Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Du Pays basque vers les Landes

Par manque de foncier et du fait de prix trop élevés, des entreprises industrielles créées au Pays basque déménagent dans les Landes. Exemple dans le Seignanx avec deux pépites de l’aéronautique et de la santé, accompagnées par la foncière Vitalandes et la Banque des territoires.

Les nouvelles entreprises réunies chez Materrup le 26 octobre avec Vitalandes et la Banque des territoires De gauche à droite : Grégory Djiane (Needle Concept), Florence Gillot et Stéphane Azcué (Tekniaero)

Les nouvelles entreprises réunies chez Materrup le 26 octobre avec Vitalandes et la Banque des territoires De gauche à droite : Grégory Djiane (Needle Concept), Florence Gillot et Stéphane Azcué (Tekniaero) © J.D.

Tekniaero aura d’ici fin 2024 si tout va bien, des nouveaux locaux de 4 500 m² à Saint-Martin-de-Seignanx, contre 1 000 actuellement à Bayonne. Créé en 2017, ce sous-traitant aéronautique, le seul du marché à fabriquer des supports d’extincteur pour l’Airbus A350, devrait ainsi passer de 58 collaborateurs à 110 à l’horizon 2026-2027. « Nous grossissons parce que les clients nous le demandent. Le choix de venir dans les Landes s’est fait sur le foncier et grâce au très bon accueil de la communauté de communes », expliquent les dirigeants Florence Gillot et Stéphane Azcué qui ont prévu leur propre espace de formation sur le futur site landais.

LOCATION AVEC POSSIBILITÉ D’ACHAT

Les mêmes mots se retrouvent chez Needle qui œuvre depuis 2008 à Biarritz à des techniques médicales innovantes autour des aiguilles (micro-canule flexible Magic needle et méso-injecteur U225). Le chantier qui, ici, a déjà démarré pour une livraison prévue aussi en fin d’année prochaine, doit permettre à l’entreprise de viser 180 collaborateurs d’ici 2027-2028 (35 à ce jour). « Derrière on peut absorber des capacités de production grâce à la réserve foncière restante. Ce qui nous a séduit c’est cette capacité à pouvoir nous accompagner dans le développement », fait valoir Grégory Djiane, le fondateur : « L’aiguille n’est qu’une partie de notre projet de ramener sur notre territoire des savoir-faire en santé qui n’existent plus. »

Ces deux implantations au coût de construction estimé entre 6 et 7 millions d’euros chacune, s’inscrivent dans le cadre de la collaboration en matière d’immobilier d’entreprise entre la Satel (Société d’aménagement des territoires et d’équipement des Landes) et la Banque des territoires, avec des montages juridiques et financiers particuliers à chacun des projets. Les entrepreneurs locataires auront la possibilité de racheter ces locaux s’ils le désirent dans quelques temps, mais ils pourront être occupés par d’autres si leur activité s’avère défaillante.

TEKNIAERO

© TEKNIAERO

ENCORE DES RÉSERVES FONCIÈRES

La première expérience s’était faite avec Materrup pour sa première usine de béton bas carbone, inaugurée en septembre 2022 à Saint-Geours-de-Maremne sur la zone Atlantisud. Aujourd’hui, la société commence à dupliquer des petites usines en France, à commencer par la Haute-Garonne avec le cimentier Vicat. Courant novembre, ses dirigeants seront de la délégation officielle française en Chine menée par l’ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.

« La Satel avait pris le risque financier mesuré de construire ce bâtiment pour Materrup [1,8 million d’euros, ndlr], a expliqué Olivier Martinez, président du syndicat mixte départemental. Désormais avec Vitalandes (SAS détenue à 53 % par la Satel, 44 % par la Banque des territoires et 3 % par le Crédit agricole), nous reproduisons ce modèle avec d’autres sociétés qui nous sollicitent, alors que les banques sont particulièrement frileuses aujourd’hui. » Mais, a tenu à préciser l’élu départemental : « Nous ne sommes pas en concurrence entre territoires, on ne prospecte pas les entreprises, ce sont elles qui viennent à nous du fait des problèmes de foncier et des prix au Pays basque. Sur Atlantisud, il n’y a d’ailleurs plus beaucoup d’hectares disponibles, et nous sommes déjà dans une démarche pro-active pour étendre le périmètre. »

Olivier Sichel Landes

Olivier Sichel © J.D.

OLIVIER SICHEL : « VERS PLUS DE SOUVERAINETÉ INDUSTRIELLE »

Le directeur général délégué de la Caisse des dépôts et de la Banque des territoires (actionnaire à 44 % de la foncière Vitalandes), était chez Materrup à Saint-Geours-de-Maremne le 26 octobre.

LAL : Vous dites que la Banque des territoires s’adapte aux spécificités de chaque territoire, quelles sont celles des Landes ?

O.S. : C’est un grand département en termes de surface et donc de foncier qui a une dimension industrielle importante méconnue et une forêt à respecter. Le département est moins cher que Bordeaux au nord et que le Pays basque au sud, il est donc très attractif pour les entreprises qui s’y sentent bien accueillies. Nationalement, dans le contexte de la Zéro artificialisation nette (ZAN), le foncier va devenir très, très rare. On a été un grand pays d’industrie et toute la désindustrialisation a mené à des friches qu’il va falloir récupérer aussi car l’acceptation d’implanter des usines sur la forêt ou des terrains agricoles est particulièrement limitée.

LAL : Au départ Vitalandes était conçue pour la revitalisation des centres-bourgs, pourquoi ces évolutions vers l’entreprise ?

O.S. : J’étais venu il y a deux ans pour signer la convention de partenariat entre le département et la Banque des territoires ; la foncière était alors un outil de revitalisation des communes. Et puis le pays change, la souveraineté industrielle s’est imposée. Il y a de très beaux projets dans les Landes, et la Satel a su s’adapter et créer des solutions flexibles. Avec la remontée des taux d’intérêt, les prix de l’énergie et du foncier, nous n’avons pas trop d’états d’âme à être là, avec la Satel et Vitalandes, au côté d’entreprises projet par projet quand il y a des besoins. Mais il ne faut pas tout nationaliser, et il faut, chaque fois qu’on le peut, associer les partenaires bancaires.