Couverture du journal du 17/02/2024 Le magazine de la semaine

Tarusate cœur battant

Laurent Civel est devenu président du Pays tarusate en 2017, réélu en 2020. Tour d’horizon des enjeux économiques, sociaux, et des défis à relever pour ce territoire.

LAURENT CIVEL Président de la communauté de communes du Pays tarusate

Laurent CIVEL, président de la communauté de communes du Pays tarusate © Patxi Beltzaiz

Les Annonces Landaises : Si des Martiens débarquaient en Pays tarusate, comment le leur présenteriez-vous ?

Laurent Civel : Je leur dirais qu’ils ont bien fait d’atterrir là (rires). C’est la terre du milieu sinon l’empire du milieu. Tout d’abord parce qu’il a une place centrale d’un point de vue géographique au cœur du département. La communauté de communes est le produit d’un hasard heureux car rien, il y a 20 ans, ne nous prédestinait à cette vie commune. Je reprendrais la phrase de Mirabeau en parlant des Français sous le XVIIIe siècle : « Cet agrégat inconstitué de peuples désunis ». Cela raconte ce qui s’est passé pour le Pays tarusate. Il n’empêche que 20 ans plus tard, on constate une véritable cohésion et une identité propre.

LAL : Outre la géographie, l’autre élément central de ce territoire, c’est son tissu industriel ?

L.C. : C’est un élément majeur qui représente plusieurs centaines d’emplois et tend au millier. Que ce soit avec Egger ou avec Tembec, ou Ryam désormais. De gros employeurs auxquels nous sommes attachés et vigilants sur leur pérennité et leur solidité. Sur ce territoire prédominent l’industrie du bois et la chimie. Il va y avoir un projet de biocarburants à Tartas. Egger investit 15 millions par an sur des produits de haute qualité avec une empreinte carbone moindre. Je n’oublie pas le tissu économique des petits artisans. Il y a 2 500 salariés sur le Pays tarusate et un taux de chômage très faible. Et je n’oublie pas davantage le monde agricole qui innove aussi avec beaucoup de territoires bio engagés, des circuits courts. La fête de l’asperge, le 1er mai à Pontonx-sur-l’Adour, ce n’est pas rien ! Nous avons un mix d’activités qui fait que nous sommes très landais de manière générale, à l’exception effectivement de notre proportion significative d’emplois industriels.

La communauté de communes : une pompe aspirante et refoulante

LAL : Autre signe particulier de cette communauté de communes, son engagement pionnier en matière d’énergies renouvelables. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

L.C. : Ce projet a été engagé il y a 10 ans et constitue notre originalité. Nous sommes la communauté de communes qui a l’empreinte carbone la plus faible et dont les besoins sont aujourd’hui couverts à 95 %. Il s’agit d’énergie solaire au sol. Six communes ont la chance d’avoir une centrale solaire sur leur territoire et nous avons prévu 100 hectares disponibles sur le Pays tarusate pour accueillir les dernières.* Nous avons mis notre document d’urbanisme en accord avec ce projet qui est partagé par les élus et la population avec une acceptabilité qui ne pose pas de difficulté à ce jour.

* Lors de la réunion du conseil communautaire du 23 février, ayant eu lieu après cet entretien, le président Laurent Civel annonçait que le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) avait rendu un avis défavorable pour les projets de centrales solaires de Laluque et Beylongue.

LAL : Avec des conséquences aussi sur le budget de la communauté de communes ?

L.C. : Avec un budget de 12 millions d’euros, notre communauté de communes est très atypique dans la mesure où elle a des moyens, de l’ambition, en les mettant à disposition des communes. Chaque année, plus d’1,5 million d’euros sont restitués aux communes, avec par exemple le partage de la recette fiscale solaire que perçoit le Pays tarusate. La taxe affectée chaque année à la communauté de communes est répartie à 1/17e, quelle que soit la taille de la commune, soit environ 18 000 euros par commune, en fonctionnement. Par ailleurs, la communauté de communes verse 40 euros par an par habitant en investissement, quel que soit l’investissement que la commune doit mener.

LAL : C’est votre vision du rôle d’une communauté de communes ?

