Couverture du journal du 21/05/2022 Consulter le journal

Interview avec Patrice Lartigue, président de la Chambre de métiers et de l’artisanat des Landes : « Artisans essentiels »

Formation, mobilité et logement des apprentis, transmission des entreprises et proximité… Patrice Lartigue, le nouveau président de la Chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) des Landes, dessine les grandes orientations de son mandat « au service des artisans ».

Patrice LARTIGUE Président de la chambre de métiers et de l’artisanat des Landes

Patrice LARTIGUE Président de la chambre de métiers et de l’artisanat des Landes © Jpeg Studios

Les Annonces Landaises : Qu’est-ce qui motive vos différents engagements auprès des artisans, notamment au sein de la chambre de métiers et de l’artisanat des Landes ?

Patrice LARTIGUE : Apporter mes services aux artisans, dans la proximité, fait partie de mon ADN. J’ai confiance en l’artisanat, première entreprise de France, qui capitalise sur son savoir-faire, l’envie de créer et de transmettre. Nos métiers touchent, en effet, au quotidien de nombreuses personnes. Dès le début de la crise sanitaire, la population et les pouvoirs publics ont pu constater combien les artisans comptent dans la vie économique et sociale de notre pays, répondant aux attentes et aux besoins de leurs clients par des produits et des services de qualité. Ils se sont révélés plus que jamais essentiels.

Nos métiers sont, depuis quelques années, mieux valorisés

LAL : Après cette crise justement, quelle est la situation de l’artisanat landais ?

P.L. : Si certains secteurs, comme la restauration et les métiers des services, ont beaucoup souffert des confinements successifs et des contraintes sanitaires, l’année 2021 a globalement été marquée par un retour à l’équilibre. En effet, selon une enquête récente menée au niveau de la région Nouvelle-Aquitaine, 60 % des entreprises artisanales déclarent avoir connu une augmentation de leur chiffre d’affaires en 2021, après une année 2020 où elles étaient également 60 % à avoir connu une forte diminution de leur activité. Les artisans semblent plutôt  confiants  dans le rebond économique en 2022, puisque 69 % d’entre eux envisagent une augmentation de leur chiffre d’affaires. Ce taux augmente même à 79 % pour les artisans ayant bénéficié de l’accompagnement de la chambre de métiers et de l’artisanat. Le Prêt garanti par l’État (PGE) a notamment permis de maintenir les entreprises à flot, en particulier pour les activités saisonnières ou celles qui ont été perturbées par les confinements. Pour éviter l’asphyxie, il faut désormais laisser le temps à certains artisans de reconstituer leur trésorerie. C’est pourquoi CMA France a demandé à l’État de porter la durée maximale d’amortissement de cinq à 10 ans pour les Prêts garantis par l’État, en maintenant des taux réduits et sans frais.

Landes, fleuriste, artisanat

© Shutterstock

LAL : Quelles sont les problématiques identifiées sur le territoire et que mettez-vous en œuvre pour y répondre ?

P.L. : Notre centre de formation aux métiers de l’artisanat, à Mont-de-Marsan, vient de dépasser les 1 000 apprenants, soit près de 150 apprentis supplémentaires en deux ans, dans les filières mécanique, alimentation,   commerce, vente, décoration, beauté. Nous pouvons nous réjouir de l’attractivité de nos métiers, cependant, des jeunes Landais se heurtent encore à des problématiques de transport et d’hébergement. Si notre centre de formation propose un accompagnement à la recherche de logement, des solutions pour passer le permis de conduire, pour trouver une voiture ou du covoiturage, afin d’éviter que nos apprentis ne se démotivent, nous devons encore amplifier notre offre de services, en partenariat avec les collectivités locales, notamment. Cette démarche permettra également de favoriser les recrutements.

LAL : Quelles sont, selon vous, les raisons du regain d’intérêt pour les formations aux métiers de l’artisanat ?

