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Les nouveaux défis de la CCI, avec François Lafitte

Les feux repassent au vert pour l’économie landaise en 2021, mais certains secteurs restent notamment confrontés à des difficultés de recrutement, de formation ou au passage au numérique. Autant de points de vigilance sur lesquels la chambre de commerce et d’industrie se positionne pour accompagner les entreprises. Tour d’horizon avec François Lafitte, réélu pour cinq ans à la présidence de la chambre consulaire, le 25 novembre dernier.

François LAFITTE Président de la CCI des Landes

François LAFITTE Président de la CCI des Landes ©JPEG-STUDIOS

Les Annonces Landaises : Après la crise historique de 2020, liée à la pandémie de Covid-19, comment analysez-vous la situation actuelle des entreprises landaises ?

François Lafitte : La situation s’est nettement améliorée en 2021, après une année 2020 très complexe en raison des confinements successifs et des fermetures de commerces. Le rebond est concret mais, nous n’avons pas encore résolu les difficultés sur la disponibilité des matières premières et leur prix, tout comme les tensions sur l’emploi. La première préoccupation porte sur les marges des entreprises particulièrement mises à mal dans cette période. Dans le BTP notamment où les prix des matériaux ont terriblement augmenté, alors que les entreprises doivent respecter les engagements pris sur les marchés attribués avant la crise.

LAL : La plupart des secteurs d’activité évoquent des difficultés de recrutement. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

F.L. : S’il existe des tensions sur les recrutements alors que le taux de chômage reste conséquent, on peut s’interroger sur l’adéquation entre les personnes et les emplois proposés. Cette situation pose la question de la formation. Nous disposons de centres de formation d’apprentis ; d’importants investissements ont été réalisés en matière d’enseignement supérieur à Mont-de- Marsan et à Dax. Mais nous avons aussi un vrai sujet sur la formation continue des adultes, notamment pour les saisonniers qui souhaitent basculer vers des métiers plus réguliers.

Campus Landes qui s’est développé à Mont-de-Marsan, avec 350 étudiants, a pour vocation de doubler ses effectifs en s’implantant sur de nouveaux sites

LAL : La formation, au sein des écoles supérieures du design, de management et du numérique des Landes, et du CFA des industries du bois, pilotés par la CCI, figure dans les priorités de votre nouvelle mandature. Quelles sont vos ambitions en la matière ?

F. L. : Avec une population en constante augmentation, nous considérons effectivement comme une priorité d’accentuer l’enseignement supérieur dans les Landes pour que les jeunes puissent se former et travailler sur le territoire. L’objectif est de proposer de nouvelles thématiques et des parcours toujours plus adaptés aux besoins des entreprises locales. Le Campus Landes s’est développé à Mont-de-Marsan en atteignant un effectif de 350 étudiants dont 200 en contrat d’alternance. Avec Jean-Michel Van de Velde, président des écoles de Campus Landes, nous espérons doubler ces effectifs en s’implantant sur de nouveaux sites. Pour favoriser l’insertion professionnelle des étudiants, le campus a également pour mission de proposer leurs profils aux entreprises. Nous nouons aujourd’hui des partenariats permanents avec les services publics de l’emploi, Pôle emploi, la Mission locale et Cap emploi dont les directeurs sont depuis notre assemblée générale du 25 novembre dernier, conseillers délégués de la CCI.

LAL : Quels sont les enjeux sur la formation continue des adultes ?

F.L. : Le principal défi est de démultiplier les moyens. En 2020, qui était pourtant une année compliquée en raison des contraintes sanitaires, 1 341 personnes ont suivi une formation continue auprès de la CCI, dont 50 % en développement de compétences en langues étrangères et sur le numérique. En 2021, nous allons atteindre les 1 500 stagiaires. Nous avons lancé cette année notre filiale Coach’in Ccity qui propose un accompagnement sur le recrutement, les ressources humaines, le développement commercial. Elle déploie également une activité de coaching qui lui a permis d’accompagner dès 2021 une quarantaine de salariés vers le retour à l’emploi dans le cadre d’une convention avec Pôle emploi. Nous souhaitons désormais amplifier cette démarche inédite en Nouvelle-Aquitaine.

