Couverture du journal du 26/11/2022 Consulter le journal

Pour un renouveau du rugby dacquois : interview avec Philippe Jacquemain, président de l’US Dax Rugby Landes

Dirigeant d’entreprises influent de l’agglomération dacquoise, Philippe Jacquemain a été nommé cet été président du club de l’US Dax Rugby Landes. Le créateur, entre autres, du centre commercial Le Grand Mail, et ancien président de la chambre de commerce et d’industrie des Landes, va œuvrer avec son équipe au cours des cinq prochaines années pour donner un nouvel élan aux rouge et blanc. Rencontre avec un passionné de l’ovalie, à la détermination sans faille.

l’US Dax Rugby Landes

Le budget est à peu près identique à celui de l'année dernière, environ 2,5 millions d'euros. © Cheyenne Briollet

Les Annonces Landaises : Avec trois victoires et une très courte défaite, l’US Dax a bien débuté la saison 2022-2023 en Nationale (la 3e division). Dans quel état d’esprit êtes-vous au vu de ces résultats ?

Philippe Jacquemain : Je suis dans un excellent état d’esprit. Comme vous le savez, j’ai pris la présidence de l’US Dax cet été, mais cela fait 50 ans que je participe activement à la vie de ce club. Depuis quelques années, nous avons vécu des moments un peu compliqués, avec des résultats qui étaient assez moyens, pour ne pas dire pas bons du tout à certains moments. La saison dernière, nous avons décidé de reprendre les choses en main et de revenir au jeu qui a toujours été celui de Dax. Je parle d’un jeu d’attaque, un jeu de mouvements, un jeu joyeux. Je pense que nous avions un peu perdu tout cela. Cette saison, nous avons eu une chance formidable d’accueillir de nouveaux entraîneurs (Jeff Dubois, Marc Dal Maso et Hervé Durquety). Avec eux, nous avons décidé de travailler et de construire quelque chose de nouveau, pour que l’équipe redevienne ce qu’elle a été. Quand on a été dirigeant d’un club comme je l’ai été pendant 50 ans au sein de l’US Dax, il est douloureux de voir son équipe descendre vers les difficultés. Nous avons donc décidé de repartir tous ensemble et de trouver les moyens de replacer notre club à sa juste place. Un air nouveau souffle sur l’US Dax. Des jeunes sont arrivés, le centre de formation a bien redémarré. Aujourd’hui, nous repartons dans le bon sens.

LAL : Le nouveau trio d’entraîneurs semble bien fonctionner. Peut-on parler d’alchimie entre les trois hommes ?

P. J. : Je vais être franc, c’est un bonheur de les voir travailler ensemble ! Et c’est un bonheur de voir les joueurs à l’écoute. J’ai fait le déplacement avec l’équipe à Nice et vous ne vous imaginez pas la joie qu’il y a actuellement dans cette équipe. C’est une grande satisfaction. Ce début de saison, sur le plan sportif et sur le plan de l’état d’esprit, est très encourageant. Après, je sais que ce n’est que le début de la saison. Il ne faut pas croire au Père Noël. Nous allons nous battre. Chaque dimanche, nous allons essayer de progresser. Nous sommes néanmoins réalistes et nous savons que nous allons avoir des matchs difficiles.

Philippe Jacquemain, président de l’US Dax Rugby Landes

Philippe Jacquemain, président de l’US Dax Rugby Landes © JPEG Studios

LAL : Concrètement, quels sont vos objectifs sportifs et extra-sportifs pour cette saison ?

P. J. : Sur le plan sportif, les objectifs de la saison sont clairs : nous avons demandé aux entraîneurs et aux joueurs d’être qualifiés pour les phases finales. Après, nous irons aussi loin que nous le pourrons. Et à terme, nous aimerions revoir le club en Pro D2. C’est notre plus grand souhait.

Nous avons décidé de trouver les moyens de replacer notre club à sa juste place

LAL : Aujourd’hui, selon vous, quelles sont les forces et les faiblesses du collectif dacquois ?

P. J. : Je parle beaucoup avec les entraîneurs, mais aussi avec les dirigeants qui, il faut le souligner, forment une équipe formidable. On est heureux de voir ce qui est en train de se passer. Nous ne sommes pas sereins, mais nous sommes convaincus d’être sur le bon chemin et nous sommes motivés pour continuer en ce sens. C’est une vraie force qui nous per- met d’avancer. Par ailleurs, il est aussi intéressant de voir les réactions des supporters. On sent véritablement qu’il se passe quelque chose de nouveau. Ce phénomène se constate même au sein de la population dacquoise.

LAL : Et qu’en est-il des sponsors ?

P.J. : Vous vous en doutez, nous sommes à la recherche de nouveaux sponsors. Des sponsors locaux, régionaux et même nationaux. J’appelle moi-même régulièrement des entreprises d’enseignes nationales avec lesquelles je travaille. L’idée est de voir comment nous pouvons les faire venir avec nous, à Dax, et participer à cette grande aventure. Ce n’est pas quelque chose de simple, mais nous sentons déjà que cela sera plus facile cette année que les années précédentes.

Nous nous employons tout au long de la saison à chercher de nouveaux sponsors et de nouveaux partenaires

LAL : Quel est le budget de l’US Dax pour cette année ?

P.J. : Notre budget est à peu près identique à celui de l’année dernière [environ 2,5 millions d’euros, NDLR]. Nous devons faire très attention à tout. C’est aussi pour cette raison que nous nous employons tout au long de la saison à chercher de nouveaux sponsors et de nouveaux partenaires.

LAL : Lors de vos discussions avec de potentiels partenaires, avez-vous le sentiment que l’US Dax a une image plus attractive cette année ?

