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Didier Gaugeacq : « Fier des richesses en milieu rural »

Maison France Services en proximité, soutien de l’activité économique, projet de Pôle enfance jeunesse, offre culturelle… Didier Gaugeacq, président de la communauté de communes Terres de Chalosse, fait le point sur les enjeux de ce territoire rural constitué des anciens cantons de Montfort-en-Chalosse et Mugron.

Didier Gaugeacq, président de la communauté de communes Terres de Chalosse

Didier Gaugeacq, président de la communauté de communes Terres de Chalosse © Thibault Toulemonde

Les Annonces Landaises : Voilà sept ans que les communautés de communes de Montfort-en-Chalosse et Mugron ont fusionné en Terres de Chalosse, quel bilan ?

Didier Gaugeacq : Historiquement, Monfort-en-Chalosse et Mugron avaient déjà créé, au milieu des années 1980, un syndicat commun sur une compétence unique, l’habitat. Nous avions l’habitude de travailler ensemble, les élus se connaissaient, donc la fusion des deux communautés de communes s’est faite naturellement. Quand on ajoute l’ingrédient humain, il y a toujours des gens plus ou moins favorables, certains avaient l’impression de se perdre un peu… Nous sommes des territoires ruraux modestes, et quand on réunit deux mariés modestes, on reste avec des moyens limités. Nous avons peu d’industrie mais quelques petits fleurons comme l’usine de tuiles de Saint-Geours-d’Auribat. Notre force est dans notre vocation agricole avec une quantité de produits de terroirs reconnus par tous autour du canard. Le thermalisme avec Préchacq-les-Bains nous sert d’appui aussi pour le développement touristique qui passe également par une offre culturelle importante.

La zone Terres de Chalosse, en proximité de Dax, bénéficie de plus d’attractivité avec plus de demandes de logements. Quand on va vers l’est du territoire, il y a moins de dynamique, mais nous sommes en croissance démographique. On gagne des habitants tous les ans, quasi 19 000 personnes aujourd’hui, contre 17 500 à la fusion en 2017.

© Terres de Chalosse

© Terres de Chalosse

LAL : Qu’est-ce qui a marqué la première partie de votre mandat de président depuis 2020 ?

D. G. : Assurément la création de l’espace France Services qui a été inauguré au printemps 2023. C’est LE gros projet de mandat qui a nécessité de restructurer nos locaux au siège de la communauté de communes à Montfort, d’agrandir l’espace, pour un coût de 1,3 million d’euros dont 60 % d’aides. On a aussi un bureau à Mugron avec les mêmes services, avec dans chacun une agence postale. Les deux communes ne sont qu’à 9 km l’une de l’autre, mais avec les problèmes de mobilité de certains habitants, ces deux locaux prennent tout leur sens, afin de garder de la proximité malgré la fusion. Et ça fonctionne, il y a du monde dans les deux bureaux car cela correspond à un besoin, que ce soit en période fiscale pour remplir sa déclaration d’impôts, sur des demandes concernant sa retraite, pour de l’accompagnement à faire son CV, etc. Le conseiller numérique propose des ateliers individuels ou collectifs aussi dans des médiathèques du réseau en complémentarité. Lorsque le ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Stanislas Guérini, est venu en visite ici en mars dernier, je lui ai demandé que ce poste soit pérennisé au bout des trois ans et il s’y est engagé. L’État nous accompagne sur la partie fonctionnement avec 35 000 euros par an qui devraient progressivement passer à 50 000 euros en 2026 sur les 120 000 que cela coûte.

« D’une fourmilière de start-ups comme Mywebteam et Shield Robotics à des autoentrepreneurs du bien-être et de la zénitude »

LAL : En termes d’investissement, comment fonctionne Terres de Chalosse ?

D. G. : Sur un budget global de 17 millions d’euros, nous sommes cette année « en mode pause » avec 2 millions d’euros d’investissement, essentiellement sur la voirie et la reconstruction d’ouvrages d’art endommagés par les intempéries. Pour repartir sur de gros projets, il faut à chaque fois attendre quelques années en proportion de nos moyens. Pour le futur Pôle enfance jeunesse, c’est autour de 2 millions d’euros à lui tout seul, cela prend du temps.

© Terres de Chalosse

© Terres de Chalosse

LAL : À quel horizon envisagez-vous ce nouveau lieu ?

D. G. : Nous avons toujours mis l’accent sur la politique en faveur de l’accueil des enfants, avec une grosse compétence historique sur l’enfance, que ce soit avec la crèche de Saint-Aubin qui avait ouvert juste avant la fusion, ou le jardin d’enfants à Montfort. Le centre de loisirs communautaire se répartit entre les écoles de Montfort et Mugron et avec les contraintes de rentrée qui obligent à les libérer au 15 août, il nous faut d’autres solutions qui passent désormais par des locaux mis à disposition à Gamarde-les-Bains pour cette période de fin d’été. Nous sommes donc en train de construire un projet de création de Pôle enfance jeunesse communautaire pour être indépendant. Nous en sommes aux balbutiements. Après la pause budgétaire pour reconstituer les excédents, nous espérons un début de construction en 2026. À Terres de Chalosse, on fait un projet, on le digère, avant de pouvoir en préparer un autre.

« À Terres de Chalosse, on fait un projet, on le digère, avant de pouvoir en préparer un autre »

LAL : Côté compétence économique, où en sont vos zones d’activité ?

