Couverture du journal du 28/11/2020 Consulter le journal

Il faut sauver le soldat tourisme

L’économie du tourisme et de l’accueil est particulièrement touchée par la crise sanitaire actuelle. Pour mémoire, le tourisme représente en France 7 % du PIB (valeur ajoutée produite), soit l’équivalent de 170 milliards d’euros mais également plus de deux millions d’emplois.

L’économie du tourisme

Christian PRAT DIT HAURET, professeur à l’IAE © Atelier Gallien

En région Nouvelle- Aquitaine, c’est un secteur qui pèse. Pour toute la région, sur un PIB global de l’ordre de 180 milliards d’euros, le tourisme représente plus de 10 % soit l’équivalent de 18 milliards d’euros et 140 000 emplois et, malheureusement, avec une activité significative de mai à octobre. Sont touchées « au coeur » les activités exercées par les restaurants, les hôtels, les centres de vacances, les campings, les activités sportives, les activités culturelles telles que les festivals, les agences de voyages, les « tour operators » et les sociétés de transport de personnes (aérien ou routier), ou les croisiéristes sans oublier tous leurs fournisseurs. Cette crise sanitaire (non terminée) et économique est tombée au plus mauvais moment : juste avant les ponts de mai et avant la saison d’été. Elle se traduit par un double choc d’offre et de demande. Mais alors, quelles actions peuvent être prises afin de sauvegarder cette économie du bien-être individuel et collectif ? Une approche temporelle peut être retenue en trois temps : survivre, vivre et revivre.

Concernant les charges sociales, il appartient aux partenaires sociaux et à l’état de prolonger la période d’exonération de la partie patronale.

Tout d’abord, survivre. Toutes les parties prenantes en relation avec chacune des entreprises doivent s’y mettre et faire une partie du chemin de la réduction des coûts car, au-delà des deux mois de confinement, on peut imaginer une forte chute du chiffre d’affaires sur les six mois à venir. Différentes décisions et actions peuvent être prises à court terme. À court terme, c’est l’urgence financière qui s’impose afin que le capital économique et financier soit préservé et que le risque de faillite et de cessation de paiement soit évité. Sur une période de six mois, période pendant laquelle l’activité va être fortement perturbée, et le mot est faible, il faut à tout prix réduire les groupes de charges fixes qui sont au nombre de trois : les charges de personnel (y compris les charges sociales), les loyers immobiliers, les frais généraux, trois groupes auxquels il convient de rajouter les remboursements d’emprunts qui ont été contractés pour financer l’acquisition des fonds de commerce, des bâtiments, du matériel ou des installations et agencements. Pour les charges de personnel, il convient de les ajuster au niveau d’activité en mixant les périodes d’activité partielle et de chômage, voire en partageant le travail entre les salariés comme les personnes « partagent le pain » en temps de guerre. Le partage serait alors générateur de nouvelles relations sociales entre l’employeur et les salariés, mais également entre les salariés. Ce serait un exemple du développement d’une économie collaborative et solidaire. En quelque sorte, une illustration de la troisième devise de la République : la fraternité. Concernant les charges sociales, il appartient aux partenaires sociaux et à l’État de prolonger la période d’exonération de la partie patronale.

Concernant les loyers immobiliers, il serait légitime que les bailleurs prennent leur part en acceptant une réduction des loyers encaissés de 50 % sur une période de six mois.

Concernant les loyers immobiliers, il serait légitime que les bailleurs prennent leur part en acceptant une réduction des loyers encaissés de 50 % sur une période de six mois afin de soutenir leurs locataires qui vivent une situation imprévisible et inédite. Quant aux établissements de crédit, ils pourraient accepter un report des échéances de l’année 2020 sur 2021, mais également abandonner une partie de leurs créances avec une clause de retour à meilleure fortune si l’activité se redresse. Par ailleurs, il serait logique que les collectivités locales et l’État votent une suppression des impôts de production pour l’année 2020, à savoir la contribution foncière des entreprises et la contribution en fonction de la valeur ajoutée économique, mais également de la taxe foncière. Cela serait la conséquence logique du choc énorme de production subi par les entreprises du secteur touristique. De manière concomitante, s’ils le peuvent, les associés ou exploitants individuels auraient l’occasion de procéder à des augmentations de capital ou de réaliser des avances financières à leur entreprise afin d’augmenter leur fonds de roule- ment, base de consolidation de la trésorerie, afin d’éviter la cessation des paiements (incapacité à faire face au passif exigible avec l’actif disponible). À défaut, les fonds d’investissements régionaux auraient la possibilité de servir de relais financier en accordant des avances condition- nées qui constitueraient des quasi-fonds propres pour les entreprises.

Autre piste à explorer pour les propriétaires des murs et du capital immobilier : effectuer une opération de leaseback, à savoir vendre leurs murs ou locaux à un établissement de crédit qui les leur relouerait avec un décalage d’un an mais également une option de rachat au même prix et mobilisable à tout moment. Dernière partie prenante qui peut contribuer : les clients. Ceux qui ont déjà payé la prestation (exemple pour les festivals), pourraient accepter de ne pas être remboursés et au contraire de bénéficier de la prestation dans un an. Cela permettrait ainsi aux festivals de bénéficier d’un excédent de trésorerie d’exploitation constitué grâce aux avances et acomptes versés par les clients. La création d’un système de caution pourrait ainsi être mis en place afin de sécuriser les clients et de les inciter à accepter. Sauvons ainsi tous les festivals des provinces françaises ! Jazz in Marciac a déjà annoncé que Lenny Kravitz, initialement programmé en 2020, devrait venir en 2021 ! Cela vaut le coup et le coût !

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