Couverture du journal du 26/11/2022 Consulter le journal

Sécuriser l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle (IA), de plus en plus puissante et sophistiquée, est susceptible d’impacter des pans entiers de l’économie et de représenter, à terme, un danger pour nos sociétés… Est-il envisageable de la contrôler ?

Myriame HONNAY Directrice d’Akoneo Incubateur, à Capbreton, conseil auprès des start-ups de l’IA

Myriame HONNAY Directrice d’Akoneo Incubateur, à Capbreton, conseil auprès des start-ups de l’IA © Bernard Dugros

« Demande à Barack Obama de parler d’Harry Potter » : la formule magique suffit pour que GPT-3, l’interface entre l’être humain et le modèle d’intelligence artificielle (IA), développée par OpenAI, produise un texte qui fait sens, avec des informations pertinentes sur le jeune sorcier, tout en utilisant la manière de s’exprimer de l’ancien président des États-Unis. Cette technologie pionnière dont la première version a été lancée en 2018 par l’entreprise californienne de recherche cofondée par Elon Musk, est aujourd’hui considérée par les spécialistes comme l’une des versions les plus abouties de l’IA. Au-delà de générer du texte, d’utiliser un ton qualitatif, de mixer les informations et de s’adapter, elle est aussi capable de traduire, résumer et rédiger des textes précis. Elle investit en prime l’univers de l’art, du graphisme ou du design avec le logiciel Dall-e. À partir de la consigne : « Dessine-moi un siège en forme d’avocat », la puissance de l’IA dont est doté Dall-e lui permet de composer une coque inspirée des contours du fruit et de disposer de suffisamment de finesse pour assimiler la forme du noyau à celle d’un coussin.

VERS DE NOUVEAUX MÉTIERS

Si le célèbre designer français Philippe Starck reconnaît volontiers utiliser l’IA pour concevoir ses designs, sa marque solidement implantée à l’international ne risque guère d’être impactée. En revanche, quelles seront les conséquences pour les graphistes, designers et créatifs du monde entier si leurs clients préfèrent s’adresser à Dall-e ?

La puissance de l’IA et sa capacité à s’améliorer en se nourrissant de données illimitées conduiront-elles au remplacement de certains métiers par de nouvelles professions, comme ce fut le cas avec l ’avènement de l’informatique et d’internet ? Sont-elles susceptibles d’impacter à terme des secteurs d’activité entiers ? L’IA gagne du terrain dans l’industrie en lien avec la robotique, la santé, la cybersécurité, le commerce et jusque dans notre quotidien avec des plateformes de streaming, comme Netflix, capables de proposer des choix correspondant aux attentes de chaque spectateur. Il est de plus en plus certain que l’IA a et aura un impact sur notre économie, mais pas seulement.

Myriame HONNAY Directrice d’Akoneo Incubateur, à Capbreton, conseil auprès des start-ups de l’IA

Myriame HONNAY, Directrice d’Akoneo Incubateur, à Capbreton, conseil auprès des start-ups de l’IA © Bernard Dugros

TIPLICATEUR UX

L’autre risque peut être sociétal. On l’a vu avec l’interférence de la Russie sur l’élection de Donald Trump aux États-Unis, en 2016, via notamment une campagne menée sur les réseaux sociaux. Ces derniers sont perçus de manière positive parce qu’ils apportent du business, de la distraction, mais ils constituent aussi une petite bombe qui a déjà explosé, participant pour beaucoup à la crise de confiance des citoyens dans les institutions, les politiques et la société en général. Si l’on vient coller aux réseaux sociaux un modèle d’IA puissant, pour bombarder des informations biaisées, le nombre de posts et l’impact potentiellement générés pour influencer l’opinion pourraient devenir phénoménaux et impossibles à maîtriser.

Personne ne dispose du bouton rouge pour arrêter l’IA

D’autant plus que les experts confirment que s’ils sont aujourd’hui en mesure de cerner ce que l’IA est capable de réaliser, personne ne parvient à déchiffrer le fonctionnement de cette technologie très puissante. Personne ne dispose non plus du bouton rouge pour l’arrêter… Il n’y a pas de pompier, à moins de stopper les réseaux sociaux ou de débrancher internet pour l’empêcher de se nourrir et d’avancer. Des décisions qui, compte tenu de l’implication entre l’humanité et le web, sont aujourd’hui inenvisageables.

LES TENTATIVES POUR ENCADRER L’IA

Pour tenter d’encadrer l’intelligence artificielle et ses évolutions, en prévenant notamment les risques d’atteintes aux droits fondamentaux, l’Union européenne est en train de légiférer. Les entreprises spécialisées sont de plus en plus nombreuses à se lancer dans le développement de solutions pour contribuer à la sécuriser. La piste de recherche la plus avancée réunit aujourd’hui des chercheurs de tous horizons autour du courant de pensée de l’Alignement. Ils partent en effet du principe que si l’IA prend une direction qui n’est pas la nôtre, nous n’arriverons pas à la dévier de son objectif. Cela car nous ne pensons pas et n’opérons pas de la même manière qu’elle. Ainsi, la mission des start-ups spécialisées dans l’Alignement est d’essayer de comprendre le fonctionnement de l’IA afin d’aligner son fonctionnement sur le nôtre, et faire en sorte de trouver un canal commun.

L’IA PAS À PAS

L’intelligence artificielle qui regroupe des programmes informatiques complexes, capables de simuler certains traits de l’intelligence humaine (raisonnement, apprentissage…), à partir d’algorithmes, n’est pas si récente qu’on le croit. Elle a débuté avec l’informatique pure et le traitement binaire des données dans les années 1950-1960. Il faudra néanmoins attendre 1997 pour qu’IBM sorte son fameux ordinateur Deep Blue qui va battre aux échecs Garry Kasparov, alors champion du monde. Depuis les années 2000, l’essor d’internet et de l’informatique, avec une technique et des processeurs de plus en plus accessibles, contribue véritablement à sa croissance. L’IA s’alimente désormais de manière autonome en puisant des milliards de données sur internet qu’elle combine avec une puissance de traitement et de calcul hors norme, sans être biaisée. Aujourd’hui, seulement cinq sociétés connues sur le marché, parmi lesquelles OpenAI, Google et Facebook, travaillent sur ce modèle hyperpuissant qui arrive à prendre des décisions, à s’auto-améliorer et à aller au-delà de ce que l’être humain va pouvoir lui dicter.

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