Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

La Dune du cinéma : à vous de jouer !

À Capbreton, amateurs de cinémas, comédiens en herbe et futurs acteurs se retrouvent autour d’Elsa Michel pour découvrir et apprendre l’art et la manière de jouer face à une caméra.

La Dune du cinéma

© La Dune du cinéma

C’est une histoire de regard, d’attitude et d’émotions. Face à la caméra, le corps bouge, parle, raconte. Le temps d’une scène, l’acteur s’empare d’un texte, d’un personnage. Il se glisse dans la peau d’un(e) autre, avec l’envie farouche d’embarquer le spectateur, de le transporter ailleurs. C’est cet art du jeu qu’Elsa Michel transmet avec passion aux élèves de son école d’actorat créée en 2022 et baptisée La Dune du cinéma.

UNE ÉVIDENCE

Mélange entre la formation classique de l’art dramatique et la méthode de l’Actors Studio, l’approche d’Elsa Michel mêle également des outils pédagogiques comme la PNL (programmation neuro-linguistique), le travail sur l’estime de soi ainsi que l’exploration et la maîtrise des émotions. Cette approche qu’elle souhaite « accessible et bienveillante », Elsa Michel l’a développée grâce à un parcours où le théâtre a rapidement occupé une place prépondérante : bac théâtre, formation universitaire en histoire de l’art et Cours Florent. Actrice, réalisatrice, productrice, elle a joué de nombreux rôles avant d’endosser celui d’enseignante. « Quand je suis arrivée dans la région en septembre 2021, j’ai d’abord travaillé comme assistante de direction, mais j’ai rapidement eu envie de renouer avec l’acting, raconte la jeune femme native des Vosges. Il y avait des cours de théâtre, d’impro mais, moi, ce qui me plaît vraiment, c’est le cinéma.

L’idée de créer sa propre école a fait son chemin, pour finir par s’imposer comme une évidence. « J’ai signé une rupture conventionnelle après seulement six mois en poste, se souvient-elle. Ensuite, il a fallu aller vite pour que mon projet devienne réalité. Il y a des moments comme ça où la vie t’oblige, où tu te retrouves sans filet. Mais, malgré la pression, je ne me suis jamais sentie aussi confiante. » Elsa Michel enseigne aujourd’hui à près de 50 élèves (deux groupes d’adolescents, deux groupes d’adultes) l’art du jeu devant une caméra. Une discipline différente du théâtre. « Sur une scène, tu n’as pas la même appréhension physique, scénique, scénographique, souligne-t-elle. Tu ne travailles pas avec ta voix de la même manière. Tu ne te déplaces pas de la même façon. L’appréhension du texte et d’un personnage est différente. Au cinéma, un petit mouvement de sourcil va se voir. Par ailleurs, on travaille par petites scènes. Sans suivre la narration de manière linéaire. Cela demande un exercice mental très différent et une certaine souplesse. »

La Dune du cinéma

© La Dune du cinéma

FACE CAMÉRA

Pour les élèves, l’année est scindée en deux temps. De septembre à décembre, chacun travaille une scène de son choix, tirée d’un film ou d’une série, qui fait l’objet d’une captation à la fin de l’année. Ensuite, de janvier à mai, Elsa Michel choisit elle-même plusieurs scènes d’un film ou d’une série. En parallèle de cet exercice imposé, les élèves, par groupe de trois, travaillent une scène de leur choix sur un thème prédéfini. « L’an passé, j’avais choisi Un air de famille de Cédric Klapisch et cette année nous allons travailler sur la série Kaamelott d’Alexandre Astier, dévoile la fondatrice de la Dune du cinéma. Pour l’atelier en petits groupes, ils doivent se mettre d’accord sur une scène de 5 minutes qui se déroule dans une cuisine. » Filmés et montés, ces deux exercices seront projetés à la fin du printemps, au cinéma Le Rio de Capbreton. Un moment important pour les élèves qui montrent alors le fruit de leur travail au public.

DIVERSIFICATION

Aujourd’hui, si elle se dit « heureuse de la manière dont la Dune du cinéma grandit », Elsa Michel ne se repose pas sur ses lauriers. Elle continue de semer pour développer son activité. Cet été, elle va s’associer avec une professeure de yoga pour proposer un stage yoga-ciné sur une semaine. L’objectif : travailler sur les énergies, la relaxation, le renforcement des muscles stabilisateurs. « Quand on joue, le corps doit être complètement investi, engagé, précise Elsa Michel. Ce stage sera aussi l’occasion de nous réconcilier avec la souplesse du corps. Si tu n’as pas la souplesse du corps, tu n’auras pas la souplesse de l’esprit. Or la clé pour être un bon acteur c’est de savoir s’adapter et cela demande de la souplesse à tous les niveaux. »

À la rentrée, en plus de cours loisirs, une année de formation professionnalisante sera proposée aux adultes. Il s’agira d’une formule condensée avec un jour de cours par semaine. Le reste du temps, les élèves seront encouragés à participer à des courts-métrages, passer des castings, faire de la figuration. « C’est un métier de réseau, il est donc important de rencontrer des gens, prévient Elsa Michel. Et puis, il faut se jeter dans l’arène, sinon ça ne sert à rien ». Se jeter dans l’arène, c’est précisément ce que la fondatrice de la Dune du cinéma a fait en créant son école. Avec la conviction que « le cinéma a le pouvoir de sublimer l’ordinaire » et qu’il y a en chacun de nous « une histoire passionnante encore inconnue, un personnage fascinant jamais croisé ».

ÉVACUER LES PEURS AVEC PANACHE

La communication

Elsa Michel : J’ai un site internet et des réseaux sociaux (Instagram, Facebook, LinkedIn). Même si ce n’est pas mon truc, j’ai conscience qu’il ne faut pas sous-estimer la communication. Quand on est ok avec le concept, quand on a le bon bagage en termes de formation, quand on sent qu’on est à sa place, ensuite il faut rayonner. La communication ne doit pas être le parent pauvre de l’entrepreneuriat.

Les difficultés

E. M. : Entreprendre demande une réelle force mentale. Notamment quand on a des assauts de doutes. Ça finit par passer, mais il y a des moments plus compliqués que d’autres, où on se dit : « Mais qu’est-ce que je fais ? ». Il faut apprendre à gérer ces moments.

L’accompagnement

E. M. : Au tout début de mon projet, je me suis fait accompagner par VK consulting à Capbreton, pour monter le concept et poser les premiers jalons. Ensuite, j’ai basculé au sein de la couveuse BGE Tec Ge Coop à Dax, avec Fabienne Novion. Les deux structures ont été des interlocuteurs pertinents.

Un conseil

E. M. : J’ai très peu d’entrepreneurs dans mon entourage et mon premier conseil serait de trouver quelqu’un qui a déjà fait ça et dont le parcours vous inspire. L’idée est de trouver un mentor car l’entrepreneuriat ne peut pas être une aventure qui se vit seul. On n’est pas bon quand on est tout seul. Mon deuxième conseil concerne le « mindset », l’état d’esprit. Il faut être positif. Et ne pas avoir peur. La peur paralyse et entraîne les mauvais choix. Les peurs, il faut les traquer, les débusquer et les évacuer avec panache.