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Le logement social à la relance. Interview avec Muriel Boulmier, Présidente de l’Union régionale HLM de Nouvelle-Aquitaine

Même si la production dans les Landes est restée dynamique en 2020, le logement social a souffert de la crise sanitaire. Présidente de l’Union régionale HLM de Nouvelle-Aquitaine, Muriel Boulmier revient sur cette année difficile et trace des perspectives ambitieuses, maintenant que le logement social a été intégré au plan de relance.

logement social

Muriel Boulmier © D. R.

Les Annonces Landaises : Quel impact la crise sanitaire a-t-elle eu sur la construction de logements sociaux en Nouvelle-Aquitaine ?

Muriel Boulmier : En 2020, la programmation régionale de logements sociaux a diminué de 17 % à l’échelon régional. Ce chiffre baisse même de 30 % pour la seule Bordeaux Métropole, alors que 38 000 demandes de logement social y sont en attente. En année normale, ce sont près de 9 400 logements sociaux qui sortent de terre dans la région. En 2020, nous n’en avons enregistré que 7 800, ce qui nous ramène au volume produit en 2014. Il faut dire que l’année 2020 a cumulé les contraintes. La crise sanitaire a ralenti de nombreux chantiers. Mais il ne faut pas oublier que 2020 a aussi vu le renouvellement des équipes municipales. En année électorale, les situations se figent. Les élus sortants ne veulent pas s’engager dans des projets qui pourraient constituer des contraintes pour les élus entrants. Et quand de nouveaux élus s’installent, il leur faut le temps de s’acclimater à leur mandat avant de se lancer dans ce genre de projet.

La rénovation énergétique dans le parc de logements sociaux, grande oubliée du plan de relance

Enfin, le logement social était absent du premier plan de relance annoncé par l’État, ce qui n’a pas contribué à le soutenir.

LAL : La situation est-elle identique dans les Landes ?

M. B. : Absolument pas. Dans le domaine du logement social, les Landes ont parfaitement tenu le choc grâce au conseil départemental qui s’est fortement engagé en la matière. Au travers de l’organisme XL Habitat, il a développé une politique de construction dynamique. Et comme le territoire est en tension, notamment au niveau du littoral nord et sud, d’autres organismes sont également venus construire dans le département. Au final, ce sont environ 900 logements sociaux qui ont été construits, comme les années précédentes.

De gauche à droite : Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat, Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au Logement, et Muriel Boulmier, présidente de l’Union régionale HLM de Nouvelle-Aquitaine, suite à la signature du protocole du 19 mars, intégrant le logement social au plan de relance. © D. R.au plan de relance.

LAL : Absent du premier plan de relance, le logement social en est un élément à part entière depuis le 19 mars, grâce à la signature d’un protocole entre Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au Logement, Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat (USH), Action logement et la Banque des territoires. Quels sont les bénéfices attendus de ce protocole à l’échelle nationale et régionale ?

M. B. : Il affiche un objectif ambitieux de 250 000 logements programmés en 2021 et 2022, et il donne surtout les moyens financiers de cette ambition. L’effort pour la relance du logement familial et des plus fragiles fera l’objet de financements exceptionnels venant d’Action logement et de la Banque des territoires : 450 millions d’euros en subventions et 250 millions de prêts, 200 millions d’euros pour les Organismes fonciers solidaires, 200 millions d’euros sur l’accession à la propriété et 200 millions d’euros de titres participatifs supplémentaires de la Banque des territoires. En Nouvelle-Aquitaine, ces crédits viendront en appui de l’objectif 2021, de réaliser 9 500 logements sociaux ainsi que de dynamiser l’accession sociale à la propriété qui a chuté de 45 % en 2020.

Le succès de cette convention sera toutefois intimement lié à l’accès au foncier nécessaire à toute construction. C’est pourquoi nous nous réjouissons que l’accord entre l’USH et l’État prévoie l’intervention des préfets pour convaincre les élus de proposer des terrains, et une mobilisation des établissements publics fonciers.

L’accession sociale à la propriété encouragée

Outre la construction de logements sociaux, l’accord du 19 mars 2021 cible également l’accession sociale à la propriété afin de promouvoir la mixité sociale.La mesure n’a pas encore été retranscrite dans les textes, mais Action logement interviendra en soutien des acquéreurs en leur versant 10 000 euros par projet. Dans les Landes, l’opérateur Clairsienne prévoit de démarrer prochainement un programme de 26 maisons (T4 et T5) en accession sociale à la propriété, au cœur du lotissement du Grand Barrat, à un kilomètre du centre-ville de Soustons.

LAL : Au-delà du financement, l’accès au foncier reste la condition sine qua non de la réalisation de logements sociaux. Les élus locaux ont-ils conscience de leur rôle central en la matière ?

M. B. : Pas toujours, malheureusement. Le logement social n’est pas un secteur si bien connu que ça. Et c’est encore plus vrai pour les nouveaux élus issus des élections municipales de 2020. C’est pourquoi j’ai rencontré plus de 200 maires depuis le début de l’année, au travers de réunions en visio. La dernière a d’ailleurs eu lieu le 27 avril avec des maires landais.