P.J. : Franchement, oui ! Les retours sont plutôt bons. Nous avons envoyé 500 lettres à 500 potentiels partenaires et nous avons reçu quelques réponses encourageantes. Certains d’entre eux souhaitent nous rencontrer afin de voir ce qu’ils peuvent apporter au club. Ils se rendent compte que dans une ville comme Dax, le club a un rôle extrêmement important à jouer, que ce soit sur le plan éducatif, sportif ou économique. On est tous liés les uns avec les autres. Je le vois bien au niveau de mes entreprises : quand les gens sont heureux tout se passe mieux. Le rugby apporte incontestablement une joie dans la population. Dax est une ville qui a été profondément marquée par le rugby. J’en ai souvent parlé avec Pierre Albaladejo qui me faisait remarquer, à juste titre, qu’auparavant, Dax était plus connue pour le rugby que pour le thermalisme. On n’imagine pas ce que le rugby a pu représenter. On a eu 38 joueurs internationaux, on a joué cinq finales, on a gagné cinq fois le Challenge Yves du Manoir. L’US Dax a été un grand club de rugby. Puis, progressivement, avec l’arrivée notamment du professionnalisme, le club a perdu un peu de sa superbe. Je ne dis pas aujourd’hui que nous allons revenir en Top 14, mais je pense sincèrement que Dax a sa place en Pro D2. Les gens attendent ça. Et il n’y a que tous ensemble qu’on y parviendra. Il faut bien comprendre que Dax n’est pas le club d’un dirigeant. C’est celui d’une ville, d’une population. J’en profite pour souligner que la Ville de Dax nous épaule d’une manière extraordinaire. C’est aussi le cas des sponsors, et certains d’entre eux ont décidé de nous donner un petit peu plus cette année. On sent qu’il y a une envie de nous faire plaisir. C’est un signe assez fort dans une période économique un peu compliquée. Mais, selon moi, c’est justement dans ce type de période que les gens ont besoin de se retrouver et de passer des moments joyeux. Ce que je dis aux garçons, que ce soit les joueurs ou les entraîneurs, c’est : « Gardons le sourire et gardons cette envie de jouer tous ensemble. »

Tout ce que j’ai réussi dans ma vie, je l’ai fait en équipe

LAL : La joie est un mot qui revient beaucoup chez vous…

P.J. : C’est vrai ! J’ai toujours été comme ça. Dans le sport, il est important d’avoir cette volonté de gagner tous ensemble. Dans une équipe, vous avez beau avoir les meilleurs joueurs, s’ils se détestent, ça ne marche pas. Il faut nécessairement de la joie.

LAL : Outre la joie, quelles sont les valeurs du club de Dax ?

P.J. : Dans le rugby, les valeurs les plus importantes sont la confiance, le courage – car il en faut pour jouer au rugby -, la volonté et enfin l’amour de l’autre. Dans le rugby, on se bat pour l’autre on ne se bat pas que pour soi. Et j’en reviens forcément à cette valeur qui m’est chère : le tous ensemble. Tout ce que j’ai réussi dans ma vie, je l’ai fait en équipe. Tout seul, l’homme n’est rien.

LAL : Cet esprit d’équipe, j’imagine que vous aspirez à l’insuffler dès le centre de formation, aux jeunes joueurs.

P.J. : Nous avons la chance que Jeff Dubois chapeaute toute la partie sportive, depuis les plus petits jusqu’aux plus grands. Dans toutes les sections, nous avons des dirigeants de qualité, qui sont pour certains d’anciens joueurs que nous avons été chercher pour faire partie de l’encadrement. Nous avons aussi un centre de détection de jeunes joueurs. Cela nous permet d’aller voir tous les petits gosses qui jouent dans le département et même au-delà s’il le faut. On les retrouve ensuite au centre de formation et à l’école de rugby et, dès le plus jeune âge, on leur transmet l’histoire du club et ses valeurs. Nous avions un peu délaissé cet aspect, alors les gosses sont partis et on s’est retrouvé un peu démuni. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée, ceux qui sont partis il y a quelques années nous appellent pour revenir. C’est formidable ! C’est une grande fierté.

LAL : Cela fait 50 ans que vous œuvrez pour le club de Dax. Vous avez occupé plusieurs postes, mais avez-vous porté le maillot de l’US Dax en tant que joueur ?

P.J. : Je n’ai pas joué à Dax, mais à Tartas. Toutefois, après cinq ans en tant que dirigeant dans le club, on pouvait jouer avec les anciens de l’US Dax et c’est ce que j’ai fait. Vous savez, j’ai eu deux éducations : celle de mes parents et celle du club. Avec le rugby, j’ai eu la chance de rencontrer tous les plus grands présidents comme, par exemple, Pierre Albaladejo, René Dassé, Jean-Louis Bérot… Grâce à eux, j’ai rencontré des gens du monde entier et j’ai pu constater tout ce que le rugby peut apporter à l’homme. Aujourd’hui, si j’ai accepté de devenir président, ce n’est pas pour moi. Ce qui m’anime, c’est l’envie de voir le club redémarrer, avec autour de moi les anciens qui sont revenus et tous les jeunes que nous sommes en train de sélectionner et qui feront le club de demain. C’est cette transition que nous devons réussir.

LAL : Avez-vous enregistré une hausse du nombre d’abonnés ?

P. J. : On ne peut pas dire que c’est l’embellie, mais il y a de plus en plus de monde aux matchs. Pour le match face à Chambéry, 2 600 personnes avaient fait le déplacement. Je pense que dans ce domaine aussi notre travail porte ses fruits.