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LAL : Parmi les difficultés rencontrées en matière de recrutement, vous évoquez le logement des saisonniers. Quelles solutions pour y remédier et avec quels budgets ?

F.L. : Le logement constitue en effet un problème particulièrement prégnant pour les saisonniers. On l’a vécu l’été dernier dans l’agroalimentaire, la restauration et la distribution. Il existe pour la saison estivale des solutions d’hébergement dans des dortoirs qu’il faut coordonner, mais pas de structuration pour des locations sur plusieurs mois. Actuellement, nous travaillons sur l’inventaire des besoins réels et de l’offre existante en partenariat avec les différents acteurs que sont Action Logement, le Département, la préfecture. Il faudra inventer de nouveaux modèles. En Hollande ou en Belgique, par exemple, il existe des systèmes de bungalows ou de containers aménagés et modulables qui pourraient être proposés avec l’accord des chefs d’entreprise. En matière de financement, les entreprises versent 0,45 % de leur masse salariale au titre de la participation des employeurs à l’effort de construction (PEEC) à Action Logement qui a pour mission de créer des logements pour les salariés. Ce financement peut être affecté aux logements pour les saisonniers. Il faut simplement activer le système.

Le principal défi est de démultiplier les moyens en matière de formation continue

LA CCI VOTE POUR LA LGV

« La création de lignes nouvelles à grande vitesse performantes de Bordeaux à Dax et de Dax à la frontière espagnole permettra de désenclaver cet espace dynamique trop longtemps tenu à l’écart du maillage ferroviaire à grande vitesse européen, en le raccordant à l’Europe et aux autres grandes régions françaises. Ce projet est déterminant pour l’avenir économique de notre territoire ainsi que pour le soutien à la création de nouveaux emplois et de nos entreprises », déclare François Lafitte, président de la CCI des Landes, au lendemain du vote des 14 CCI néo-aquitaines en faveur du prolongement de la future LGV de Bordeaux vers Toulouse et Dax, le 9 décembre dernier. Les élus consulaires estiment en effet que ces nouvelles lignes, avec 15 fois moins d’émissions de CO2 que le transport routier et 35 fois moins que le transport aérien, libèreront de nouvelles capacités sur la voie ferroviaire existante. Elles doivent, selon eux, permettre de relancer le transport de fret et répondre aux besoins logistiques des acteurs économiques, d’optimiser le report modal des poids lourds de la route vers le rail, sur les grands axes européens nord-sud comme sur les liaisons transversales entre les façades atlantique et méditerranéenne. « Le Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO) s’affirme comme une solution efficace et décarbonée aux besoins de mobilité, martèle le président. Elle permettra de faire face à l’urgence climatique et aux défis environnementaux en respectant les engagements du Pacte vert européen et la stratégie de mobilité durable de l’Union européenne. »

LAL : Le niveau des salaires constitue-t-il, selon vous, un frein aux recrutements ?

F.L. : Dans un contexte de risque d’inflation, d’augmentation des prix, où l’énergie et les carburants deviennent des postes importants du budget des ménages, réduisant la disponibilité pour le reste, les salaires peuvent être ressentis comme insuffisants. La question de l’augmentation des salaires rejoint celle de la perception de la charge sociale sur le travail en France. Aujourd’hui, la charge patronale sur les bas salaires est de l’ordre de 4,5 à 5 %, avec les différentes exonérations mises en place par les gouvernements successifs. Une augmentation de 2 % des bas salaires induit une augmentation de 6 à 8 % des charges globales. Or, les chefs d’entreprise ne disposent pas d’une marge supplémentaire de 8 % pour l’assumer. Pour des salaires d’encadrement, de 2 à 3,5 fois le Smic, les charges patronales s’élèvent à 41 %, un taux nettement plus élevé que chez nos voisins européens. Cette situation pourrait amener des situations conflictuelles alors que les dirigeants ont besoin de tout le monde pour faire fonctionner l’entreprise.

Dans le commerce, il nous semble important de poursuivre la dynamique sur le numérique devenu incontournable

LAL : Vous avez défini l’accompagnement des entreprises à l’accès au numérique et à l’e-commerce comme autre objectif central de cette nouvelle mandature. Quels moyens comptez-vous mettre en œuvre ?

