Couverture du journal du 27/11/2021 Consulter le journal

[ Dax ] Manufacture Castex : le duvet s’envole

À Dax, la manufacture de plumes et duvets Castex fête ses 150 ans. Pour répondre à la demande grandissante, elle vient d’investir 500 000 euros dans une nouvelle chaîne de production. Rencontre avec Vincent Bourretère-Castex, PDG de l’entreprise et représentant de la quatrième génération, sa nièce, Raphaële de Guillebon, directrice générale, et Béatrice Nalpas-Cala, directrice des opérations.

Chaîne de production Manufacture Castex

Une machine dernière génération dépoussière, pèse et injecte le duvet dans les couettes, même les plus grandes © H. R.

Les Annonces Landaises : La manufacture familiale Castex a un siècle et demi. Pourtant ses concepts et process historiques sont furieusement tendance.

Vincent Bourretère-Castex : Nous sommes un peu dans la même situation que Monsieur Jourdain, dans « Le bourgeois gentilhomme », qui faisait de la prose sans le savoir. À l’origine, dès 1870, la Manufacture Castex collectait des sous-produits animaux. Peu à peu, la valorisation est passée du simple triage à l’ennoblissement et au recyclage dans des produits finis de literie. Le travail de la matière brute s’est spécialisé dans la plume et le duvet pour en extraire pureté et douceur. Ce sont là nos racines. Aujourd’hui, nous continuons de traiter et d’exporter de la plume de canard français et, en parallèle, nous confectionnons des couettes, oreillers, édredons exclusivement en duvet et plumettes neufs. Cet attachement à la naturalité, sans traitement chimique, sans additif et la commercialisation de nos produits sans intermédiaire constituent notre ADN. Notamment avec la crise sanitaire que nous connaissons, il est effectivement en phase avec une demande d’authenticité des consommateurs.

Le vrai a de l’avenir.

Vincent Bourretère-Castex PDG de la Manufacture Castex

Vincent Bourretère-Castex
PDG de la Manufacture Castex
© H. R.

LAL : Dans cette logique, vous avez remplacé la corde de nylon qui permettait de hisser les ballots de duvet par un cordage marin de chanvre ?

Vincent Bourretère-Castex : C’est un peu anecdotique, mais finalement assez symbolique. Et c’est sûr qu’avec ce bout de corde en matière naturelle que j’ai récupéré dans la voilerie de l’Hermione, le voilier historique français, ça fonctionne mieux.

LAL : Authenticité ne s’oppose donc pas à modernité ?

Vincent Bourretère-Castex : Bien au contraire. Le vrai a de l’avenir. Notre carnet de commandes est plein et pour répondre à une demande grandissante nous avons élaboré une nouvelle chaîne de production. Le quai de la rue de la Tannerie, notre adresse historique, étant peu pratique nous avons réhabilité un bâtiment de 1 000 m2 que nous avions dans le quartier du Sablar. Nous y avons construit un nouveau quai et installé une machine dernière génération qui dépoussière, pèse et injecte le duvet dans les couettes, même les plus grandes. L’investissement est de 500 000 euros, entièrement autofinancé. Cela nous permettra de doubler notre capacité de production et ainsi d’amorcer un nouveau palier de croissance. C’est une de mes dernières réalisations. Après je transmettrai à la cinquième génération.

LAL : Raphaële de Guillebon, vous représentez cette cinquième génération et vous avez été nommée directrice générale cette année. Comment voyez-vous l’avenir ?

Raphaële de Guillebon : Je suis très fière de m’inscrire dans l’engagement de la marque : naturel, français et vente en circuit court. L’entreprise a passé l’ensemble de ses gammes 90 % duvet en tissu coton bio, avec packaging recyclé et recyclable. Cette véritable profession de foi est de plus en plus appréciée. Nos clients nous le disent [avis client : 4,9 sur 5, NDLR]. Alors, j’ai confiance en l’avenir.

L’engagement de la marque : naturel, français et vente en circuit court.

LAL : Quels sont les grands axes de votre modernisation ?

Raphaële de Guillebon : En utilisant tous les leviers du marketing digital, nous sommes déjà dans la modernité. Mais, nous travaillons avec l’aide du conseil régional en collaboration avec l’Agence de développement et d’innovation (ADI) Nouvelle-Aquitaine à faire évoluer nos process de fabrication et administratifs. La mise en place d’un ERP (Enterprise Resource Planning), le développement de sites B to C (relations avec les consommateurs) et B to B (produire en marque blanche pour d’autres entreprises) et l’intégration des nouvelles technologies sur tous les services de l’entreprise seront déployés en 2022. Pour cette transformation numérique, la refonte de la plateforme de marque, notre nouveau site e-commerce B to C et le site B to B à venir et l’acquisition d’une piqueuse, nous avons bénéficié du soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine à hauteur de 126 000 euros.

