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Entreprise / reconfinement – Objectif : préserver la trésorerie

Paiement des dettes mises en report, remboursement du prêt garanti par l’état… en dépit de l’annonce d’un nouveau confinement, les entreprises doivent anticiper la sortie des dispositifs d’accompagnement. 3 étapes pour s’y préparer.

Entreprise trésorerie reconfinement

Lucine Manciet © Patrick Valleau

La crise sanitaire actuelle contraint les dirigeants à prendre des mesures d’urgence afin de préserver les emplois et la trésorerie, passer l’hibernation subie. Pour ce faire, un certain nombre de leviers ont été actionnés, notamment le report de charges (loyers, charges sociales, charges fiscales, crédits-bails…) et d’emprunts, la sollicitation du fonds de solidarité, de l’activité partielle, de subventions régionales ou encore du Prêt garanti par l’État (PGE). Jusqu’ici, la reprise des activités économiques était assez hétérogène (entre les secteurs, les zones géographiques, les positionnements…) et restait globalement inférieure au niveau d’avant crise. Dans un contexte d’incertitude, accentué par la dégradation des conditions sanitaires actuelles et l’annonce d’un nouveau confinement, un des enjeux prioritaires est la préservation de la trésorerie.

Pour les entreprises les plus fragilisées, cet exercice risque de s’avérer délicat compte tenu du terme de la reprise des échéances de crédit jusqu’alors mises en report et des dettes supplémentaires ayant pu être créées dont il faut envisager désormais le remboursement.

Dans le cadre de la stratégie de préservation de la trésorerie, plusieurs leviers peuvent être actionnés.

 

1- DIAGNOSTIC DE LA SITUATION ACTUELLE

Cette étape consiste à dresser un état des lieux des conséquences de la crise Covid-19 sur l’entreprise (notamment les dettes créées) et à établir des prévisions d’activité et de trésorerie pour les mois à venir, selon des hypothèses pessimistes. Cet exercice permet notamment d’éclairer le dirigeant sur les points suivants :

  • Quelles sont les dettes de l’entreprise aujourd’hui ?
  • Quel chiffre d’affaires atteindre pour satisfaire leurs remboursements ?
  • Quelle évolution de la trésorerie ? Quels changements anticiper pour éviter d’en détruire ?

 

2- ORGANISATION DU PAIEMENT DES DETTES

S’agissant du paiement des dettes fiscales et des dettes Urssaf, des demandes d’étalement sont désormais possibles, sur une durée allant de 12 à 36 mois. Ainsi, l’article 65 de la 3e loi de Finances rectificative de juillet 2020 prévoit la possibilité pour l’Urssaf de proposer cet étalement en novembre 2020 (en complément d’autres mesures d’exonération et de crédit cotisation soumis à conditions). En cas de difficultés importantes, une remise partielle de cotisations et contributions pourra également être sollicitée en complément de l’étalement.

Ces étalements pourraient toutefois être insuffisants voire inadaptés. La saisie de la Commission départementale des chefs des services financiers (CCSF) ou d’un mandat ad hoc pourraient s’avérer plus pertinente. L’arbitrage entre ces options pourra être mené selon la pluralité des dettes à étaler, la durée d’étalement souhaitée ainsi que la sollicitation éventuelle de la caution personnelle du dirigeant.

3- RÉFLEXION RELATIVE AU PRÊT GARANTI PAR L’ÉTAT

Selon les statistiques nationales, le PGE aurait été jusqu’ici prudemment contracté par les entreprises. Au cours des dernières semaines, sa mobilisation a été étendue jusqu’au 30 juin 2021 et les conditions d’amortissement ont été précisées (taux maximum de 2,5 %).

Cette fin d’année, les dirigeants ayant sollicité un PGE en mars 2020 devront se positionner sur son remboursement immédiat ou sa mise en amortissement (entre un et cinq ans). Une demande de positionnement sera adressée par l’établissement bancaire trois mois avant la date d’échéance. Il conviendra également de s’interroger sur l’opportunité de solliciter un tirage complémentaire de PGE afin de conforter la trésorerie dans ce contexte singulier. Cette prise de décision pourra s’appuyer sur les réflexions préalables.

Cette phase d’anticipation constitue un préalable nécessaire afin d’engager une politique de relance de l’activité. Au-delà des chiffres, cette démarche doit s’accompagner d’une réflexion plus globale sur les changements induits par la crise (modes de consommation, respect de l’environnement, digitalisation…).

Enfin, pour les entreprises les plus fragilisées, des mesures de prévention pourront être menées auprès du tribunal de commerce, de manière confidentielle (conciliation ou mandat ad hoc) ou collective (sauvegarde ou redressement judiciaire).

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