D. G. : La zone artisanale communautaire Laouranne à Mugron est complète aujourd’hui avec une douzaine d’entreprises, comme les huiles Oléandes, un charpentier, une entreprise de forage ou encore les pompiers. Sur le secteur de Montfort, dans la zone d’activité Preuilhon à Hinx qui avait démarré à la demande d’une entreprise qui cherchait du terrain – nous avions acquis du foncier sur 2004/2011 -, il ne reste plus qu’un lot, avec 30 entreprises installées à ce jour. Nous avons obtenu un permis d’aménager pour créer 30 000 m² de plus. Comme il n’y a pas trop de grosses entreprises, nous essayons d’en accueillir de nouvelles, notamment avec notre pépinière et notre hôtel d’entreprises. Ces derniers temps, on est passé de l’accueil d’une fourmilière de start-ups comme Mywebteam et Shield Robotics [parti à Saint-Geours-de-Maremne avec ses drones, LAL n° 4050 du 18 février 2023, NDLR] à des autoentrepreneurs du bien-être et de la zénitude aujourd’hui. Nous avons aussi ici GoCap, arrivé de Bordeaux avec ses moustiquaires high-tech [LAL n° 4015 du 18 juin 2022]. Ils nous ont loué un deuxième atelier dans la pépinière, un seul ne suffisait plus, et ils pourraient s’agrandir encore avec leurs marchés en expansion.

© Terres de Chalosse

© Terres de Chalosse

LAL : Cette année, le musée de la Chalosse accueille l’exposition « Lise Deharme, la femme surréaliste », labellisée d’intérêt national par le ministère de la Culture. La culture en milieu rural, c’est aussi un moyen de développer le tourisme ?

D. G. : Très peu d’expositions peuvent se prévaloir de ce label en Nouvelle-Aquitaine cette année. Le musée communautaire de Chalosse, soutenu par le Département, propose cette exposition passionnante pour replonger dans l’univers de cette femme qui a reçu dans sa maison de Montfort les plus grands artistes surréalistes au siècle dernier [voir page 44]. Nous comptons sur cette exposition pour redynamiser la fréquentation du musée et ses 10 000 visiteurs annuels, et aussi faire venir de nouveaux touristes.

Dans notre budget, la culture en Terres de Chalosse représente 1 million d’euros de fonctionnement derrière l’enfance et les jeunes (1,5 million), et nous sommes fiers de ces richesses en milieu rural, que ce soit au travers des nombreuses associations subventionnées qui offrent notamment du spectacle vivant à l’année (Café Boissec, Entracte, Sp’hinx, etc.), de nos écoles de musique ou du réseau des huit médiathèques dont une ludomédiathèque à Saint-Aubin.

© Terres de Chalosse

© Terres de Chalosse

TERRES DE CHALOSSE EN CHIFFRES

– Issue de la fusion au 1er janvier 2017 des deux communautés de communes de Montfort-en-Chalosse et Mugron

– 34 communes et 18 660 habitants : Baigts, Bergouey, Cassen, Caupenne, Clermont, Doazit, Gamarde-les-Bains, Garrey, Gibret, Goos, Gousse, Hauriet, Hinx, Lahosse, Larbey, Laurède, Louer, Lourquen, Maylis, Montfort-en-Chalosse, Mugron, Nerbis, Nousse, Onard, Ozourt, Poyanne, Poyartin, Préchacq-les-Bains, Saint-Aubin, Saint-Geours-d’Auribat, Saint-Jean-de-Lier, Sort-en-Chalosse, Toulouzette et Vicq-d’Auribat

– 17 millions d’euros de budget annuel

– 2 millions d’euros d’investissement « en mode pause » entre deux gros projets

– 49 délégués communautaires, 60 agents quasi-permanents (et jusqu’à 110 l’été avec le centre de loisirs)

EN RECHERCHE DE SOLUTIONS FINANCIÈRES POUR LA DIGUE

Dans le cadre de l’obligation confiée en 2017 par l’État à Terres de Chalosse de classer la digue RD10 « Maisonnave », longue de 13 km et protégeant quatre villages régulièrement menacés par l’Adour (Gousse, Onard, Saint-Jean-de-Lier et Vicq-d’Auribat), la communauté de communes cherche une solution raisonnable. « On recherche une méthode pour concilier la nécessité d’entrer en conformité et l’acceptabilité d’un bon modèle économique », explique Didier Gaugeacq alors que les études s’accordent sur un montant total de travaux de 12 millions d’euros. « Une formule à 4 millions d’euros n’a pas été retenue car elle entraînait l’inondation de quelque 500 hectares de cultures de maïs. Notre volonté est de conforter la digue pour protéger à la fois les populations et les enjeux agricoles », poursuit l’élu : « L’État nous a confié cette mission en nous disant d’utiliser la taxe Gemapi [un impôt local facultatif pour lutter contre les inondations, NDLR], mais il faudrait la passer de 7 à 40 euros, ce n’est pas possible ! Nous sommes donc en phase de recherche d’un compromis financier », au côté également des techniciens de l’Institution Adour.

DES PARCELLES À VALORISER

Une étude avec la Chambre d’agriculture des Landes, le Département et la DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer), est en train de recenser des parcelles à valoriser sur le territoire Terres de Chalosse. Sur ces terres qui ne sont plus exploitées, « il s’agit de voir si des actions peuvent être menées pour les remettre en culture, ou réfléchir à d’autres options », comme le photovoltaïque, selon Didier Gaugeacq.