Couverture du journal du 18/09/2021 Consulter le journal

Industrie du luxe : La Maroquinerie du Pays d’Orthe recrute

Acteur majeur de la maroquinerie d’excellence, le discret groupe Tolomei compte 10 manufactures en France. La dernière a ouvert en début d’année dans les Landes.

Façonnier sous-traitant pour de grandes marques françaises du luxe, le groupe Tolomei, qui a racheté le groupe Le Tanneur en 2017, étend ses activités dans les Landes. Déjà à la tête de neuf manufactures en France, il va implanter un nouvel atelier de production à Hastingues. La nouvelle usine devrait ouvrir début 2023 dans la zone d’activité Sud-Landes de la commune. En attendant, la Maroquinerie du Pays d’Orthe a pris ses quartiers à Saint- Lon-les-Mines, dans les locaux du Moulin de Bagat. Depuis janvier et pour deux ans, l’ex-cabaret s’est métamorphosé en atelier de transformation du cuir.

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Déjà implanté à Briscous (Pyrénées-Atlantiques) avec Épidaure 64, Tolomei souhaitait développer ses activités dans le Sud-Ouest. « Nous cherchions un terrain de 30 000 m2 pouvant accueillir une nouvelle usine, indique Jérôme Vaidie, directeur d’Épidaure 64 et de la Maroquinerie du Pays d’Orthe. Nous souhaitions un bassin d’emploi complémentaire à celui sur lequel nous travaillons déjà et nous regardions du côté des Landes et du Béarn. Finalement, la meilleure proposition est venue de la communauté de communes du Pays d’Orthe et Arrigans. » Les élus du territoire se sont fortement investis dans la recherche de bâtiments et de terrains, ainsi que dans la collaboration avec les acteurs locaux pour l’emploi (Pôle emploi, missions locales, mairies…). « Ce véritable accompagnement nous a convaincus de choisir les Landes pour implanter la nouvelle usine. »

La Maroquinerie du Pays d’Orthe a pris ses quartiers provisoires à Saint-Lon-les-Mines, dans les locaux du Moulin de Bagat

300 embauches sur cinq ans

Les plans du futur site sont toujours à la phase d’ébauche. Mais on sait d’ores et déjà que d’ici cinq ans, la manufacture d’Hastingues accueillera 300 salariés. Pour trouver cette main d’œuvre, le recrutement d’artisans maroquiniers a commencé depuis janvier.

Pour postuler, pas besoin d’avoir une expérience dans la maroquinerie

Pour postuler, pas besoin d’avoir une expérience dans la maroquinerie. L’entreprise se charge de former les nouvelles recrues. Il est cependant conseillé de faire preuve de dextérité, de concentration, de rigueur et de précision pour espérer intégrer la filiale de Tolomei.

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Le groupe Tolomei en chiffres

Créé en 2004 dans la Sarthe, le groupe Tolomei est aujourd’hui à la tête de 10 manufactures installées dans quatre régions de France : Haute-Corrèze, Sarthe, Sud-Ouest et Drôme. Toutes travaillent en tant qu’ateliers indépendants au service de grandes maisons de luxe françaises. Tolomei emploie 1 650 salariés dont 346 embauchés sur la seule année 2019. Le groupe délivre 20 sessions de formation par an pour assurer la transmission du savoir-faire et des gestes de la maroquinerie d’excellence.

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Les agences Pôle emploi de Bayonne, Dax, Orthez, Boucau et Saint-Vincent-de-Tyrosse organisent régulièrement des réunions d’information collectives pour présenter le métier, l’entreprise et les postes accessibles. Les personnes intéressées sont invitées à passer des tests MRS (méthode de recrutement par simulation). « Ils ne tiennent pas compte de l’expérience ni des qualifications, mais uniquement des aptitudes du candidat », précise Jérôme Vaidie. À l’issue de trois heures d’épreuves pratiques, s’ils ont obtenu la note seuil, les postulants sont conviés à un entretien de motivation. « Nous vérifions le savoir-être et le savoir travailler ensemble des personnes, car nous attachons beaucoup d’importance à ce qu’il y ait une ambiance de travail saine dans nos ateliers. »

Les candidats ont accès à une formation de trois mois, financée par Pôle emploi

Si tous les voyants sont au vert, les candidats ont accès à une formation de trois mois (400 heures), financée par Pôle emploi. Au sein de l’atelier-relais de Saint-Lon-les-Mines, encadrés par des salariés expérimentés d’Épidaure 64, ils apprennent à apprivoiser la matière, les outils, les machines et les savoir-faire. Deux sessions de formation, accueillant 12 personnes chacune, ont déjà eu lieu depuis le début de l’année. Une troisième est en cours et une autre aura lieu en septembre-octobre.