LAL : Béatrice Nalpas-Cala, vous êtes directrice des opérations, spécialisée en marketing digital. En 2012, l’entreprise est devenue pure player (vente uniquement sur internet). Ce choix stratégique s’est-il avéré gagnant ?

Béatrice Nalpas-Cala : Depuis 2012, petit à petit, les ventes en ligne se sont développées. La croissance annuelle de la partie confection est de deux chiffres, depuis neuf ans. Nous sommes les seuls acteurs français à vendre des couettes exclusivement en plumettes et duvet neufs de canards français.

MANUFACTURE CASTEX EN CHIFFRES

18 collaborateurs

5,2 millions d’euros de chiffre d’affaires prévisionnel en 2021 (5,8 millions d’euros

en 2019). « En 2020, malgré la croissance à deux chiffres de notre activité sur l’e-commerce, avec la crise aviaire et la crise

sanitaire, il y a eu une chute importante de la production sur le marché de la plume et notre chiffre d’affaires est passé à 4,3 millions d’euros », souligne Raphaële de Guillebon, directrice générale de l’entreprise.

40 000 unités fabriquées chaque année

45 tonnes de plumes et de duvet français utilisés

LAL : Comment expliquez-vous cette progression ?

Béatrice Nalpas-Cala : On a notamment grandi ces deux dernières années. La crise sanitaire a fortement renforcé notre développement qui était déjà très sensible, car nous portons toutes les valeurs-refuges liées à la Covid : cocooning, made in France, naturel, recyclé, bio. Sans le vouloir, nous cochons toutes les cases que les consommateurs apprécient. Nous n’avons pas eu à faire du greenwashing (éco-blanchiment). C’était déjà les valeurs de l’entreprise dès sa création et le parti pris d’une commercialisation en direct du fabricant en circuit court via une e-boutique en pure player a confirmé ce positionnement naturel.

Manufacture Castex, Raphaële de Guillebon, directrice générale et Béatrice Nalpas-Cala, directrice des opérations

Raphaële de Guillebon, directrice générale et Béatrice Nalpas-Cala, directrice des opérations © H. R.

LAL : Quelle différence y a-t-il entre les couettes que vous commercialisez et les couettes synthétiques ?

Béatrice Nalpas-Cala : Les couettes synthétiques sont issues d’hydrocarbures. Les nôtres sont fabriquées avec du duvet neuf sans traitement chimique, sans aucun additif et sont naturellement antibactériennes. Elles sont légères sur le corps. Pour obtenir la même thermorégulation il faut 400 grammes de matière par m2 en synthétique alors qu’avec le duvet qui conserve naturellement la chaleur, 250 grammes suffisent.

LAL : Pourquoi ne pas proposer d’autres gammes de produits ?

Béatrice Nalpas-Cala : Notre slogan dit : « la plume, le sommeil, l’essentiel ». D’autres confrères ont plusieurs activités, notamment le prêt-à-porter. Leurs collections sont conçues en France et le plus souvent fabriquées hors de nos frontières. Nous avons une autre démarche, avec une gamme permanente. Nous voulons rester sur notre marché de niche. Le sommeil représente un tiers de la vie et nous voulons participer aux petits bonheurs de tous les jours. Nous nous positionnons comme des spécialistes du sommeil et nous souhaitons le rester. Thermorégulation, aération, facilitation de l’endormissement, température de la chambre, à la Manufacture Castex, on pose un diagnostic dormeur pour proposer la couette ou l’oreiller adéquat, et garantir de belles nuits.

Nous nous positionnons comme des spécialistes du sommeil et nous souhaitons le rester.

LAL : Quels sont alors vos axes de développement ?

Béatrice Nalpas-Cala : Nous pouvons aller chercher de nouveaux clients dans le B to C, conquérir le B to B et nous tourner vers l’exportation. Nous exportons déjà de la plume, mais très peu de produits finis. Mais, quels que soient les axes de développement, nous resterons sur notre cœur de métier. On fera toujours du garnissage en plumes et duvet français et neufs. Nous ne travaillerons pas avec la grande distribution. Nous continuerons de faire des petites séries de produits premium, haut de gamme.

 

L’EXCELLENCE CASTEX

Entreprise du Patrimoine Vivant, la manufacture Castex est labellisée Origine France garantie et détient, pour ses enveloppes, la certification Oeko-tex 100 qui atteste de la non-toxicité des textiles et colorants. La manufacture a participé à la grande exposition 2021 du fabriqué en France, en juillet dernier, à l’Élysée, avec sa collection des « 150 ans », très haut de gamme, confectionnée à Dax avec du duvet de canard français et un tissu fabriqué chez Moutet à Orthez