Couverture du journal du 01/10/2022 Consulter le journal

Waveboat : le bateau jet-ski mondial

Pour accompagner sa forte croissance, le chantier naval Sealver, à Sanguinet, vient d’inaugurer ses nouveaux hangars de production, passant de 2 500 à 5 000 m² de bâtiments pour construire ses bateaux, propulsés par jet-ski ou hors-bord, qui s’exportent partout sur la planète.

Sealver jet-ski

© Sealver

Patrick Bardon et sa femme Valérie ont toujours aimé faire du jet-ski sur le bassin d’Arcachon. « Une fois parents, nous amenions en jet-ski nos enfants pique-niquer au banc d’Arguin. Au bout d’un moment, nous avons aspiré à quelque chose de plus confortable », confie le fondateur de Sealver, à la base podo-orthésiste.

Devenu spécialiste de rotomoulage, procédé de mise en forme par moulage des matières plastiques, il dépose en 2006 les premiers dessins et modèles du Waveboat, le WB 525 propulsé par jet-ski, pouvant embarquer jusqu’à six personnes, qui sera commercialisé en 2009. « À l’époque, seul le géant Yamaha proposait une plateforme de travail pour du transport de matériel reliable à un jet-ski, mais il n’était pas question d’amener des gens à bord », se rappelle-t-il.

FABRICATION DE A À Z À SANGUINET

« On a démarré dans un bureau de 43 m2 en sous-traitance à 100 %. Ça a accroché très vite, on a persévéré », rembobine l’entrepreneur qui fut quatrième au Championnat du monde de jet-ski freeride en 1999, à Montalivet. Aujourd’hui, tout est fabriqué de A à Z sur place à Sanguinet, avec 23 salariés, et la société a bénéficié du plan France relance et d’aides du Département des Landes pour doubler sa surface sur une ancienne friche industrielle, et ainsi gagner en productivité.

Toujours dans l’innovation, et accompagnée par la Région Nouvelle-Aquitaine pour son développement numérique, Sealver utilise depuis plusieurs années, la réalité virtuelle pour optimiser toutes les étapes de la conception. Une fois tout calé, la production concrète commence dans l’atelier polyester, où six collaborateurs gèrent la première étape : préparation du moule, peinture des pièces, gelcoat, projection du mélange fibre de verre-résine jusqu’à la résistance souhaitée, pose de carlingage, etc.

QUATRE SEMAINES DE TRAVAIL POUR UN BATEAU

Dans l’atelier suivant, un binôme polyvalent pose les flotteurs sur les Waveboats semi-rigides. « Jusqu’ici, c’est une entreprise italienne qui s’en chargeait, mais on a formé Sébastien et Bruno pour le faire désormais nous-mêmes. C’est le dernier métier qui vient d’entrer ici », précise Valérie Bardon, responsable des achats.

L’atelier soudure, tenu par les « Sealver brothers », Quentin et Mathieu, permet de fabriquer les pièces inox 316L, le métal de prédilection du nautisme pour sa nobelle et sa résistance à la corrosion. Puis les pièces sont montées sur les bateaux par quatre accastilleurs pour la dernière étape, de la mise en place des taquets au matériel électronique, jusqu’au contrôle de qualité final, avant emballage et livraison aux quatre coins de la terre, au bout de quatre semaines de travail.

L’AVENTURE WAVEBOAT

2009 : Première commercialisation du Waveboat 525, propulsé par jet-ski

2011 : Grand Prix de l’innovation décerné par la Région Nouvelle-Aquitaine

2013 : Deux nouvelles unités semi-rigides de plaisance sont lancées, le WB 575 et le 626.

2018 :

– Création de la gamme Z-line, des semi-rigides dont la particularité est de pouvoir choisir sa motorisation, entre la propulsion jet-ski et le hors-bord, pour une entrée dans le monde plus traditionnel des bateaux de plaisance.

– Prix de l’export attribué par la chambre de métiers de l’artisanat des Landes

80 % DES VENTES À L’INTERNATIONAL

Car c’est sans doute étonnant, mais Sealver est plus connu sur le marché de l’export que sur le marché local : les ventes se font à 80 % à l’international, dont 40 % en Europe, de la Suède au Portugal, du Danemark à la Croatie. Des concessions sont implantées à Porto Rico, au Canada, au Maroc, et aussi au Japon, aux Philippines et à Hong-Kong, celle implantée en Ukraine ayant fermé au début de la guerre. Pour développer le marché français, un revendeur vient d’ouvrir un point de vente à proximité de Nîmes.

