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Nouvelle-Aquitaine : lutter contre les déserts financiers

Les « déserts financiers » sur certains territoires régionaux ne risquent-ils pas d’entraver la mise en œuvre des plans de relance amorcés par l’État ? L’institut Sofos, think tank de l’Ordre des experts-comptables de Nouvelle-Aquitaine, dessine des solutions dans lesquelles la profession pourrait jouer un rôle pivot.

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Alors qu’avec le plan France relance et le plan d’investissement France 2030, l’État prévoit d’injecter dans l’économie 130 milliards d’euros d’argent public, de nombreux territoires risquent de ne pas pouvoir « en tirer profit, par manque ou insuffisance de compétences en matière juridique, financière ou d’ingénierie de projet au sein de leur bassin économique », alertent les experts-comptables de Nouvelle-Aquitaine dans une étude menée par son think tank, l’Institut Sofos, sur ce qu’il nomme « les déserts financiers ».

« Depuis 20 ans, on assiste à une concentration de l’activité économique au sein des métropoles », observe Jean-Étienne Palard, maître de conférences à l’IAE Bordeaux où il dirige le master ingénierie financière et opérations de haut de bilan, et membre du comité scientifique de l’Institut Sofos. « Il y a par exemple aujourd’hui davantage de projets sur la métropole bordelaise et sur quelques zones qui ont su rendre attractif leur positionnement géographique et économique, comme le sud des Landes, le Pays basque, Agen, La Rochelle, Poitiers, Niort et Limoges où beaucoup d’entrepreneurs se sont installés et ont su attirer des capitaux, au détriment d’autres territoires. »

Des capitaux relativement accessibles, selon l’institut, pour financer la création d’entreprise, avec les interventions performantes des Régions et de l’État via la Banque publique d’investissement (BPI). Avec les banques qui, rappelle le think tank, jouent un rôle très important auprès des entreprises, mais qui n’interviennent souvent que sur du financement d’actifs corporels peu risqués (immobilier, machines, matériels, véhicules…) sur lesquels elles prennent des garanties réelles. « Les banques n’interviennent en revanche qu’à la marge lorsqu’il s’agit de financer l’économie de la connaissance en pleine expansion avec notamment le développement de logiciels ou de brevets.

Notre épargne est un instrument puissant de développement territorial

Pour aider une entreprise de 20 personnes à devenir une PME régionale avec 100 à 200 salariés, il faut davantage de fonds d’investissement présents en région pour prendre des tickets de 1 à 2 millions en fonds propres afin d’accompagner l’entreprise dans son développement », poursuit Jean-Étienne Palard. Aussi l’Institut Sofos préconise-t-il de favoriser le développement d’associations d’investisseurs locaux, comme l’association de business angels Finaqui relancée fin 2020 ; de renforcer le rôle des fonds régionaux et la création de fonds de capital-investissement publics-privés portés par les métropoles et les communautés de communes.

Enjeu essentiel : redonner du sens à l’épargne, en la véhiculant vers les entreprises néo-aquitaines qui ont besoin de financer leur développement. « Notre épargne est un instrument puissant de développement territorial. Au lieu d’investir dans des entreprises cotées en bourse dont on ne maîtrise pas la stratégie, autant investir dans des projets d’investissements concrets sur le territoire, que l’on peut suivre et qui peuvent être rentables », martèle Jean-Étienne Palard.

Si le crowdfunding fonctionne déjà très bien, il faut aller, selon lui, encore plus loin et rétablir le lien entre épargnants, investisseurs et entrepreneurs. Un lien dans lequel les experts-comptables pourraient jouer un rôle pivot. « Compte tenu de leur présence auprès des chefs d’entreprise, de leur connaissance du tissu économique local, ils sont les mieux placés pour identifier les projets les plus intéressants pour les territoires et devenir des apporteurs d’affaires pour les business angels, les family offices, les fonds de capital-investissement régionaux. »

Jean-Etienne Palard, Maître de conférences à l’IAE Bordeaux et membre du comité scientifique de l'Institut Sofos, financiers

Jean-Etienne Palard, Maître de conférences à l’IAE Bordeaux et membre du comité scientifique de l’Institut Sofos © Kickston Partner

Mais, si les pistes soulevées par l’étude, publiée fin août, séduisent les experts-comptables, leur mise en œuvre se heurte à un marché en tension sur le recrutement. « Les structures d’au moins 200 salariés parviennent à dégager des ressources pour ce type d’accompagnement des entreprises en croissance. En revanche, les cabinets de petite taille avec un ou deux associés et une vingtaine de collaborateurs, qui constituent la majorité du marché, ne sont pas forcément équipés. Ces perspectives pourraient néanmoins leur permettre d’être plus attractifs auprès des jeunes qui ne se limiteraient plus seulement à la production comptable. »