Couverture du journal du 26/11/2022 Consulter le journal

Distillerie Havion : le goût de la Gascogne

À Vieux-Boucau, la distillerie Havion propose aux amateurs comme aux curieux de découvrir du gin, du whisky, de la vodka, du rhum, du calvados et de l’armagnac made in Gascogne. Aux manettes de cette jeune entreprise, Léo Havion, 24 ans, qui poursuit avec panache l’histoire familiale de Vasconia Spirits.

Léo Havion et son associé, Benoît Creton © Bernard Dugros

Passionné de surf, il aurait pu travailler dans l’univers de la glisse, mais c’est le monde des spiritueux qui a finalement happé Léo Havion à la sortie de l’école de commerce. Il faut dire qu’il est tombé dans l’alambic quand il était encore tout petit : « Dans les années 1970, mon grand-père travaillait pour une maison armagnacaise, à Castelnau-d’Auzan : la maison Damblat. Un jour, il a eu l’opportunité de la racheter et il a saisi sa chance. Depuis, nous sommes éleveurs et négociants en armagnac. Avec mon père, nous avons pris la relève de mon grand-père. Lui est dans le Gers où il s’occupe du vieillissement et de l’affinage de l’armagnac. Et moi, je travaille depuis trois ans sur ce projet de distillerie qui a ouvert ses portes au début de l’été. »

LE TERROIR AVANT TOUT

La distillerie Havion est aujourd’hui le prolongement de l’entreprise familiale Vasconia Spirits. La mise en bouteilles – notamment pour les grosses commandes – est effectuée dans le Gers. À Vieux-Boucau, l’idée est de faire vieillir les spiritueux dans différents types de fûts : du rhum dans d’anciens fûts de calvados ou d’armagnac, du whisky dans des fûts d’acacia. « Cela offre aux spiritueux une certaine typicité », explique Léo Havion qui, pour les fûts de chêne, a choisi de travailler avec la tonnellerie Bartholomo, la dernière tonnellerie landaise. Une démarche qui illustre la volonté du jeune entrepreneur de privilégier, dès qu’il le peut, les artisans locaux et les circuits courts.

Un alambic de 60 litres trône depuis peu au milieu de la distillerie

Mais le projet ne se cantonne pas au vieillissement des différents distillats. Un alambic de 60 litres trône en effet depuis peu au milieu de la distillerie implantée dans un ancien hangar de La Maison de l’Espadrille. Mais ce n’est qu’une première étape. « Nous en avons commandé un de 500 litres. Avec celui-ci, on pourra produire plus et proposer plus facilement nos spiritueux à l’étranger », s’enthousiasme Léo Havion qui souligne toutefois la complexité d’obtenir les autorisations obligatoires pour pouvoir faire de la distillation en France. En attendant de recevoir l’imposante machine de cuivre tant espérée, il va s’atteler à concevoir une nouvelle recette de gin pour le printemps prochain.

Distillerie Havion

© D. R.

DISTILLER ET PARTAGER

En parallèle de la production, la distillerie Havion a aussi été pensée comme un lieu de convivialité. Elle propose en effet un point de vente et un espace de dégustation. Si des aménagements sont encore prévus, il est déjà possible de découvrir les spiritueux Havion, estampillés d’une jolie pin-up aviatrice, un logo imaginé par Roch Tastet, un artiste illustrateur local.

L’objectif du jeune Landais reste de proposer des « produits qui ont une âme et une histoire »

Des projets plein la tête, Léo Havion trace son chemin avec détermination dans le monde exigeant et concurrentiel des spiritueux. Un monde qui a connu un certain déclin mais qui, depuis quelques années, profite du boom de la mixologie et de l’engouement pour les cocktails pour se renouveler et attirer une clientèle plus jeune. Mais l’objectif du jeune Landais reste de proposer des distillats haut de gamme mêlant terroir et savoir-faire, des « produits qui ont une âme et une histoire ». Le pari semble réussi puisque ses breuvages ont déjà séduit plusieurs acteurs locaux comme le restaurant étoilé La Villa de L’Étang Blanc de David Sulpice à Seignosse ou encore le bistronomique Diu Biban à Hossegor.

Léo Havion

Léo Havion © Bernard Dugros

« IL FAUT ÊTRE PATIENT » LE FINANCEMENT

Léo HAVION : Ce projet de distillerie est une extension de notre maison armagnacaise familiale. Nous ne sommes pas partis de zéro. Pour le financement, nous avons eu recours à un emprunt classique. On a également demandé une aide pour l’acquisition de l’alambic, mais nous attendons toujours la réponse. Pour les travaux, nous avons tout fait nous-mêmes.

LA COMMUNICATION

L.H. : C’est un aspect sur lequel nous sommes un peu démunis. Ce n’est pas notre point fort. Nous avons une page Instagram et cet été nous avons distribué pas mal de flyers. Nous avons également un site internet vitrine qui renvoie vers notre site de vente en ligne qui, lui, est antérieur au projet de la distillerie. La communication est vraiment un axe d’amélioration.

LE CONSEIL ENTREPRENEURIAL

L.H. : C’est difficile de donner un conseil puisque c’est un projet familial et que la société mère a porté le projet de la distillerie de Vieux-Boucau. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut être patient et ne pas se décourager. Il nous a fallu trois ans pour que le projet se concrétise. On a rencontré des difficultés, on a presque failli abandonner. Mais finalement, la distillerie a pu voir le jour grâce notamment à un ami qui nous a trouvé ce local.