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Sylviculture : l’urgence à agir pour nettoyer le massif

Avant d’envisager tout reboisement, la course contre la montre est lancée pour éviter que les parcelles sinistrées par les incendies de l’été ne soient victimes d’attaques d’insectes.

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Un bois incendié n’est pas forcément inexploitable. Voilà une bonne nouvelle pour le massif des Landes par les feux de forêt durant l’été. « En réalité, il existe deux types de parcelles, précise Stéphane Latour, directeur de la Fédération des industries du bois de Nouvelle-Aquitaine et de Fibois Landes de Gascogne. Les surfaces constituées de jeunes peuplements ne sont pas valorisables, mais pour les autres, il reste possible d’utiliser le bois pour les industries du sciage, de la papeterie, des panneaux et du bois énergie. »

Les surfaces incendiées cet été sont constituées d’un tiers de jeunes peuplements qu’il va falloir broyer. Les deux autres tiers sont potentiellement exploitables. À condition d’agir vite. Très vite ! « On espère pouvoir nettoyer les parcelles et valoriser les bois incendiés avant le printemps prochain. » Au-delà, le risque est de voir pulluler les insectes ravageurs, non seulement sur les zones sinistrées, mais aussi sur les peuplements sains aux alentours.

Stéphane Latour, Directeur de la Fédération des industries du bois de Nouvelle-Aquitaine massif

Stéphane Latour, Directeur de la Fédération des industries du bois de Nouvelle-Aquitaine © D. R.

TENSIONS SUR LA MAIN-D’ŒUVRE

Des entreprises sont déjà à l’œuvre sur le terrain. Mais il faudra faire appel à des moyens supplémentaires en provenance d’autres régions de France pour réaliser toutes les opérations dans les temps.

« Avec les incendies, nous nous retrouvons avec un volume de près de 3 millions de m3 de bois à traiter en urgence. Cela équivaut à la moitié d’une récolte annuelle. On n’est pas du tout sur les mêmes volumes qu’avec la tempête Klaus de 2009 qui avait mis à terre 40 millions de m3. Et nous avons bien sûr un potentiel de machines déjà présentes sur le massif. Mais ces 3 millions de m3 s’ajoutent à l’exploitation normale des bois verts que nous devons également assurer. » Après la tempête Klaus, 200 000 hectares ont été replantés et le massif est en développement. Ces surfaces nécessitent d’être éclaircies tous les cinq ans.

Ce surplus d’activité intervient alors que les tensions sur la main-d’œuvre sont plus grandes qu’en 2009.

« Nous rencontrons des difficultés de recrutement. D’ailleurs, avant les incendies, nous avions lancé un plan de recrutement et de formation de 150 conducteurs de machines fores- tières sur trois ans. »

PERTE DE VALEUR D’AVENIR

Le problème, outre la menace que représentent les scolytes, c’est que plus le bois se dégrade, plus sa qualité diminue. Déjà, les sylviculteurs s’attendent à une décote technique.

« Les écorces carbonisées sont difficilement récupérables. Cela va compliquer le travail des transformateurs, car les parties brûlées doivent être éliminées pour beaucoup de process industriels. » L’autre danger, c’est que les bois aient subi des dommages liés à la chaleur. « Les contraintes techniques imposent que les arbres ne soient

pas complètement desséchés. Cela les rendrait trop cassants pour le sciage, et avec une qualité de fibres trop médiocre pour la papeterie. » Des expertises sont en cours.

S’il s’avère que les arbres sinistrés peuvent être valorisés, Stéphane Latour estime que les propriétaires devraient pouvoir les vendre correctement. « Les marchés sont plutôt actifs. Il y a une forte demande sur les produits et matières premières renouvelables. »

Le préjudice des sylviculteurs viendra surtout de la perte de valeur d’avenir . Normalement, on exploite les pins entre 30 et 50 ans. Mais les incendies n’ont pas fait de distinction. « Les propriétaires vont être obligés d’exploiter prématurément des arbres de 20 ans qui auraient dû leur générer des revenus sur plusieurs années. » Ceux dont les peuplements sont trop jeunes ne toucheront rien pour la plupart, car seuls 10 % à 15 % des propriétaires sont assurés. « Nous demandons qu’une aide leur soit accordée. »

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REBOISEMENT DANS DEUX ANS

Une fois les parcelles nettoyées, il faudra attendre deux ans pour envisager une replantation. « Il faut laisser passer deux étés pour éviter le développement des populations d’insectes et reboiser dans des conditions sanitaires sécurisées. » Se posera alors la question des essences à réimplanter. « Une étude bibliographique a été commanditée par l’État pour permettre aux acteurs de se positionner. Mais vraisemblablement, le pin maritime restera prédominant, car c’est le mieux adapté au massif des Landes de Gascogne. C’est une essence autochtone qui était présente dans le Marensin et le Bazadais bien avant le XIXe siècle et son extension sur les zones marécageuses. Résistant à la sécheresse et aux températures élevées, il arrive également en tête pour ce qui est de son adaptation au changement climatique. Toutefois, pour des questions de diversité et des raisons sanitaires, les programmes de reboisement proposeront sans aucun doute l’implantation de feuillus en complémentarité des pins. Des feuillus qui sont déjà présents dans le massif à hauteur de 20 % des surfaces. »

Et face aux détracteurs du pin qui lui reprochent son caractère hautement inflammable, Stéphane Latour se veut pragmatique. « Dans les conditions climatiques qu’on a pu vivre, aucune espèce ou aucun mélange n’aurait résisté. »