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Santé – Le SOS des cliniques privées de Nouvelle-Aquitaine

La Fédération de l’hospitalisation privée de Nouvelle-Aquitaine s’alarme d’une revalorisation de leurs tarifs qu’elle estime insuffisante. Selon l’organisation professionnelle, les cliniques et hôpitaux privés de Nouvelle-Aquitaine seront confrontés en 2024 à des difficultés inédites mettant en péril l’offre de soins. Ils annoncent un arrêt des activités de l’ensemble des 104 cliniques du territoire à partir du 3 juin.

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La FHP Nouvelle-Aquitaine représente les 104 cliniques et hôpitaux privés du territoire © AG

Le fait est suffisamment rare pour être relevé. Le 18 avril dernier, la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) Nouvelle-Aquitaine, les directions des cliniques privées de la région, les médecins présidents de commissions médicales d’établissement (CME) ainsi que les représentants des syndicats de médecins spécialistes ont tenu une conférence de presse commune. Ils ont conjointement annoncé prendre part à l’appel national d’arrêt des cliniques privées à compter du 3 juin. En Nouvelle-Aquitaine, 104 établissements, 3 500 médecins et 14 000 personnels soignants devraient suivre ce mouvement de grève.

Une revalorisation insuffisante

Au centre des inquiétudes partagées par l’ensemble de ces professionnels de santé, l’annonce du gouvernement faite, par voie de presse, concernant la revalorisation des tarifs hospitaliers, « sans concertation, ni dialogue contrairement aux années précédentes », déplore Marie-France Gaucher, présidente de la FHP Nouvelle-Aquitaine. Tandis que le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024 prévoyait une revalorisation de +3,2 %, le ministre délégué chargé de la Santé et de la Prévention, Frédéric Valletoux, a annoncé que la revalorisation effective serait de + 4,3 % pour les tarifs des hôpitaux publics et du secteur associatif en 2024, mais de seulement + 0,3 % pour les établissements privés.

Une hausse jugée bien insuffisante pour compenser plusieurs années d’inflation et de hausse des coûts (de l’électricité notamment) « dont on ne s’est toujours pas remis », détaille Marie-France Gaucher et rappelle en passant que 90 % du chiffre d’affaires des hôpitaux privés provient de l’Assurance maladie. « Donc nos tarifs sont encadrés ».

60 % des cliniques déficitaires

L’annonce est vécue comme un coup de massue pour les 104 cliniques et hôpitaux privés de la région qui traitent chaque année 1,8 million de patients, 280 000 passages aux urgences et représentent 34 % de l’offre de soins en Nouvelle-Aquitaine. « Des difficultés inédites », « un mépris terrible pour les patients et les gens qui tous les jours travaillent dans ces établissements », « des conséquences irréparables », tous ont manifesté leur inquiétude et leur sidération face à ce qu’ils vivent comme une injustice.

« Affaiblir le privé ne va pas améliorer le système de soins », a prévenu le Dr François Guichard, président de GBNA Santé (Groupe Bordeaux Nord Aquitaine). Et d’insister : « 60 % des établissements privés seront déficitaires en 2024 » sur le territoire.

Un état des lieux partagé au niveau national par le FHP qui indiquait dans son communiqué du 27 mars que « plus de 50 % des cliniques et hôpitaux privés vont être en déficit avec les conséquences induites en matière d’accès aux soins pour les citoyens ».

Un appel à la négociation

Cet appel au débrayage sonne surtout comme un avertissement. « Les voies de la discussion sont toujours ouvertes », ont-ils répété lors de cette conférence de presse. « Des propositions de réarbitrage ont été faites. Il aurait été normal que l’on obtienne la même chose que les hôpitaux publics », a expliqué le Dr Olivier Jourdain, président des CME de la Nouvelle-Aquitaine. Avec une préoccupation commune : maintenir l’offre de soins sur l’ensemble du territoire.

Spécialités en danger

« Nos cliniques privées vont être en grande difficulté avec des conséquences sur l’offre de soins sur tous les territoires », a prévenu le FHP de Nouvelle-Aquitaine. « En Nouvelle-Aquitaine, des établissements privés sont seuls à exercer certaines activités », souligne le Dr Alfandari, chirurgien et vice-président de la FHP Nouvelle-Aquitaine. Et d’égrainer : « À Pau, la neurochirurgie est assurée par le privé. À Agen, le privé assure la cardiologie interventionnelle (les infarctus par exemple). À Angoulême, c’est le privé qui prend en charge la chirurgie du cancer du poumon, comme à Périgueux, la chirurgie du cancer en neurologie. Les exemples sont multiples pour dire qu’il n’y a pas de santé en Nouvelle-Aquitaine sans le privé ».