Je crois beaucoup au rôle des élus locaux. Vouloir faire du logement social sans envisager un partenariat avec eux est illusoire. On peut avoir tous les financements possibles, si on n’a pas de terrain, on ne bâtit pas. Or, les élus ont un rôle primordial dans la mobilisation du foncier, que ce soit lors de l’élaboration des documents d’urbanisme, au travers de l’exercice du droit de préemption ou de politiques financières de soutien.

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Le logement social dans les landes

Dans les Landes, plus d’une commune sur deux accueille du logement social pour un total de plus de 13 000 logements. Mais avec 6,8 demandes pour un logement, le département est un territoire tendu en la matière, notamment sur la zone littorale et rétro-littorale. Et avec 0,40 % de vacance, le turnover est quasi inexistant, d’où la nécessité de construire de nouveaux logements.

L’âge moyen du parc est de 28 ans, ce qui en fait un parc récent.

Il se caractérise par une forte proportion de grands logements (36 % sont des T4), ce qui n’est pas habituel.

Les habitants sont également plus âgés que la moyenne avec 24 % de plus de 65 ans. Le loyer médian est de 372 euros par mois. En 2020, 20 logements ont été vendus à leurs locataires.

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LAL : Quel est l’impact attendu du plan de relance sur la filière bâtiment ?

M. B. : Je n’ai pas de chiffre précis, mais s’il y a une augmentation de l’activité, cela soutiendra l’emploi dans ce secteur. En Nouvelle- Aquitaine, la construction de logements sociaux représente un investissement annuel de 1,5 milliard d’euros. Et dans 98 % des cas, les marchés sont passés avec des PME locales. Nous estimons que l’activité des bailleurs sociaux génère 25 000 emplois dans le bâtiment. Pour le moment, le secteur n’a pas vraiment été touché par la crise, mais je crains qu’à un moment donné, il y ait un tassement. Le plan de relance est donc une bonne nouvelle.

LAL : On a beaucoup parlé de construction. Qu’en est-il de la rénovation énergétique du parc de logements sociaux dans la région ?

M. B. : Je dirais que c’est la grande oubliée de ce plan de relance. Des mesures en faveur de la rénovation énergétique des logements sociaux étaient présentes dans le premier plan de relance. Mais les critères d’attribution d’aide sont tellement restrictifs qu’ils ne concernent qu’un très petit nombre de logements. Et la deuxième mouture du plan n’a pas allégé ces critères.

Les élus locaux ont un rôle primordial dans la mobilisation du foncier

Au niveau régional, nous voudrions rénover énergétiquement 11 000 logements, ce qui représenterait un coût total de 470 millions d’euros. Mais avec les critères actuels, seuls 716 logements pourraient bénéficier des aides du plan de relance ! C’est extrêmement dommage car, au-delà de l’engagement citoyen que représente la rénovation énergétique, elle a un impact direct sur le pouvoir d’achat des usagers, par la baisse des charges. On parle, en moyenne, d’un mois de loyer par an.

Nous aimerions que le plan de relance aille plus loin. Nous n’avons pas gagné la manche pour le moment. Mais nous sommes dans un pays de rugby et nous ne nous avouons pas vaincus.

Le congrès HLM 2021 à Bordeaux du 28 au 30 septembre

Plus gros congrès itinérant de France, le congrès HLM réunit chaque année les responsables de 660 organismes de logement social. Annulé en 2020, il se tiendra du 28 au 30 septembre au parc des expositions de Bordeaux-Lac. Cette première manifestation d’ampleur depuis le début de la crise sanitaire permettra de réunir les acteurs de tous les habitats.

Elle sera également l’occasion de faire un point sur la mobilisation des territoires dans la relance du logement social. À moins d’un an de l’élection présidentielle, les organisateurs s’attendent à recevoir un certain nombre de grandes visites officielles… En locale de l’étape, l’Union régionale HLM compte donner une « coloration très Nouvelle-Aquitaine » à la manifestation.

Le stand qu’elle tiendra fera notamment la part belle au bois, matériau phare de la région.

LAL : Le comité exécutif de l’USH vous a confié la présidence de la nouvelle commission nationale dédiée aux territoires détendus et cœurs de ville. Quels sont les enjeux de cette commission ?

M. B. : En matière de logement social, on a trop souvent tendance à opposer l’extrême urbain (territoire tendu) à l’extrême rural (territoire détendu). Or, les besoins sont partout. Si la mobilisation du foncier est indispensable dans les métropoles, elle l’est tout autant dans les petites et moyennes villes. Sans compter que l’aménagement territorial doit aussi faire face à de nouveaux enjeux dans les zones rurbaines ou rurales, comme l’accès à la mobilité ou la couverture numérique. Ce sont des territoires dynamiques, pleins d’initiatives qui doivent être soutenus.