P.L. : D’abord, l’apprentissage n’est plus considéré comme une « voie de garage ». Il est désormais reconnu comme une voie d’excellence. Nos métiers sont, depuis quelques années, mieux valorisés. La possibilité d’une entrée permanente sur l’année dans les centres de formation qui proposent des cursus du CAP au bac + 2, a permis de toucher un public plus large. Les aides exceptionnelles accordées aux entreprises ont aussi contribué à promouvoir l’apprentissage. CMA France souhaite d’ailleurs que ces primes (de 5 000 euros pour les apprentis mineurs et de 8 000 euros pour les majeurs), qui se terminent fin juin 2022, soient prolongées. D’autant plus que c’est à cette période que se signent les nouveaux contrats. N’oublions pas que l’apprentissage c’est transmettre aux jeunes un savoir-faire, l’amour du métier et l’envie de travailler, c’est un passage de témoin pour perpétuer les traditions artisanales. Et quand l’élève dépasse le maître, notre travail est particulièrement réussi.

La possibilité d’une entrée permanente sur l’année dans les centres de formation a permis de toucher un public plus large

LAL : Retrouve-t-on le même regain d’intérêt dans la reprise d’entreprise ?

P.L. : Nous devons tabler sur cette nouvelle image de l’artisanat et donner leur chance aux jeunes qui ont moins d’appréhensions à devenir chefs d’entreprise. Le problème de la transmission/reprise d’entreprise, aujourd’hui, vient du fait que l’artisan n’y pense qu’à la veille de la retraite, alors que cette transmission devrait être anticipée, préparée, entre 50 et 55 ans. Une personne dédiée à la chambre de métiers et de l’artisanat accompagne les artisans sur le diagnostic de leur entreprise, sur les modalités de cession… Le salon « Entreprendre dans les Landes » que nous organisons avec la chambre de commerce et d’industrie, du 21 au 25 mars prochains, permet également de   communiquer sur la transmission. Il reste néanmoins un important travail de sensibilisation à réaliser. L’enjeu est d’autant plus important dans les villages où l’éventuelle disparition d’artisans/ commerçants impacte toute une économie.

ARTISANS LANDAIS EN CHIFFRES

13 582 entreprises artisanales immatriculées en 2021, dont 6 750 micro-entreprises

14 242 dirigeants, avec un âge moyen de 46,3 ans

244 conjoints collaborateurs

14 467 salariés

2 279 nouvelles entreprises créées en 2021 pour 1 191 radiations

4 secteurs d’activité : bâtiment, services, production et alimentation

Source : Répertoire des métiers au 31 décembre 2021

LAL : Comment les artisans abordent-ils la transition numérique ?

P.L. : Le numérique se développe bien dans les entreprises artisanales. La CMA des Landes propose des formations adaptées aux besoins des artisans, et les accompagne en particulier sur les diagnostics numériques et sur le montage de dossiers d’aides (chèques numériques, chèques e-commerce et autres aides à l’investissement). La CMA 40 accompagne  aussi les artisans pour les réponses aux appels d’offres dématérialisés, dont les procédures sont de plus en plus complexes. À titre d’exemple, sur l ’Agglomération de Mont-de-Marsan, depuis quatre ans, les résidents des Ehpad et les écoliers ne mangent plus de pain industriel, mais les productions des boulangers locaux qui se sont regroupés, avec l’appui de la CMA des Landes, pour répondre à un appel d’offres. Un exemple qui pourrait être dupliqué dans d’autres secteurs.

Les dirigeants devraient anticiper, préparer la transmission de leur entreprise entre 50 et 55 ans

LAL : Depuis la régionalisation des CMA au 1er janvier 2021, parvenez-vous à faire entendre la voix des artisans landais au sein de la structure régionale ?

P.L. : Notre chambre consulaire est en effet passée sous gouvernance régionale au 1er janvier 2021, les chambres départementales devenant des délégations territoriales. Les présidents et vice-présidents des CMA des 12 départements siègent désormais au sein du bureau régional et définissent collégialement les grandes orientations. Nous conservons toutefois notre identité et nos spécificités départementales. Cette fusion permet à la chambre de métiers et de l’artisanat des Landes, ainsi qu’aux autres directions territoriales de Nouvelle-Aquitaine, d’être libérées d’une partie des contraintes de gestion administrative et financière pour accroître le travail de proximité avec les artisans landais et les collectivités locales.

