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[ Dossier Présidentielle 2022 ] Pouvoir d’achat, des pistes pour l’augmenter

La prochaine élection présidentielle est l’occasion de faire un tour d’horizon des enjeux économiques du prochain quinquennat. Parmi ceux-ci figurent la politique budgétaire, la balance commerciale, l’emploi, la fiscalité,
les retraites, le logement, la transition climatique. Cette semaine, focus sur le pouvoir d’achat, question sensible et néanmoins complexe à appréhender.

Jean-Marc FIGUET et Christian PRAT DIT HAURET, professeurs à l’Université de Bordeaux, écologique

Jean-Marc FIGUET et Christian PRAT DIT HAURET, professeurs à l’Université de Bordeaux © Atelier Gallien

Le pouvoir d’achat figure parmi nos préoccupations majeures, car nous avons tous envie de gagner plus pour consommer plus et/ou mieux. Rappelons qu’en France le salaire mensuel net médian, c’est-à-dire le salaire perçu par la moitié des salariés, est d’environ 2 000 euros. Les 10 % les plus pauvres perçoivent moins de 1 000 euros par mois. Les 10 % plus riches perçoivent plus de 3 333,33 euros par mois. Malgré la volonté politique, force est de constater que l’écart entre les « plus riches » et les « plus pauvres » est globalement stable dans le temps. Cet écart peut être douloureusement perçu par les plus mal lotis et donner lieu à une gronde sociale.

VARIABLE RÉELLE DE L’ÉCONOMIE

Comment définir ce fameux pouvoir d’achat ? Il correspond à la capacité d’achat en termes de biens et de services marchands d’une quantité de monnaie. En pratique, si un ménage a 100 € en poche, le pouvoir d’achat lui indique la quantité de biens et de services qu’il peut acquérir. Le pouvoir d’achat mesure donc pour un ménage sa capacité à consommer grâce à son revenu disponible. Son évolution dans le temps se mesure par la différence entre l’évolution des revenus nominaux et celle des prix. Le pouvoir d’achat est une variable réelle de l’économie. Au cours des 5 dernières années, notre pouvoir d’achat a connu une augmentation moyenne de 6 %. Cette hausse est supérieure à celle de tous les autres pays européens. L’OFCE (2022) analyse ce gain comme le résultat de la création de plus de 1 million d’emplois, la baisse des impôts et charges pour les particuliers et les entreprises et la maîtrise de l’inflation. Parfois, l’évolution du pouvoir d’achat peut nous surprendre. En 2020, l’effondrement historique de la croissance (- 8 % du PIB) ne s’est accompagnée d’aucune perte de pouvoir d’achat, compte tenu du « quoiqu’il en coûte » du Gouvernement. En 2021, la croissance économique record (+ 8 % du PIB) s’est traduite par une hausse nominale du pouvoir d’achat estimée de 2,2 % selon l’INSEE (2022). Mais, compte tenu de l’inflation, notamment la hausse des prix de l’énergie, notre pouvoir d’achat pourrait baisser de presque 1 % ! Et, nous sommes collectivement beaucoup plus sensibles aux baisses qu’aux hausses.

Au cours des 5 dernières années, notre pouvoir d’achat a connu une augmentation moyenne de 6 %

TAILLE DES MÉNAGES, TRANCHES D’ÂGE ET CATÉGORIES SOCIALES

La question du pouvoir d’achat amène naturellement à s’interroger sur les principaux postes du budget d’un ménage, que sont l’alimentation, le logement, les frais de transport (véhicules, carburant), l’eau et le chauffage, les impôts, les assurances, les loisirs et la culture, voire les frais d’études des enfants. Au-delà de la période actuelle pour laquelle les tensions inflationnistes sont très nettes, les Français perçoivent une augmentation des prix plus forte que le taux d’inflation calculé par l’INSEE.

