Couverture du journal du 24/09/2022 Consulter le journal

Imprimeries landaises en proximité

Concurrence numérique, prix du papier qui explose... Les imprimeurs landais font face en se modernisant constamment, au plus près des besoins des clients.

Imprimerie

© JPEG Studios

Quand Didier Grégoire a créé l’imprimerie Gutenberg à Dax en 1989, il y avait une douzaine d’enseignes dédiées à l’activité dans la cité thermale et alentours. Aujourd’hui, il en reste deux sur l’agglomération. Mais cette évolution inexorable n’a pas fait peur à son fils, Bastien, qui a repris, voilà huit ans, l’entreprise familiale dont le nom rappelle l’inventeur des caractères en métal mobiles, il y a plus de cinq siècles.

Du service, de la rapidité, du conseil, pour un produit entièrement sur mesure

Les imprimeries qui ont résisté sont celles qui ont pu investir et su prendre le tournant du numérique dans ce secteur en pleine mutation. « Le métier a beaucoup évolué, les gens font moins de volume, mais plus de qualitatif, plus ciblé, comme avec du publipostage nominatif », explique Bastien Grégoire qui est entré dans l’entreprise pour terminer ses études en marketing-communication. Rapidement, le jeune imprimeur qui a réussi à convaincre sa sœur Charline, ex-assistance sociale, de l’accompagner dans l’aventure familiale, a notamment attaqué le marché des étiquettes adhésives, « une diversification que mon père avait en tête depuis longtemps ».

CONSEIL, SOUPLESSE ET RÉACTIVITÉ

« Ces dernières années, nous avons beaucoup investi, il voulait nous transmettre un outil de travail performant, au top », souligne le patron dont l’imprimerie tourne, grâce à six personnes, entre 600 000 et 700 000 euros de chiffre d’affaires annuel, hors Covid où « l’arrêt de l’événementiel (lotos, concerts…) nous a plombés ». Le parc de machines a été largement renouvelé, avec notamment un investissement de 400 000 euros en 2018 pour la presse offset de dernière génération avec ajout manuel des couleurs (pour les gros volumes), et l’arrivée de nouvelles presses numériques en location mensuelle vu le coût de 200 000 euros par unité à l’achat. Au-delà des flyers, cartes de visite, brochures en tout genre, auto-édition et affiches grand format pour abribus, beaucoup de carnets en duplicata sont ici commandés par des professionnels très variés, de l’entreprise de BTP au producteur de foie gras pour facturer sur les marchés : « Plus grand monde ne le fait, et les clients apprécient ce service », fait valoir Bastien Grégoire.

Bastien, Charline et Didier Grégoire dans l'aventure familiale de l'imprimerie Gutenberg, à Dax

Bastien, Charline et Didier Grégoire dans l’aventure familiale de l’imprimerie Gutenberg, à Dax © JPEG Studios

Pas de commande en direct sur internet ici : « On se retrouverait face à de grosses structures qui seront toujours mieux référencées que nous, avec parfois de meilleurs prix. Nous, nous misons vraiment sur le service en proximité, la souplesse et la réactivité. Quand on vient chez nous, c’est du service, de la rapidité, du conseil, pour un produit entièrement sur mesure avec nos graphistes. »

EN CHIFFRES

49 % des imprimeurs en France sont actifs depuis plus de 20 ans dans leur secteur d’activité.

(Source : Banque de France)

Même exigence chez Castay à Aire-sur-l’Adour, qui fête, cette année, les 100 ans de sa création et a su évoluer au gré des évolutions techniques. Avec une équipe de 12 personnes dont trois graphistes et une société qui rayonne des Landes au Gers et aux Pyrénées-Atlantiques, « nous travaillons cette proximité au quotidien, que ce soit au niveau du conseil, de la conception, de l’impression ou du respect des délais », souligne Philippe Castay, petit-fils de Roger le fondateur, et fils de Pierre qui fut sacré Meilleur ouvrier de France pour son savoir-faire d’imprimeur. Il en est convaincu : « Le papier a de l’avenir. Certains ont voulu l’enterrer trop vite, mais, souvent, il touche plus facilement les gens. »

60 % D’AUGMENTATION SUR CERTAINS PAPIERS

Pour Bastien Grégoire aussi, le papier reste et restera complémentaire du numérique : « Ça rend fou de voir qu’on les oppose, l’un a besoin de l’autre. Le print offre beaucoup d’avantages, et c’est peut-être un meilleur support de concentration et de mémorisation que les écrans où on est sursollicité », dit-il, assez serein pour la suite, d’autant que la filière fait de gros efforts en matière de développement durable (label Imprim’Vert, papiers recyclés, encres végétales, traitement des déchets, etc.).

