Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Quentin Vlamynck – Skipper solidaire

À 31 ans, son nom résonne déjà dans le monde de la voile. Vainqueur 2023 de la mythique Transat Jacques-Vabre et du Pro Sailing Tour 2022, deuxième de la Route du Rhum 2022, le Biscarrosssais Quentin Vlamynck hisse fièrement les voiles de son nouveau monocoque, baptisé Les Étoiles filantes, et met le cap sur la Solitaire du Figaro.

© Vincent Olivaud

À peine le temps de savourer sa victoire sur la Transat Jacques-Vabre 2023 dans la classe Ocean Fifty avec Thibaud Vauchel-Camus que Quentin Vlamynck reprend le large, cette fois sur monocoque. À bord de ce 10 mètres aux couleurs de l’association Les Étoiles filantes, le Biscarrossais s’attaque au circuit Figaro Beneteau avec en ligne de mire la Solitaire du Figaro. Mais le défi n’est pas seulement sportif. Avant chaque course, il invite à bord les enfants de l’association atteints de cancer incurable pour naviguer avec leurs parents et réaliser leur rêve. Ce projet solidaire, qui lui tient à cœur, donne du sens et un nouveau souffle à sa motivation. « Si c’était juste pour prendre du plaisir je ferais de la voile le week-end », assène le skipper. Et pour éclairer ses « Étoiles », il compte bien s’illustrer à la barre du Figaro 3 réputé difficile à manœuvrer. « Quel que soit le résultat, je vais forcément progresser et la gestion du projet est plus simple que sur multicoque. » Du temps en plus qu’il pourra consacrer à l’accompagnement d’autres skippers et au chantier naval Neo Sailing Technologies (NST), dont il est depuis fin 2023 le directeur technique et sportif. Il participe à la construction de bateaux multicoques et au développement de matériaux recyclables pour leur partenaire Arkema.

DANS LE SILLAGE DE LALOU ROUCAYROL

C’est avec le navigateur médocain Lalou Roucayrol, fondateur du chantier naval que Quentin Vlamynck a tout appris. « J’ai commencé direct à construire un trimaran jusqu’à la mise à l’eau. C’était génial. »

Le skipper a rejoint la team à Port-Médoc en 2011. Séduit par le profil et la détermination du Landais, l’entrepreneur l’intègre à l’écurie et Quentin Vlamynck laisse tomber la fac pour un BTS technico-commercial en alternance dans le nautisme. « Après mon BEP dans les matériaux composites au lycée de la mer à Gujan-Mestras, je voulais devenir skipper et j’ai mis tout en œuvre pour y arriver. »

Une passion découverte pendant son enfance à Biscarrosse à l’école des Petits-Princes. « J’ai tout de suite accroché et ma famille a suivi », au point d’acheter « un petit voilier qui ne valait pas grand-chose mais qui nous a permis de faire nos premiers ronds dans l’eau ». Le skipper se souvient encore de son premier Optimist ramené sur le toit de la voiture avant qu’il n’investisse dans un 6 mètres à 17 ans. « Je mettais toutes mes économies dans la voile. À Noël, aux anniversaires, je demandais juste un peu d’argent pour pouvoir bricoler mes bateaux. » Il découvre très vite le potentiel d’un sport complet qui allie physique et technique. « Ce qui m’a plu c’est aussi le bateau qu’il faut respecter, entretenir, manipuler et préparer, et puis cette chorégraphie sur l’eau. » Avide d’apprendre, il expérimente le catamaran, le dériveur, s’amuse à la planche à voile au club de Latécoère où il devient moniteur et navigue au lac nord sur des voiliers habitables. Mais avec Lalou Roucayrol, tout s’accélère. Sa formation et les projets s’enchaînent : première course en équipage sur trimaran, première mini-transat entre la France et les Antilles sans communication, sans assistance, sans ordinateur. « Pas simple, mais j’y suis arrivé. » Et bientôt la Route du Rhum 2022 pour laquelle il participe à sa troisième construction de bateau et se classe deuxième. « Je suis resté en tête jusqu’à 10 heures avant l’arrivée. » Toujours humble et positif, il n’en garde que de bons souvenirs et en tire de prudents enseignements.

© Vincent Olivaud

© Vincent Olivaud

LE SENS DU DÉFI

Aussi à l’aise en mer que sur terre, il ne conçoit pas l’un sans l’autre. Du suivi du projet à la construction du bateau et au défi sportif, il est sur tous les fronts. « Nous avons un budget de 290 000 euros pour la gestion du bateau, les charges, la logistique, les équipiers… » Aujourd’hui, l’écurie a rassemblé 140 000 euros de mécénat et de sponsoring et il espère trouver un partenaire principal auquel donner le nom de bateau en co-naming avec Les Étoiles filantes. Mais le skipper manque cruellement de temps. Habitué des multicoques, il doit rapidement apprivoiser le Figaro 3. Et la navigation va être dure, prédit le skipper. La Solitaire du Figaro se dispute en trois étapes de trois jours. Il devra donc optimiser son sommeil en mixant séquences d’éveil et de repos pour ne pas risquer d’hallucinations sonores ou visuelles. « Je fais des siestes de 20 minutes, jamais trois d’affilée. Sinon, on a du mal à se réveiller. Ce sont des petites astuces qui peuvent aider dans ce format de course », indique le sportif qui a étudié ses cycles à la clinique du sommeil d’Arcachon.

Le dépassement de soi passera aussi par la performance physique, alors Quentin Vlamynck alterne séances coachées et entraînements libres le week-end, seul ou avec la team NST. « VTT, surf, course, natation, on essaie de trouver des trucs sympas à faire ici au Verdon-sur-mer. C’est un peu comme la forêt des Landes sauf qu’il y a moins de monde. »

Au-delà du talent et du savoir-faire, il y a l’envie et la détermination qui porte le marin à toute allure vers son objectif : naviguer sur toutes les mers du globe aux couleurs de l’association. Et s’il ne s’autorise pas encore à rêver au Vendée Globe, il continue à avancer avec méthode et ambition regardant toujours devant, la tête jamais loin des « Étoiles ».

EN QUELQUES MOTS

Le mot qui vous définit : polyvalent
Votre occupation préférée : travailler
Votre course favorite : la Route du Rhum
Votre premier souvenir en mer : sur un cours d’Optimist, j’avais coulé le bateau !
L’objet qui vous accompagne toujours : mon téléphone
Trois gestes pour protéger l’océan en mer : boire dans une gourde, trier mes déchets avant le départ et je ne me lave pas en mer, ça compte ? (rires)
Votre devise : Ne rien lâcher
L’endroit le plus incroyable que vous ayez découvert : l’île d’Horta, dans les Açores