Couverture du journal du 28/11/2020 Consulter le journal

La dette publique dépasse 100% du PIB

À la fin du mois de septembre 2019, la dette publique de la France a atteint 100,4 % du PIB, bien loin du plafond de 60 % fixé par le traité de Maastricht. Mais, ce chiffre impressionnant ne dit en fait rien sur l’état réel de l’économie française… Explication.

Selon l’Insee, à la fin du troisième trimestre 2019, la dette publique de la France s’élevait à 2 415,1 milliards d’euros, en hausse de
39,6 milliards par rapport au trimestre précédent. Dans le détail, la dette de l’État représentait 1 947,4 milliards d’euros, celle des organismes divers d’administration centrale (ODAC)
65,8 milliards, celle des administrations de Sécurité sociale 196,1 milliards et celle des administrations publiques locales 205,8 milliards. 

Mais un chiffre surtout a marqué les esprits : la dette publique a dépassé les 100 % du PIB ! D’aucuns voulurent y voir le signe d’une économie en faillite, alors que ce chiffre n’apportait en soi aucune information sur la santé réelle de l’économie française…

UN SEUIL SANS SIGNIFICATION

Comme pour le déficit, la dette publique est souvent présentée par commodité en pourcentage du PIB. Mais un ratio de 100 % ne signifie absolument pas que 100 % de la richesse créée chaque année est utilisée pour payer la dette publique. De plus, les chiffres de l’institut de statistique concernent la dette trimestrielle, qui peut encore être révisée pendant plusieurs trimestres, puisqu’elle ne porte pas sur des sources comptables complètes. Le dépassement de la barre des 100 % peut alors simplement résulter d’éléments techniques liés aux émissions et aux amortissements des titres de la dette publique. En outre, le chiffre de l’Insee correspond à une dette brute –appelée dette notifiée ou dette au sens de Maastricht – qui ne prend donc pas en compte les actifs financiers, pourtant nombreux, des administrations publiques.

Ainsi, ce seuil de 100 % n’a pas plus de signification que les 60 % du traité de Maastricht. On se souvient d’ailleurs de l’étude empirique menée en 2010 par les économistes américains, Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, dont la conclusion laissait à penser, à tort, que le taux maximum d’endettement public était de 90 %…

86,4 % DU PIB DANS LA ZONE EURO

Selon Eurostat, à la fin du deuxième trimestre 2019, la dette publique s’élevait à 86,4 % du PIB dans la zone euro, contre 80,5 % dans l’ensemble de l’Union européenne (UE). Malgré tous les plans d’apurement, la Grèce fait toujours la course en tête (180,2 %), suivie par l’Italie (138,0 %) et le Portugal (121,2 %). A contrario, l’Estonie (9,3 %), le Luxembourg (20,3 %) et la Bulgarie (20,4 %) ont les taux d’endettement public les plus faibles. Quant à l’Allemagne, elle fait certes partie des bons élèves européens ayant su diminuer drastiquement le taux d’endettement public (61,2 %), mais au prix d’un sous-investissement chronique dans le pays.

LES TAUX D’INTÉRÊT TRÈS BAS SOUTIENNENT LA SOLVABILITÉ DES ÉTATS

On l’aura compris, au-delà du niveau, c’est la dynamique de la dette publique qu’il importe de surveiller, celle-ci dépendant du niveau des déficits primaires (déficit hors intérêts de la dette) et de l’écart entre le taux d’intérêt et le taux de croissance nominal de l’économie. Et c’est peu dire que les dernières années, les États ont pu profiter de la politique ultra-expansionniste menée par la Banque centrale européenne (BCE). Une stratégie qui s’est traduite par une baisse des taux d’intérêt à long terme sur la dette publique, et en tout état de cause une croissance –même très faible– supérieure aux taux d’intérêt, rendant supportable même des niveaux d’endettements publics très élevés, comme en Italie. Pour les administrations publiques, des taux d’intérêt faibles peuvent donc tout à la fois être un viatique pour financer à bas coûts des investissements d’avenir, mais également un pousse-au-crime s’ils servent à financer des dépenses inutiles.

Une remontée non anticipée des taux d’intérêt étant peu probable, le seul danger serait alors que l’État laisse filer le déficit public pour de mauvaises raisons, jusqu’au point où les investisseurs refusent d’acheter la dette publique. Or, la France n’est absolument pas dans ce cas de figure, tant s’en faut. Sa dette publique s’arrache sur les marchés financiers, si bien qu’il lui est possible de placer ses titres à des taux très faibles voire négatifs. Les obligations assimilables du Trésor (OAT), émises au mois de décembre 2019 à échéance 2060, ont ainsi trouvé preneur au taux moyen pondéré de 0,88 %, avec deux fois plus de demandes que d’offres. Malgré la déconsidération dont est parfois victime à tort l’économie française, sa dette est vue comme sûre, d’autant qu’il reste, en fin de compte, très peu d’actifs sans risque sur les marchés…

Mais, assez curieusement, s’il est très souvent question de la dette publique française, qui ne constitue pourtant pas un problème –même aux yeux du FMI–, le taux d’endettement croissant des ménages et des entreprises est, quant à lui, rarement évoqué… C’est pourtant là un problème majeur.