L.C. : Je considère qu’une communauté de communes est une pompe aspirante et refoulante. C’est peut-être mon métier qui veut ça ! [directeur du Sydec, Syndicat départemental d’équipement des communes des Landes, NDLR]. On prend les recettes et on les affecte, mais, par contre, on ne dépense pas l’argent dans des compétences surnuméraires. C’était mon souhait lors de mon élection en 2020. On est une structure légère. On a bien entendu l’action sociale, que ce soit pour les Ehpad, le portage des repas, le centre intercommunal d’action sociale, les crèches. Nous avons une petite équipe travaux, un service d’instruction des permis de construire. En deux ans, le nombre de permis de construire a augmenté de 40 %. C’est un territoire très demandé qui ne souffre pas encore des contraintes de la côte, mais qui garde son attractivité. Comme on est toujours le pauvre de quelqu’un, on est moins cher qu’ailleurs, ça incite à venir. L’autre élément fondamental de ce territoire est qu’il n’est pas bâti, comme beaucoup, avec une ville centre et sa périphérie. Moi, je ne suis pas bricoleur, mais je préfère les tabourets aux échelles : avoir trois points d’appui plutôt que deux, c’est plus stable. Les trois points, ce sont Tartas, Rion-des-Landes et Pontonx-sur-l’Adour. À partir de là, il n’y a pas de mainmise d’une commune sur une autre et une écoute permanente.

© Patxi Beltzaiz

LAL : Un cœur, c’est bien, mais encore faut-il qu’il soit irrigué pour battre. Ne souffrez-vous pas de problèmes d’enclavement et de mobilité inhérents à votre situation ?

L.C. : Enclavé, avec 18 000 véhicules qui le traversent, non ! Ce sur quoi nous travaillons c’est la mobilité sociale. Nous avions envisagé un transport à la demande qui était un pari. Il n’a pas forcément réussi. Du coup, nous développons le concept de taxi social. Nous avons la chance d’avoir une association qui réalise un travail remarquable de réinsertion, de réparation des véhicules et qui, en parallèle, propose de conduire les habitants d’un point A à un point B, en allant les chercher à domicile, dans un rayon de 80 km autour de Pontonx-sur-l’Adour, siège de l’association, et tout ça gratuitement. C’est un effort conséquent pour les finances de la communauté de communes. Cette aide se fait sous conditions, mais on estime à 200 le nombre de personnes qui pourraient être concernées.

Nous avons l’empreinte carbone la plus faible et nos besoins énergétiques sont couverts à 95 %

LAL : Pour l’année 2023, quels sont les projets que vous souhaitez mener ?

L.C. : On a beaucoup investi les années passées avec, sur le mandat précédent, une nouvelle crèche et une maison de santé. On a aménagé au nord de Tartas, une zone d’activité économique irriguée par la route départementale. Cette année, va être lancée une nouvelle crèche à Rion-des-Landes.

L’été dernier, nous avons été touchés par des gros incendies. Laluque a perdu plusieurs dizaines d’hectares, et je me suis rendu compte que nous avions une difficulté par rapport à la prise au feu et notamment à travers le matériel dont ne disposent pas les communes. Nous allons donc investir à l’échelle communautaire dans une tonne à eau de 6 000 litres. Elle sera stationnée à Tartas et mise à disposition avec le tracteur et l’agent dédié, avec un système d’astreinte. Les incendies peuvent toucher tout le monde. Cet été a été celui de l’alerte rouge. Il nous faut, là aussi, assurer cette solidarité au-delà du coût. On l’a vu en Gironde. Ce matériel de première approche a calmé les choses et rassuré.

LAL : Quels sont les défis des années à venir pour votre territoire ?

L.C. : Notre principale difficulté réside dans l’adéquation entre la contrainte locale et les exigences nationales. Diminuer l’artificialisation des sols : tout le monde est pour, mais pas chez soi. C’est Nimby, pour reprendre un de ces acronymes chers aux Anglais : « Not in my backyard », pas dans mon jardin ! Ici, les usines embauchent. Qu’est-ce que je dis aux gens qui veulent venir ? Vous allez ailleurs ? Je ne me vois pas sortir ici des buildings de huit étages parce qu’il faut densifier. Nous disposons des outils pour densifier les centres-villes, mais il faut nous laisser le temps, sinon on va se retrouver avec un département où l’on ne pourra pas vivre et notamment ceux qui y sont nés. C’est un vrai sujet. Le président du conseil départemental, Xavier Fortinon, l’a dit : « Il faut augmenter le nombre de logements sociaux », mais si vous n’avez pas de terrain, c’est compliqué. C’est un subtil équilibre à trouver. Il faut que les communes aient leur maîtrise foncière. Nous avons un coup à jouer car nous habitons un pays de cocagne. Quand on goûte aux Landes, on a du mal à les quitter. C’est le défi des années à venir : comment accueillir les nouveaux et garder les locaux, sans qu’il y ait d’effet d’éviction. Et, bien sûr, faire en sorte que les gens soient heureux d’y vivre.

LE PAYS TARUSATE EN CHIFFRES

17 communes

17 714 habitants

22 millions d’euros de budget

6 zones d’activité

270 hectares de centrales solaires couvrant

95 % des besoins énergétiques