Couverture du journal du 17/07/2024 Le nouveau magazine

Kiwi de l’Adour, la qualité doublement certifiée

Près de 11 000 tonnes de kiwis de l’Adour ont été récoltées en 2023. Le fruit, majoritairement cultivé dans les Landes, est le seul kiwi français à arborer un Label Rouge et une Identification géographique protégée.

Kiwi de l'Adour

© Clin d'oeil photographe

Depuis la fin décembre, le kiwi de l’Adour est de nouveau disponible sur les étals. Il y restera jusqu’au mois de mai. Mais qu’il se déguste maintenant ou dans quelques semaines, il aura été récolté autour du 10 novembre dernier. Chaque année, c’est à cette période que les cueilleurs s’activent durant une dizaine de jours dans les 1 200 hectares de vergers plantés en bordure des Gaves et de l’Adour. Ici, on attend le dernier moment pour ramasser à la main les kiwis verts de la variété Hayward. « Les dates de récolte sont dictées par le taux de sucre, explique Jean-Marc Poigt, producteur à Hastingues et président de l’association du kiwi de l’Adour. Plus il est élevé, plus les fruits ont d’arômes. Alors, on patiente… » Au point que les kiwis locaux sont les derniers à être ramassés. « S’ils attendaient aussi longtemps que nous, les autres bassins de production risqueraient de perdre leur récolte. Ici, la proximité des rivières nous offre une protection relative contre les gelées. Nous avons décidé d’exploiter cet atout pour nous démarquer et asseoir notre notoriété. »

Cueilli à maturité

Originaire de Chine, le kiwi est cultivé en Europe depuis les années 1970. Durant la décennie suivante, les plantations connaissent une progression fulgurante. Jusqu’à un effondrement du marché au début des années 1990. Devant une offre bien supérieure à la demande, le prix payé aux producteurs est divisé par 10, passant à l’époque de 10 francs du kilo à un franc… « Ça ne couvrait même plus le stockage au froid ! »

Forts de leur expérience avec le poulet jaune et le bœuf de Chalosse, les producteurs landais décident alors de parier sur la qualité pour tirer leur production vers le haut. Ils le savent : cueillir le fruit à maturité fait toute la différence au niveau du goût. Encore faut-il que les consommateurs en aient conscience au moment de l’achat. Les kiwiculteurs déposent donc un dossier pour obtenir un Label Rouge qui leur est accordé en 1992. Grâce à cette estampille officielle garantissant la supériorité gustative du produit, ils parviennent à recréer de l’engouement autour de leur production et à écouler leur marchandise à un prix plus élevé. À ce jour, le kiwi de l’Adour est le seul kiwi français à détenir cette distinction.

Depuis 2009, il arbore également une Identification géographique protégée (IGP). Ce signe, beaucoup plus reconnu à l’international que le Label Rouge, établit un lien entre la qualité d’un produit et son origine. C’est bien le terroir de la vallée de l’Adour et le travail des hommes et des femmes qui le cultivent qui donnent au kiwi vert local toutes ses qualités organoleptiques.

Kiwi de l'Adour

© Clin d’oeil photographe

Adaptation au changement climatique

Cette année, ce sont près de 11 000 tonnes de fruits qui seront mis en marché, notamment sur les grands bassins de consommation que sont Paris, Lyon, Lille, Toulouse et Bordeaux. « La récolte est en hausse de 10 % par rapport à celle de 2022, grâce à un calibre un peu plus gros, reprend Jean-Marc Poigt. Il y a eu moins de pics de chaleur pendant l’été, ce qui a été bénéfique pour les arbres. »

Pour autant, cette production en légère hausse ne doit pas masquer la réalité du marché. « En moins de 15 ans, nous avons perdu près de 50 % de nos volumes. » En 2010, ce sont en effet 21 800 tonnes de fruits qui avaient été récoltées sur la zone.

Entre-temps, la culture a dû faire face à de multiples attaques. En 2010, une bactérie a affecté les vergers et tué beaucoup d’arbres. Puis les inondations à répétition depuis 2013 ont causé des asphyxies racinaires, entraînant là encore de nombreuses mortalités.

« Notre gros chantier pour les années à venir, c’est l’adaptation au changement climatique. Désormais, tous les ans, nous faisons face à des extrêmes ! 2023 a été reconnue comme l’année la plus chaude. Et depuis novembre, nous avons enregistré 500 mm de précipitations sur la zone. C’est l’équivalent d’un an de pluviométrie dans le Gers ! »

Les entreprises investissent en recherche et développement pour tenter de trouver des solutions. L’enjeu est de préserver les vergers et cette production d’excellence.

De l’arbre à la table

La vallée de l’Adour s’étend sur plus de 50 km le long des Gaves et de l’Adour. Près de 400 producteurs y produisent du kiwi de l’Adour sur les 1 200 hectares inscrits en zone IGP (60 % dans les Landes, 35 % dans les Pyrénées-Atlantiques, 5 % dans le Gers et les Hautes-Pyrénées).

Autour du 10 novembre, lorsque le taux de sucre atteint le niveau optimal, la récolte est lancée pour une dizaine de jours. « Après ramassage, les fruits sont laissés à l’air libre durant 48 heures, le temps pour leur pédoncule de cicatriser », explique Jean-Marc Poigt, producteur à Hastingues et président de l’association du Kiwi de l’Adour. S’ils étaient mis au froid immédiatement, ils risqueraient des attaques de botrytis, un champignon parasitaire.

Les kiwis sont ensuite conservés en chambres froides. « Le froid ralentit leur métabolisme, mais permet aussi de révéler tous leurs arômes. » C’est pourquoi ils y restent au moins un mois. Les premiers lots ne sont commercialisés que pour les fêtes de fin d’année. Les autres sont progressivement mis en marché jusqu’au mois de mai.