VILGRAIN, Président du groupe Arenadour © J. D.

LA THERMES ADOUR ACADÉMIE

À Dax et Saint-Paul-lès-Dax, le groupe Arenadour, ce sont aujourd’hui six établissements Thermes Adour historiques (Regina, Grand Hôtel, Arènes, Chênes, Christus, Sourcéo), et une croissance externe aux Landes depuis 2019 avec les thermes des Fumades (Gard) en reconstruction (ouverture au printemps 2024), ceux de Luchon (Haute-Garonne) et d’Amnéville (Moselle). 40 000 curistes y sont accueillis au total chaque année dont la moitié sur l’agglomération dacquoise, en progression de 5 % dans les Landes par rapport à 2022, mais toujours en retrait de 23 % par rapport à 2019 et l’avant-Covid.

AFTERWORK DÉCOUVERTE

Avec « l’objectif d’ouvrir ses cures au plus grand nombre », Thermes Adour a multiplié, sur certains établissements, les nouvelles formules : cures du soir (17 h – 20 h) pour une clientèle d’actifs en proximité (350 curistes cette année), sessions d’après-midi pour les lève-tard, soins sur une semaine hors cadre Sécurité sociale, afterwork découverte, Estivales entre midi et deux en juillet-août, sessions post-cancer du sein sur 12 jours, programme spécial sommeil… Pour cela, il leur a fallu embaucher. Sur le Grand Dax, « 140 personnes en CDI et 250 saisonniers pour 27 métiers différents sont nécessaires chaque année de mars à décembre, et 30 % de nouveaux saisonniers sont à recruter chaque année », a expliqué lors d’une conférence de presse, la directrice des opérations Marianne Herreria. Compte tenu des difficultés majeures en matière de recrutement, le groupe a créé son école de formation en interne, en collaboration avec Pôle emploi et ses dispositifs de découverte en immersion. À la Thermes Adour Académie, des formations de quatre semaines sont dispensées, entre modules théoriques et pratiques. 12 personnes ont ainsi été recrutées cette année et « certains vont intégrer le Greta pour obtenir la qualification d’agent thermal », selon la dirigeante. Reste à réussir à les fidéliser, « un enjeu majeur ».