Une première explication est le fait que les dépenses d’achat de logement sont exclues du calcul de l’IPC car l’INSEE ne considère pas les logements comme des produits de consommation mais, comme des biens patrimoniaux. Or, à Paris et dans les grandes métropoles régionales, l’augmentation du prix des biens immobiliers a été spectaculaire depuis 25 ans. À titre d’exemple, le prix moyen au mètre carré était de 1 500 euros en 1996 à Bordeaux et il est aujourd’hui de 4 700 euros, soit une augmentation de plus de 300 % en 25 ans. Sur la même période, le revenu des ménages bordelais n’a, sauf exception, pas augmenté dans les mêmes proportions. Il devient alors plus coûteux d’être locataire et/ou propriétaire.

Les dépenses contraintes pèsent de plus en plus dans le budget des Français

Une deuxième explication, clairement mise en évidence dans une étude de France Stratégie (2021), est que les dépenses contraintes pèsent de plus en plus dans le budget des ménages. Et elles sont nombreuses ! Il peut s’agir d’un loyer ou du remboursement d’un emprunt immobilier, des abonnements Internet et téléphonique, des primes d’assurances, des frais de garde des enfants, des trajets domicile-travail, du coût des services financiers…

ALORS COMMENT AUGMENTER CE POUVOIR D’ACHAT ?

Pour cela, deux possibilités : augmenter les revenus des ménages et maîtriser, voire réduire les prix des biens consommés. Le premier levier est celui de l’augmentation du revenu disponible des ménages, c’est-à-dire des revenus d’activité et du patrimoine, augmentés des prestations reçues et diminués des impôts versés. Les revenus du travail sont pluriels : salaires, bénéfices non commerciaux pour les professions libérales, bénéfices industriels et commerciaux pour les artisans et les commerçants, rémunération des dirigeants) tout comme les revenus des patrimoines immobiliers et mobiliers : loyers, dividendes et intérêts.

Première mesure : augmenter le PIB en développant une économie de l’offre et en renforçant le taux de croissance à long terme. On doit consolider le cercle vertueux investissements-emploi-consommation.

La solution est aussi d’augmenter la croissance potentielle de notre économie dans le cadre de la transition climatique. Dit autrement, les entreprises doivent créer plus de richesses durables et mieux la distribuer. La consolidation du cercle vertueux investissements respectueux de l’environnement, emplois stables et consommation pérenne doit être au cœur du projet.

Deuxième mesure : construire une économie de compétitivité valeur permettant une augmentation de la rémunération du travail.

Troisième mesure : renforcer la cohésion organisationnelle employeur-salariés en rendant obligatoire la mise en place d’un contrat d’intéressement au sein de toutes les entreprises.

Quatrième mesure : travailler plus en défiscalisant et en « désocialisant » les heures supplémentaires faites et payées au-delà des 35 heures.

Cinquième mesure : favoriser les transferts de patrimoine entre les générations en exonérant de droits de donation toute donation exceptionnelle de 50 000 euros.

Sixième mesure : augmenter les salaires d’un montant égal à 20 % de la progression marginale de la VA des entreprises à partir de 2023.

Septième mesure : prendre des mesures pour maintenir en activité la tranche d’âge des 60-65 ans (qualité de vie au travail, organisation du temps de travail, temps partiel) qui contribueront plus fortement à la croissance de l’économie française. Les travailleurs de plus de 60 ans doivent être considérés comme une richesse, et non comme un fardeau salarial, pour les entreprises afin de permettre aux travailleurs entrants d’être plus productifs. La réforme des retraites doit être à l’agenda pour tenir compte de l’allongement de l’espérance de vie et du maintien des équilibres sociaux.

Huitième mesure : changer de modèle d’aménagement du territoire en déconcentrant et en « décongestionnant » les métropoles régionales afin de faciliter le rééquilibrage vers les villes moyennes au sein desquelles le prix du logement est raisonnable. À travers ces quelques pistes, on comprend aisément que si l’augmentation de notre pouvoir d’achat est réalisable, elle reposera sur un effort politique sans précédent.

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