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[Dossier : La construction en mutation] Changement climatique et réalité économique

La filière du bâtiment, confrontée à la flambée des coûts de l’énergie et des matériaux, va devoir accélérer sa mutation. Le point avec Fabien Fourcade, président de la Fédération française du bâtiment (FBB) des Landes qui réunit 600 adhérents.

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Les Annonces Landaises : L’assemblée générale de la FFB des Landes, le 4 novembre prochain, sera suivie d’une table ronde sur le thème « Bâtiment et changement climatique ». Un sujet de fond pour la profession ?

Fabien Fourcade : Le secteur du bâtiment est percuté de plein fouet par les problèmes énergétiques. Le phénomène s’est amorcé il y a environ un an, mais aujourd’hui, avec des facteurs très déstabilisants comme la guerre en Ukraine, les tarifs de l’électricité et du gaz deviennent ahurissants. Cette crise nous impacte également via les matériaux que nous achetons. Les prix des vitrages dont la fabrication est fortement consommatrice d’énergie, par exemple, ont explosé. On ne parvient pas à répercuter l’ensemble de ces augmentations et l’on commence à voir des défaillances d’entreprises. Et ce n’est qu’un début, la tendance haussière va perdurer sur le long terme. Nous n’aurons pas d’autre choix que de fonctionner en consommant moins d’énergie et en utilisant des matériaux moins énergivores.

Fabien Fourcade, président de la FFB des Landes, est à la tête de C2B à Tarnos spécialisée dans la serrurerie et la charpente métallique

Fabien Fourcade, président de la FFB des Landes, est à la tête de C2B à Tarnos spécialisée dans la serrurerie et la charpente métallique © FFB Landes

LAL : L’accélération de la rénovation énergétique des bâtiments devrait néanmoins permettre de développer de nouveaux marchés et de nouvelles filières ?

F.F. : La tâche est effectivement colossale pour isoler 80 à 90 % du parc immobilier français, construit avant les années 2000, quand les règlementations thermiques se sont durcies. Pour les particuliers, même si l’énergie augmente, le coût de l’amortissement va être lourd et difficile à financer. Il faudra que l’État maintienne des aides facilement accessibles.

Les filières d’énergies renouvelables devraient aussi se développer. Je pense en particulier au photovoltaïque qui va répondre à un véritable besoin structurel, avec ses matériaux plus performants et moins chers qu’il y a une vingtaine d’années.

LAL : Le numérique peut-il contribuer à transformer la construction ?

F.F. : La gestion sans gaspillage de la méthode de production Lean ou la technologie du BIM qui modélise les informations du bâtiment sont des moyens de rationnaliser la construction. Elles doivent permettre à terme d’améliorer la rentabilité et la productivité sur les chantiers et de réduire les coûts en optimisant les fournitures, la consommation d’énergie. La FFB Nouvelle-Aquitaine mène des chantiers expérimentaux sur le Lean et le BIM, suivis par la Région et l’Opco du bâtiment, Constructys. Mais, nous avons du mal à les généraliser. Le BIM, sensé être obligatoire sur les marchés publics, reste l’Arlésienne. La plupart des entreprises et des maîtres d’œuvre sont prêts, mais les maîtres d’ouvrage n’ont pas encore sauté le pas. Et quand, après l’énergie, l’eau va également devenir un problème, les éléments connectés permettant de mesurer en temps réel sa consommation, vont devenir incontournables.

LAL : D’autres innovations en perspective pour la profession ?

F.F. : Cinq entreprises néo-aquitaines s’apprêtent à expérimenter l’efficacité des exosquelettes sur la réduction de la pénibilité, dans le cadre d’une convention entre la FFB Nouvelle-Aquitaine et la Carsat. Même si on n’en est encore qu’aux balbutiements, de nouvelles technologies sont en train de se développer autour de la réalité augmentée : on disposera demain de casques dont les visières permettront de visualiser le positionnement de chaque pièce. Et un jour des robots aideront à la pose…

Il n’en reste pas moins que si à l’avenir, les modes de construction, les matériaux, les conditions de travail vont changer, il faudra toujours des toupies de béton, des engins de levage, des truelles… Et le chantier restera le chantier.

Nous n’aurons pas d’autre choix que de fonctionner en consommant moins d’énergie et en utilisant des matériaux moins énergivores

LAL : Dans quel état d’esprit abordez-vous les changements à venir ?

F.F. : Il faut prendre conscience de la situation et, chacun à son niveau, ébaucher les solutions à mettre en place pour faire face. Ces contraintes climatiques fortes s’inscrivent malgré tout dans une réalité économique. Il y a une ambivalence entre les investissements liés à la transformation dans laquelle doivent s’engager les entreprises et la réalité économique percutée par la crise. Aujourd’hui, il serait illusoire de penser que le renchérissement des coûts induits par la décarbonation pourra être répercuté sur les clients. Tout le monde doit prendre conscience que la capacité d’investissement des entreprises va être réduite. Des mesures doivent aussi être prises pour solvabiliser les clients. Il faudra que les banques et l’État soient courageux et que chacun prenne sa part.