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Aide alimentaire : la demande accentuée par l’inflation

Alors qu’au niveau national, les Restos du Cœur rencontrent de lourdes difficultés financières, une dizaine d’associations et institutions landaises ont fait, à l’invitation du conseil départemental, un état des lieux de leur situation. Entre inflation, hausse des bénéficiaires et peine à se fournir dans la grande distribution en raison de l’essor des rayons « anti-gaspi ».

aide alimentaire

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Dans les Landes, les Restos du Cœur ont jusqu’ici une bonne trésorerie, mais leurs membres s’inquiètent « d’une dotation nationale qui pourrait baisser, voire disparaître », vu les soucis financiers généraux de l’association caritative fondée par Coluche en 1985. Conséquence directe de cette situation dégradée : « Les directives de l’antenne nationale nous imposent de diminuer les repas. Une personne seule qui jusqu’ici avait droit à neuf repas par semaine, n’en aura plus que six. Pour les familles, ce sera quatre au lieu de six. Et le lait ne sera distribué qu’à raison d’un litre par semaine par famille contre un par personne précédemment », a ainsi expliqué Simone Plantard, représentante locale, devant des responsables du Secours populaire, du Secours catholique, de la Banque alimentaire, de L’Entraide du Seignanx, des épiceries solidaires L’Idéal (Labouheyre), Sans façon (Morcenx) et L’Épi de Chalosse (Terres de Chalosse), du centre intercommunal d’action sociale (CIAS) de Mimizan, de La Ruche landaise et du Panier montois, réunis le 12 septembre par le conseil départemental.

DES TRAVAILLEURS PAUVRES BÉNÉFICIAIRES

Aux Restos du Cœur, durant cette campagne d’été qui est encore longue, déjà une vingtaine de familles landaises en plus (2 845 au total) ont frappé à la porte par rapport à la campagne hivernale, entre inflation des denrées alimentaires et hausse du coût du carburant. Au Secours populaire, de septembre 2022 à septembre 2023, l’augmentation de la demande s’est surtout fait sentir sur les agglomérations de Dax et Mont-de-Marsan (18 à 23 % de plus), tandis que sur des territoires comme Hagetmau, elle a baissé de 20 %. Globalement, 4 253 Landais faisaient appel à l’association fin 2022 sur l’aide alimentaire et autres services, contre 3 426 en 2020 ; des chiffres qui ont augmenté depuis la crise Covid.

Les nouveaux bénéficiaires se trouvent bien souvent être des travailleurs pauvres, des personnes au Smic, étudiants ou retraités qui « n’y arrivent plus », ont-ils tous dit, relevant également le manque de bénévoles et notamment de bénévoles capables d’accompagner sur des questions financières. « Ce qui interroge aussi c’est la pérennisation de la fréquentation. Notre règlement intérieur prévoit une aide de trois mois, renouvelable trois fois, mais les situations perdurent et on ferme les yeux sur le règlement », confie Estelle Pasquer du CIAS Terres de Chalosse qui s’occupe de l’épicerie solidaire de Maylis et du Collectif d’accompagnement budgétaire et alimentaire (Caba) de Hinx. Au Caba, « les gens signent un contrat les engageant à régulariser des dettes ou à faire réparer leur voiture en fonction des économies qu’on réussit à leur faire faire, mais ils sont dans une spirale et au moindre petit problème, ils replongent. »

DES AIDES DÉPARTEMENTALES AU CAS PAR CAS

Autre problématique déterminante : l’approvisionnement. « Dans le temps, on arrivait à avoir des invendus des hypermarchés. Maintenant, ils gèrent mieux leurs stocks et la plupart préfèrent vendre à prix cassés des produits bientôt périmés dans leurs rayons, mettant à disposition des associations des contenus à date du jour, qu’on ne peut ensuite pas distribuer car ils sont périmés… », a dénoncé Martine Salmon, secrétaire générale du Secours populaire Landes.

Du côté de la Banque alimentaire des Landes (300 000 euros de budget annuel) qui fournit 60 associations landaises (12 000 bénéficiaires), la trésorière Anne-Marie Barge a dit aussi la peine à offrir une alimentation équilibrée : « Nous n’avons pas assez de fruits et légumes et un gros problème sur les produits carnés et protéinés. Alors, si on nous donne des sous, on n’achètera que ça, on s’engage là-dessus ! »

L’état des lieux connu, le président du conseil départemental, Xavier Fortinon, a assuré qu’une analyse allait être faite au cas par cas. « Tout le monde n’est pas dans la même situation. On soutient ces structures depuis de nombreuses années (244 000 euros pour l’aide alimentaire en 2022 contre 94 000 euros en 2013), il faut voir comment les accompagner et réajuster le dispositif dès cet automne. »