CMA DES LANDES LA DÉLÉGATION CADRE

Autour de Patrice Lartigue, président de la CMA des Landes, une délégation cadre remplace l’ancien bureau et est chargée de piloter les commissions territoriales.

  1. David Barbut

Vice-président de la chambre de métiers et de l’artisanat des Landes, serrurier métallier, à Geloux (Ets Mathio), également président de la Fédération nationale des artisans ruraux 40 (FNAR) et président de la section métallerie à Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment 40 (CAPEB).

  1. Marie-Carmen Lavielle

Présidente de la Fédération des bouchers des Landes et de Nouvelle-Aquitaine.

  1. Guylaine Gaüzère

Coiffeuse et spécialiste du relooking, à Mont-de-Marsan.

  1. Jean-Luc Tachon

Menuisier à Bascons, président de la CAPEB 40.

  1. Nathalie Déjean

Céramiste à Dax et présidente de la Confédération nationale de l’artisanat des métiers de services 40 (CNAMS).

  1. Victor Pereira

Plâtrier plaquiste à Saint-Martin-d’Oney.

  1. Jean Dulamon

Garagiste à Tarnos, président des Maîtres artisans des Landes et président du Conseil national des professions de l’automobile (CNPA) Nouvelle-Aquitaine.

LAL : Comment envisagez-vous d’amplifier cette proximité ?

P.L. : Pour mieux accompagner les initiatives locales, nous avons déjà signé une convention de partenariat avec les communautés de communes et d’agglomération landaises, dans lesquelles des collaborateurs de la CMA tiennent des permanences mensuelles. Une collaboration accrue entre les services respectifs de la chambre de métiers et de l’artisanat des Landes et des communautés de communes et d’agglomération permet de mieux répondre à certaines problématiques : anticiper les besoins des artisans du territoire, aménager et peupler leurs nouvelles zones d’activités, revitaliser leurs centres-bourgs…

Landes, artisanat, mécanicien

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Pour asseoir cette proximité, nous venons de constituer trois commissions territoriales qui maillent mieux le département : Adour Landes Océanes, Marsan Chalosse Tursan et Nord des Landes. Composées de huit à 15 élus et membres associés de la CMA des Landes, issus de chaque secteur d’activité, elles auront pour mission d’assurer le suivi des conventions, d’aller à la rencontre des artisans et élus locaux pour travailler ensemble sur des thématiques propres aux différents territoires.

LAL : Les dernières élections des chambres consulaires ont été marquées par une faible participation. Quels enseignements en tirez-vous ?

P.L. : Le taux de participation de 11 % en 2021 est en baisse par rapport aux précédentes élections où il atteignait 34 %. Au faible investissement des électeurs que l’on constate également sur les scrutins locaux, est venu s’ajouter un problème de distribution du matériel de vote. J’en tire l’enseignement qu’il faut continuer à valoriser les actions de la chambre de métiers et de l’artisanat des Landes, via notre magazine et les réseaux sociaux où nous sommes très présents. Nous devons communiquer plus encore sur nos réalisations, sur nos formations, multiplier événements pour accompagner les pépites artisanales landaises.

 

Patrice LARTIGUE Président de la chambre de métiers et de l’artisanat des Landes

Patrice LARTIGUE
Président de la chambre de métiers et de l’artisanat des Landes © Jpeg Studios

PATRICE LARTIGUE BIO EXPRESS

À 56 ans, Patrice Lartigue, boulanger-pâtissier   installé à Créon-d’Armagnac depuis 1990, et à Barbotan-les-Thermes (Gers) depuis 2008, a été élu pour cinq ans à la présidence de la chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) des Landes en novembre dernier, après 18 années au sein de la chambre consulaire, comme membre associé d’abord, puis comme membre du conseil d’administration et secrétaire. Pour ce nouveau mandat, il est également secrétaire, au sein du bureau de la CMA Nouvelle-Aquitaine. Il est aussi membre de la commission formation de CMA France. « Des fonctions qui permettent de porter la voix des artisans landais », souligne celui qui est également à la tête de la Fédération départementale des boulangers depuis 2016 et de la Confédération générale de l’alimentation en détail (CGAD) des Landes depuis 2018.