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Agriculture : « utiliser la goutte d’eau plusieurs fois »

Dans le cadre du « Plan eau » annoncé par le président de la République en mars dernier, l’État souhaite développer 1 000 projets de réutilisation sur le territoire d’ici 2027. Dans les Landes, certaines expérimentations sont déjà remarquées.

Frédéric Dudon

Pour Frédéric Dudon, l’un des exploitants concernés par la valorisation d’eau des forages géothermiques, la formule permet de s’engager sur des cultures à forte valeur ajoutée © C. A.

Entre 10 et 40 % d’eau disponible en moins. C’est ce qui attend la France dans les prochaines décennies, selon les prévisions des experts. Pour préserver cette ressource essentielle pour de nombreux usages (eau potable, agriculture, industrie, énergie…), le président de la République Emmanuel Macron a annoncé un plan d’action pour une gestion résiliente et concertée de l’eau, le 30 mars dernier. Objectif : changer nos habitudes pour garantir la ressource pour toutes et tous. Le plan gouvernemental vise ainsi à réaliser 10 % d’économie d’eau d’ici 2030.

Pour y parvenir, il liste 53 mesures destinées à accélérer la sobriété, lutter contre les fuites, éviter les pollutions, améliorer la gouvernance de la gestion de l’eau et prévenir les épisodes de sécheresse. Afin d’optimiser la disponibilité de la ressource, l’une d’elles entend valoriser les eaux non conventionnelles (eau de pluie, eaux grises…) en développant 1 000 projets de réutilisation sur le territoire, d’ici 2027.

C’est dans ce cadre que le 13 juillet dernier, Bérangère Couillard, alors secrétaire d’État chargée de l’Écologie (devenue ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes depuis le remaniement du 20 juillet), a effectué une visite dans les Landes. Plusieurs réalisations sont en effet déjà engagées ou en projet dans le département.

FIN DU POMPAGE EN RIVIÈRE

C’est le cas à Mazerolles où un projet exemplaire a été mis en place grâce à un partenariat entre la régie des eaux de Mont-de-Marsan Agglo et la chambre d’agriculture des Landes. La première exploite deux forages géothermiques qui lui permettent de couvrir 50 à 100 % des besoins de chauffage de divers bâtiments collectifs (base aérienne 118, hôpital Saint-Anne, écoquartier du Peyrouat…). Si la technique est vertueuse en matière d’énergie renouvelable, le rejet de l’eau utilisée directement dans le milieu posait un problème, car sa température atteignait encore 40 °C en sortie de réseau. Avec la chambre d’agriculture, elle a donc décidé de valoriser cette eau via l’irrigation sur le secteur déficitaire du bassin versant du Midou. En 2017, un million d’euros ont été investis dans la création du réservoir de Beaussiet sur la commune de Mazerolles. D’une capacité de 300 000 m3, il permet à trois exploitations d’irriguer leurs 133 hectares de parcelles.

La solution est triplement gagnante. Elle pérennise l’utilisation du réseau de chaleur géothermique. Elle est doublement bénéfique pour l’environnement puisqu’il n’y a plus de rejet d’eau encore chaude dans le milieu naturel ni de pompages agricoles sur de petits ruisseaux déficitaires. Enfin, elle permet aux agriculteurs de sécuriser leurs revenus. « Auparavant, nous étions soumis à des interdictions d’irrigation en période de sécheresse, ce qui impactait négativement nos productions, témoigne Frédéric Dudon, l’un des exploitants concernés. Aujourd’hui, grâce au réservoir, nos volumes d’eau sont garantis et nous pouvons nous engager sur des cultures contractuelles à forte valeur ajoutée, comme le maïs semence ou le tournesol semence. »

VALORISATION DES EAUX D’ÉPURATION

Maintenir les capacités des entreprises agricoles et sécuriser les volumes d’eau, c’est aussi un des combats d’Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine et président du comité de bassin Adour-Garonne. En phase avec le plan eau gouvernemental, il estime qu’il faut « utiliser la goutte d’eau plusieurs fois » pour y parvenir.

La région Nouvelle-Aquitaine et l’Agence de l’eau Adour Garonne se sont donc engagées aux côtés de la régie des eaux de Mont-de-Marsan Agglo et de la chambre d’agriculture des Landes pour un projet de REUT (Réutilisation des eaux usées traitées) encore plus ambitieux que celui de Mazerolles. Il s’agit cette fois de valoriser par l’irrigation l’intégralité de l’eau traitée annuellement par la station d’épuration de Conte, soit un volume moyen de 1,54 million de m3 d’eau. Cela permettra à 21 exploitations d’irriguer 960 hectares, tout en supprimant 42 pompages en rivière sur le secteur déficitaire du bassin versant du Ludon.

Le coût global du projet atteint 19,5 millions d’euros. Il comprend la création de cinq retenues avec réseaux de distribution entre Mont-de-Marsan et Saint-Gein. La première devrait voir le jour en 2025. Un travail important sera également réalisé pour mettre en conformité la qualité de l’eau épurée. « Nous devons traiter les micro-polluants en sortie », précise Paul Carrère, vice-président du conseil départemental des Landes et président du conseil d’administration de l’Institution Adour. Un process à base de charbon actif développé en Suisse, va être testé sur la station d’épuration de Conte, et aussi sur celles de Saint-Paul-lès-Dax et d’Hagetmau. Car au-delà de la quantité d’eau disponible, c’est bien sa qualité qui prime dans de nombreux usages.