Couverture du journal du 28/11/2020 Consulter le journal

Les Landes : territoire flamenco

Alors que 2020 marque la célébration des 10 ans de l’inscription du flamenco au patrimoine immatériel par l’Unesco, le festival montois Arte flamenco, porté par le Département des Landes, propose désormais une programmation à l’année à Mont-de-Marsan, Saint-Pierre-du-Mont, Labouheyre, Soustons, Saint-VINCENT-de-Tyrosse et Dax. Le point, avec Rachel Durquety, vice-présidente du conseil départemental, déléguée à la culture, sur le sens de ce déploiement sur le territoire.

Patricia Guerrero © Sébastien Zambon

Rachel Durquety © Barge Tartas

Les Annonces Landaises : La 32e édition du festival Arte Flamenco fait partie des nombreuses manifestations annulées l’été dernier. Quelles sont les conséquences de la crise sanitaire sur l’ensemble des acteurs culturels locaux ?

Rachel Durquety : Certains évènements ont été annulés, d’autres maintenus. La majorité des organisateurs ont fait le choix de conserver les cachets pour les intermittents et les compagnies engagés. Les acteurs culturels sont en train de faire leurs comptes. Si la plupart des associations disposaient de la trésorerie pour tenir un an, c’est maintenant que la situation devient très compliquée. Il y a des personnes qui ont besoin de culture et des professionnels du spectacle qui ont besoin de vivre.

 

A. L. : La crise a-t-elle contribué à accélérer le déploiement de la programmation à l’année autour du flamenco dans les Landes ?

D. : Effectivement, nous avions depuis quelques années la volonté de proposer à l’année et sur l’ensemble du territoire des manifestations qui vont conduire progressivement les spectateurs vers le point d’orgue du festival. Une programmation avait été travaillée par les services du Département, l’annulation du festival cet été en raison de la crise sanitaire, nous a permis d’avancer plus rapidement.

une manière de fidéliser les publics et d’en capter des nouveaux

A. L. : Quels sont les objectifs de cette démarche ?

D. : Arte flamenco était jusqu’ici une histoire très montoise. Compte tenu de l’ampleur du territoire landais, nous avons fait le constat que, même si l’on met des bus à disposition, les habitants ne se déplacent pas pour voir un spectacle. L’idée est d’aller à la rencontre du public avec des propositions de qualité et d’affirmer que les Landes sont un territoire flamenco. Si la fréquentation est toujours au rendez-vous pour le festival, c’est aussi une manière de fidéliser les publics et d’en capter des nouveaux. Au-delà de chaque proposition, un travail sera réalisé localement, avec les nombreuses associations de pratique amateur notamment. Le nouveau dispositif « Aire libre » qui leur est destiné, avec des stages de pratique artistique encadrés par des professionnels, doit prendre de l’importance au fil des éditions, puisqu’il contribuera beaucoup au renouvellement des publics.

 

A. L. : Comment les acteurs culturels locaux se sont-ils approprié cette programmation ?

D. : Dès cette première édition, on sent bien une appétence du territoire à recevoir la programmation autour du flamenco, conjuguée avec des actions pour sensibiliser le public. Nous avons commencé par travailler avec nos partenaires fidèles : l’Éducation nationale, les antennes du conservatoire des Landes, à Mont-de-Marsan avec le caféMusic’, le musée Despiau-Wlérick où la magnifique exposition « Danse danse avec la Lune » croise les styles entre les sculptures issues du musée, des créations contemporaines en photographie et la création numérique flamenca. Sur le cycle cinéma, le partenariat s’est noué avec les acteurs du Grand-Dax avec qui nous proposions déjà des avant-premières, mais aussi de Labouheyre, Mont-de-Marsan et Soustons. Pour la diffusion des deux spectacles qui nous promettent aussi des beaux moments, nous nous sommes tournés très naturellement vers le Pôle à Saint-Pierre-du-Mont et la salle Roger-Hanin à Soustons qui inscrivent déjà la danse dans leur programmation. La volonté est bien sûr que ces partenariats se multiplient au fil des ans.

@DR

 

A. L. : Les Landes accueillent des artistes en résidence pour les accompagner dans leur création. Quel est le but de cette action ?

D. : Il y a deux types de résidences. En lien avec l’Éducation nationale, nous accueillons déjà des compagnies sur deux ans dans le cadre des résidences d’éducation artistique et culturelle qui irriguent le territoire. Cette année, la compagnie José Galán, continuera à préparer le spectacle « Con otro sentido » à Laglorieuse et Meilhan. Elle y conjuguera travail de création et représentations publiques pour les enfants des écoles. Cette compagnie à la démarche particulièrement culturelle et inclusive, en lien avec tous les publics, interviendra également à l’hôpital de jour de Mont-de-Marsan auprès des jeunes et enfants hospitalisés pour une initiation à la musique et à la danse flamenca. En coproduction avec le Théâtre de Gascogne, nous recevrons de nouveau Patricia Guerrero, pour son prochain spectacle que nous espérons très fort accueillir en ouverture du festival en 2022 en avant-première mondiale. Cette jeune chorégraphe va au-delà du flamenco avec un vrai propos féministe et engagé. L’aide à la création permet aussi de favoriser l’émergence d’artistes un peu atypiques et le renouvellement des formes et des esthétiques.

l’aide à la création permet de favoriser l’émergence d’artistes un peu atypiques et le renouvellement des formes et des esthétiques

A. L. : Des évolutions en perspective pour le festival ?

D. : En 2021, comme sur d’autres programmations sur le territoire, il y aura beaucoup de reconductions des artistes qui n’ont pas pu se produire cette année. Aujourd’hui, les directeurs du festival dépendent du Département. Pour faire vivre le flamenco différemment, de manière plus fluide sur le territoire, nous sommes en train de structurer une cellule flamenco. Un Établissement public à caractère administratif (EPA) est en cours de création dans lequel sont associés le Département, la Ville de Mont-de-Marsan et Mont-de-Marsan Agglo. Cette structure indépendante permettra à la fois de donner plus de souplesse à l’organisation des créations en coproduction et en résidence, et d’aller chercher du mécénat.

 

A. L. : Le Département envisage-t-il d’inviter d’autres manifestations qu’il soutient à adopter cette démarche de déploiement sur l’ensemble du territoire ?

R. D. : Nous n’avons pas de prescriptions à formuler. Des partenariats se nouent déjà entre les saisons culturelles et les opérateurs. Avec les grands frères comme Musicalarue, les liens qui existaient déjà sont aujourd’hui plus visibles. La culture est une compétence partagée, personne n’a plus la capacité à porter seul une manifestation, dès lors qu’elle prend de l’ampleur. Les partenariats sont nécessaires. En les nouant, les opérateurs ont pris conscience que ce n’était pas vendre son âme au diable.

personne n’a plus la capacité à porter seul une manifestation, dès lors qu’elle prend de l’ampleur

En raison de l’annonce du reconfinement, à partir du 30 octobre 2020, les premiers rendez-vous de la programmation à l’année sont annulés. Nouvelles dates sur arteflamenco.landes.fr

 


8 MILLIONS D’EUROS PAR AN POUR LA CULTURE ET LE PATRIMOINE

Le conseil départemental des Landes vote chaque année un budget de 8 millions d’euros consacré à la culture et au patrimoine. « Un budget relativement généreux qui ne s’est pas étiolé au fil du temps, avec une volonté d’aller au plus près des publics, et d’accompagner les opérateurs sur leurs particularités partout dans les Landes », commente Rachel Durquety.