Dans 80 % à 95 % des cas, les candidats parviennent à atteindre l’attendu qualité requis pour intégrer l’entreprise. Ils se voient alors offrir un CDD d’un an et un salaire brut mensuel de 1 660 euros. Et si dans ce laps de temps, ils arrivent à parfaire leur vitesse d’exécution, l’emploi se transforme en CDI.

Un métier mixte !

« De facto, nous employons plus de femmes que d’hommes, mais ce n’est pas par choix, assure Jérôme Vaidie, directeur d’Épidaure 64 et de la Maroquinerie du Pays d’Orthe. C’est seulement que beaucoup plus de femmes que d’hommes se présentent chez nous. Nous utilisons des machines à piquer, du fil, des aiguilles… Est-ce que cela renvoie à des codes plus féminins ?

En tout cas, il n’y a aucune indication à ce que le métier soit pratiqué par un genre plus qu’un autre, et nous acceptons bien sûr toutes les candidatures ! D’ailleurs, historiquement, les premiers artisans maroquiniers étaient des hommes. »

Des opportunités d’emploi à Briscous également

Jérome VAIDIE, Directeur d’Épidaure 64 et de la Maroquinerie du Pays d’Orthe © D. R.

En plus des 300 emplois landais, Tolomei va également créer une centaine de postes supplémentaires d’ici trois ans sur le site de Briscous. La manufacture Épidaure 64 est née en 2011, à la suite de la reprise de l’atelier de fabrication de chaussures Luxat.

« À l’époque, le groupe Tolomei a fait le choix de conserver la quarantaine de salariés en poste et de les accompagner dans l’acquisition de nouvelles techniques propres à la maroquinerie d’excellence. » Dix ans plus tard, Épidaure 64 est devenue un acteur majeur du territoire basque en employant 140 salariés. L’agrandissement des bâtiments en cours permettra d’en accueillir 250 à terme.

Des emplois pérennes au service de grandes maisons de luxe françaises

« Nos clients nous donnent l’opportunité de créer de l’emploi dans le Sud-Ouest sur des métiers nobles, se réjouit Jérôme Vaidie. Ce sont des emplois pérennes au service de grandes maisons de luxe françaises qui veulent conserver le savoir-faire en France. Nous en sommes d’autant plus honorés que ces embauches interviennent dans une zone qui n’a pas une activité industrielle très forte. Cela offre des perspectives à de nombreux demandeurs d’emplois et personnes en reconversion professionnelle. »

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2020, La Maroquinerie sauvée par la Chine

L’industrie de la maroquinerie française n’a pas échappé à l’impact de la crise sanitaire avec une baisse d’activité de 15 % en 2020. Mais, « la demande étrangère pour les produits de luxe français est toujours très forte », observe le Conseil national du cuir qui regroupe 21 fédérations ou syndicats professionnels de l’ensemble de la filière. Au 3e rang mondial des exportateurs (12,3 % des exportations mondiales), la maroquinerie française a largement profité, en 2020, du rebond asiatique, avec un développement de 80 % de ses ventes en Chine (contre + 35 % en 2019). Celle-ci devient le quatrième client de la France (derrière Hong-Kong, les États-Unis et Singapour) alors qu’elle n’occupait que le 7e rang en 2019. En 10 ans, le secteur a ainsi multiplié par 10 ses exportations vers la Chine. Globalement les ventes françaises en Asie (52 % des exportations) ont progressé de 6 %, en 2020. Et si elles ont en revanche chuté de 23 % au sein de l’Union Européenne (28 % des exportations), la balance commerciale reste largement excédentaire puisque le montant des exportations (7,9 milliards d’euros) est presque le triple de celui des importations (2,9 milliards d’euros).

N. B.