La stratégie marketing de Sealver ? Investir les réseaux sociaux où se situe sa clientèle, avec de belles images. Une vidéo relayée par un blogueur américain a ainsi fait des millions de vues en 2018.

Sealver jet-ski

© JPEG Studios

EN CHIFFRES

11 modèles différents au total, de 4,44 m à 8,20 m, rigides ou semi-rigides. Huit propulsés par jet-skis compatibles avec la majorité des marques grâce à des kits de compatibilité fabriqués sur site, clef du savoir-faire de Sealver. Trois modèles motorisés en hors-bord.

Jusqu’à 10 passagers pour les plus grands modèles

200 bateaux sortent du chantier naval de Sanguinet chaque année. L’agrandissement achevé cette année après deux ans de travaux, devrait permettre à Sealver d’atteindre une production de 500 Waveboats par an.

POUR LES LOISIRS ET LES SERVICES DE SECOURS

Partout, ce qui plaît dans ce système ingénieux de propulsion qui offre des sensations fortes de pilotage, c’est cette possibilité de naviguer avec toute sa famille et ses amis, et de pouvoir, une fois arrivés au mouillage, laisser une partie de l’équipage pour partir en jet.

Des concessions sont implantées à Porto Rico, au Canada, au Maroc, au Japon, aux Philippines et à Hong-Kong

Les Waveboats intéressent aussi les services de secours qui peuvent ainsi naviguer avec peu de fond en toute sécurité, sans hélice dans l’eau, juste une turbine. Les aéroports de La Réunion et Mayotte ont fait part de leur intérêt pour intervenir rapidement en cas d’amerrissage d’un avion sur leurs pistes si près des eaux.

UN CHIFFRE D’AFFAIRES EN PROGRESSION DE 15 % À 17 % PAR AN

« Il y a trois ans, globalement, l’entreprise est passée à la vitesse supérieure, avec un bond du chiffre d’affaires de 20 %. Depuis, on monte de 15 % à 17 % chaque année, pour atteindre plus de 3 millions d’euros actuellement », récapitule Valérie Bardon, alors qu’il faut compter en moyenne 30 000 euros pour s’offrir un de ces bateaux.

Cette entreprise, depuis ses débuts, défie le rationnel

« Pendant la pandémie de Covid, on a pu stocker parce qu’on avait de la trésorerie », poursuit-elle, mais les problèmes d’approvisionnements, notamment sur les taquets et les volants, se multiplient ces derniers temps sans pour autant entraîner encore trop de retard. « On va peut-être vivre des moments difficiles liés à l’actualité internationale », a simplement évoqué Patrick Bardon, lors de l’inauguration officielle des locaux, le 2 mai dernier, au côté des élus Renaud Lagrave (Région Nouvelle-Aquitaine), Xavier Fortinon (Département des Landes) et d’un responsable de la préfecture. Pas de quoi faire perdre son optimisme au couple qui en est convaincu : « Cette entreprise, depuis ses débuts, défie le rationnel ».

Sealver jet-ski

© JPEG Studios

EN EXPÉDITION AVEC JEAN-LOUIS ÉTIENNE

Deux Waveboats seront de la prochaine aventure Polar Pod du médecin et explorateur français, Jean-Louis Étienne, pour étudier l’océan Austral, autour de l’Antarctique, dans les cinquantièmes hurlants. Ils serviront de navettes entre les deux bateaux : le Persévérance, voilier ravitailleur dans lequel ils pourront directement s’imbriquer, et le Polar Pod, cette plateforme océanographique habitée ultra-moderne.

Jean-Louis Étienne est venu en personne réaliser les essais avec le bateau hybride Sealver sur le bassin d’Arcachon. « Une grande fierté pour un projet fou qui nous tient à cœur », savoure Patrick Bardon. Comme l’aboutissement d’une épopée démarrée il y a déjà 16 ans avec son premier prototype.