Les Annonces Landaises : Comment s’est fait ce rachat d’Action Pin ?
Felix Frowein : Tout a commencé en 2020 quand Firmenich a acquis DRT [leader de la chimie verte fondée en 1932 dans les Landes, NDLR]. À l’époque, j’y travaillais [il a été « président global consumer fragrances » chez le géant suisse de la chimie, NDLR], et nous regardions Action Pin, filiale de DRT, de très près. Il y avait là des choses extraordinairement intéressantes pour nous, c’est une technologie vraiment fascinante. Avec la fusion DSM-Firmenich en 2023, les priorités du groupe ont changé, la décision de céder Action Pin a été prise, et là, une opportunité s’est ouverte.
J’avais quitté l’entreprise en juin 2024. Un fonds m’avait approché pour travailler sur le dossier, mais il a finalement renoncé à poursuivre. J’ai eu une conviction très forte : cette opportunité était trop intéressante pour la laisser passer. Mon frère Benjamin venait de quitter son emploi quelques semaines auparavant. Nos compétences sont parfaitement complémentaires. C’est notre premier projet ensemble. Ça a pris presque un an, avec pas mal de concurrence et un processus complexe. Nous n’avions pas les fonds suffisants pour mener cette acquisition seuls et nous avons choisi des partenaires investisseurs qui amènent de vraies compétences.
Econa est notre investisseur principal, majoritaire, un « family office » basé à Berlin avec un vrai esprit entrepreneurial et une expertise remarquable dans ce type d’investissements. Leur équipe nous a énormément aidés tout au long du processus d’achat. À nos côtés aussi, Ouest Croissance : un investisseur bien établi dans la région [issu des Banques Populaires Grand Ouest, Aquitaine-Centre-Atlantique et Val de France, NDLR], qui nous ancre dans les Landes, dans les réseaux locaux, dans le tissu économique. C’est important d’envoyer ce signal : nous ne sommes pas là de passage.
LAL : Qu’est-ce qui vous a séduits dans ce projet de reprise ?
F. F. : Action Pin est au cœur d’une méga tendance : combiner nature et performance. D’habitude, ce qui est naturel n’est pas performant, et ce qui est performant n’est pas naturel. Action Pin fait les deux. Il y a des marchés entiers en train de s’ouvrir et des produits nouveaux en cours de développement. Quand Firmenich a racheté DRT, Action Pin n’était pas la raison principale de l’acquisition. Résultat : elle n’a jamais eu le focus ni les ressources nécessaires pour aller chercher toutes ses opportunités. C’est précisément là que nous intervenons. Nous voulons amener Action Pin à la hauteur de son potentiel.
LAL : Quel est le montant de l’acquisition ?
F. F. : Nous avons un accord de confidentialité sur ce point à la demande de DSM-Firmenich donc nous le respectons.
LAL : Quel est votre objectif ?
F. F. : Doubler le chiffre d’affaires d’ici cinq ans. Aujourd’hui, Action Pin réalise environ 50 millions d’euros de chiffre d’affaires. Notre ambition, c’est un vrai projet de croissance, pas de restructuration. L’équipe est bonne, le potentiel est là. Sur les marchés, la France reste fondamentale avec encore pas mal d’opportunités autant en hygiène qu’en agriculture, sur les produits destinés aux grandes cultures, aux fruits et légumes où Action Pin, leader dans la viticulture, peut faire beaucoup plus. Nous voulons aussi développer l’international, en nous concentrant d’abord sur l’Europe. Aujourd’hui, environ 20 % du chiffre d’affaires est déjà réalisé à l’international, et c’est en croissance.
En 25 ans chez Firmenich, j’ai travaillé sur de nombreux marchés mondiaux. Benjamin, de son côté, a passé, entre autres, neuf ans chez Schumacher – un groupe spécialisé dans les papiers peints et tissus premium – où il a mené une expansion dans plusieurs pays européens, faisant quadrupler le chiffre d’affaires en neuf ans. C’est exactement le modèle que nous voulons reproduire avec Action Pin.
LAL : Vous deviendrez co-PDG avec votre frère une fois l’opération finalisée cet été. Comment les équipes vous ont-elles accueillis ?
F. F. : Nous avons eu l’occasion de rencontrer toute l’équipe ensemble pour nous présenter et je suis venu plusieurs fois. Le cœur d’Action Pin, c’est la technologie et la marque, bien sûr, mais c’est aussi cette équipe, avec des gens passionnés, motivés et convaincus, c’est communicatif. L’ambiance était très positive. Le CSE s’est montré très favorable à notre projet. Et pour cause : nous arrivons avec un vrai projet, dans l’esprit d’origine d’Action Pin. Pas un plan de restructuration. Les équipes attendent de la clarté sur leur avenir, c’est exactement ce que nous leur proposons. Action Pin va devenir 100 % indépendante pour la première fois de son histoire. DRT restera un fournisseur clé et un voisin avec qui nous travaillerons en partenariat. Mais Action Pin sera enfin libre d’aller à fond chercher ses opportunités.
Et puis nous avons aussi beaucoup réfléchi à la question de savoir si deux Allemands pouvaient avoir du succès économique dans les Landes… (rires) Nous avons toujours pensé que l’attitude, l’expertise et l’expérience comptent plus que la nationalité. Nous parlons français, c’est important aussi. En tout cas, nous n’allons pas diriger l’entreprise à distance puisque nous avons décidé de venir vivre à Dax. La région est magnifique.
« Notre ambition, c’est un vrai projet de croissance, pas de restructuration »