F.L. : L’idée est d’activer, au sein de la CCI, les clubs qui fonctionnent déjà. Le club commerce qui rassemble notamment toutes les associations de commerçants s’est réuni très régulièrement en visioconférence pendant la crise sanitaire. Face à l’inconfort de la situation, nous avons constaté que la demande avait évolué. Même si la CCI n’est que force de propositions, il nous semble important de poursuivre la dynamique sur le numérique devenu incontournable. En effet, l’e-commerce a connu en France, en 2020 une progression de 22 % de son activité, pendant que le commerce de détail régressait de 30 % et les grandes et moyennes surfaces (GMS) de 8 %. L’écart est énorme et la tendance va se poursuivre.

Le contact avec le client n’est plus abordé de la même manière qu’à l’époque où l’on attendait qu’il vienne dans la boutique. À mon sens, il faudra toujours conserver les boutiques physiques qui seront au minimum des showrooms où l’on expose et où l’on fait essayer les produits. Mais, en parallèle, le commerçant devra se doter d’une boutique virtuelle et d’un schéma numérique, alimentés en permanence pour entretenir le lien avec le consommateur en lui envoyant régulièrement des informations par mail, via le site internet, un blog, des SMS ou les réseaux sociaux. Autre volet sensible pour le commerce : la création de structures communes pour optimiser les achats et la logistique. Tout l’enjeu pour le club commerce est de convaincre les commerçants de relever ces nouveaux défis, de faire émerger des propositions et des personnalités qui ont envie d’être pilotes.

LAL : Des actions prévues en direction de l’industrie ?

F.L. : La CCI va remodeler son club industrie, désormais animé par Bernard Plaza, nouveau directeur de Safran Helicopter Engines à Tarnos, qui a une longue expérience industrielle en France et à l’international, en Afrique du Sud et en Chine. Il sera rejoint par les dirigeants de Biolandes, Gascogne, DRT, des industries agroalimentaires… Ce club a pour vocation de devenir le creuset dans lequel on va parler d’emploi, de formation, de l’usine du futur avec la Région ou du lien avec les administrations en termes de règlementations.

LAL : Où en sont les industries landaises sur la transition énergétique ?

F. L. : La transition énergétique est un sujet que les Landais ont abordé depuis longtemps et sur lequel le département est très en avance. Les Landes occupent déjà la deuxième place en France en matière de transition énergétique puisque les deux tiers des industriels du département sont déjà autonomes en matière d’énergie. Plusieurs usines landaises ne consomment pas d’électricité extérieure, grâce notamment à leurs investissements en chaudières biomasse, avec récupération des déchets du massif forestier compostés. Nous continuons également à avancer avec le projet de captation de carbone et de production d’hydrogène de Vermilion, à Parentis.

LAL : Restez-vous confiant pour les mois à venir en dépit du regain de l’épidémie de Covid-19 ?

F.L. : Les épidémiologistes disent eux-mêmes que ce virus est imprévisible. Dans les périodes difficiles les dirigeants d’entreprise restent responsables de beaucoup de choses, notamment de la sécurité et de la santé des salariés, et sont ceux qui prennent le plus de risques. Je voudrais saluer leur capacité à absorber cette psychologie du risque, à accepter d’être toujours à la manœuvre pour faire face. Je leur tire mon chapeau pour leur motivation, leur bienveillance et leur volonté de faire au mieux dans un complexe très compliqué. Néanmoins, je ne pense pas que l’on connaisse une période aussi difficile que celle que nous avons vécue l’année dernière. Nous restons vigilants et attentifs à l’évolution qui pourrait créer des soubresauts de l’activité s’il y avait de nouveau des commerces ou des espaces ludiques fermés, qui créeraient des contre-effets sur les entreprises associées. On n’est pas dans une situation de lisibilité et de sérénité. Aujourd’hui, nous sommes au cap Horn, où il y a beaucoup de vents changeants. Et comme le sens du vent change en permanence, il faut être un bon barreur pour ne pas perdre le cap.

Les deux tiers des industriels du département sont déjà autonomes en matière d’énergie

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