Le papier a de l’avenir. Certains ont voulu l’enterrer trop vite, mais, souvent, il touche plus facilement les gens

Reste que le prix du papier complique aujourd’hui la donne, entre manque de pâte à papier toujours plus orientée vers le cartonnage du e-commerce, grève monstre chez le géant mondial du papier UPM en Finlande, et matières premières en Russie dans le contexte de guerre en Ukraine. « Certaines références ont subi, en quelques mois, 60 % d’augmentation, d’autres ont doublé, comme les papiers couchés brillants 135 grammes ou le 90 grammes offset classique. Et en plus d’être hors de prix, il commence à y avoir des problèmes de rupture », selon le Dacquois. Des livraisons, normalement effectuées en 48 heures, demandent parfois jusqu’à trois mois d’attente. « Pour l’instant, comme on a la chance d’être petit [une quarantaine de tonnes de papier à l’année, ndlr], on se débrouille en faisant glisser une palette par-ci, une autre par-là », affirme Bastien Grégoire qui ne peut pas répercuter en totalité ces hausses aux clients : « On mange la marge, mais les charges fixes restent les mêmes, c’est un équilibre assez tendu, on jongle. »

Imprimerie

© JPEG Studios

S’ADAPTER À LA NOUVELLE DONNE

Chez Castay où on passe 200 tonnes de papier chaque année, « on commence à se retrouver confronté à des problèmes d’approvisionnement. Il faut arriver à stocker, mais il y a déjà des pénuries sur certains produits, comme des formats de papiers couchés. Les clients le comprennent plutôt pas trop mal ».

Dans ce contexte global, alors qu’un imprimeur landais, Sud-Ouest Services à Saint-Geours- de-Maremne, vient d’être placé en redressement judiciaire et que d’autres verront bientôt leur dirigeant partir à la retraite, « l’avenir passera par des regroupements d’entreprises », pense Philippe Castay qui est déjà intégré au réseau national Impriclub offrant force commerciale et achats groupés.

De son côté, un œil sur le dispositif légal en test « Oui Pub » qui devrait faire baisser le nombre de papiers commerciaux dans les boîtes aux lettres, Bastien Grégoire a des idées de diversification en tête qu’il préfère garder secrètes. Pour toujours s’adapter à la nouvelle donne.

LE PAPIER PLUS ÉCOLOGIQUE QU’UN E-MAIL ?

L’étude date d’il y a deux ans et bouscule les idées reçues… Commandée par La Poste au cabinet indépendant Quantis, cette analyse de cycle de vie (ACV) compare l’impact environnemental des supports courants de communication en version papier et leur équivalent numérique, en se basant sur 16 critères répartis en cinq catégories : impact sur les écosystèmes, ressources, santé humaine, utilisation de l’eau et changement climatique.

Via cinq cas pratiques (publicité pour une marque automobile, catalogue d’une marque de mobilier, prospectus pour une chaîne de restauration, promotion d’une enseigne de distribution et facture d’électricité), il apparaît que le papier a une empreinte environnementale comparable, voire plus favorable, que le numérique, ce dernier étant particulièrement énergivore, entre data centers, serveurs, poids des e-mailings et flux de données. Dans le scénario d’une pub pour un constructeur auto, un flyer couleur envoyé par courrier est comparé à un site internet accessible en ligne via un lien envoyé par e-mail publicitaire : le papier se révèle moins impactant sur 13 indicateurs environnementaux sur 16, avec 3,1 fois moins de ressources fossiles utilisées et 2,5 fois moins d’effet sur l’acidification des océans. Le résultat est globalement inverse pour un gros catalogue promotionnel envoyé par courrier face à un e-shop avec campagne de communication par e-mail.

Et l’étude de conclure que « peu importe le support privilégié – papier ou numérique – des leviers d’amélioration existent afin de limiter l’impact environnemental des actions de communication et de marketing des entreprises, tout en optimisant leur performance marketing ». D’où, là encore, la nécessaire complémentarité entre les deux médias.