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Le musée oublié

PATRIMOINE. Un appel à projets participatif a été lancé par la communauté de communes Maremne Adour Côte Sud (Macs) pour réfléchir à l’avenir de la bâtisse désaffectée qui devait être un musée forestier avant-gardiste, à deux pas du lac d’Hossegor.

La bâtisse de la fin des années 1930reste un des sites les plus emblématiques de l’architecture landaise, selon l’historien de l’art, Kévin Laussu. © Xavier Ges

Maremne Adour Côte Sud (Macs) a baptisé le lieu l’Airial du lac. Joli nom qui pourtant ne reflète qu’en partie l’histoire passionnante de la superbe bâtisse envahie par la végétation à deux pas du lac d’Hossegor, sur la commune de Seignosse. Seulement connue des plus anciens ou des amateurs d’urbex, située sur un terrain de 3,6 hectares où se niche un arboretum tout aussi exceptionnel, elle a été redécouverte à l’occasion de l’appel à projets lancé, en mars dernier, par la communauté de communes qui avait eu le flair d’acheter l’ensemble en 2012. Sans idée préconçue. Qu’en faire aujourd’hui alors que l’on imagine la convoitise des promoteurs à l’égard de ce lieu privilégié ?

Une concertation a été lancée, invitant la population à réfléchir à de nouvelles perspectives. Pour Kévin Laussu, historien de l’art, avant d’envisager l’avenir, il n’est pas inutile de rappeler la genèse de ce qui devait être un musée forestier, avant-gardiste dans sa conception et son ambition, mais qui a manqué son rendez-vous avec l’histoire puisqu’il devait ouvrir en 1939, avant d’être transformé en lieu d’hébergement pour colonies de vacances, jusqu’à tomber définitivement dans l’oubli.

MUSÉE MODÈLE

« Sa création remonte à 1937, raconte Kévin Laussu, lorsque l’administration des Eaux et Forêts a chargé Michel Druhen, inspecteur principal, de concevoir un établissement que nous appellerions aujourd’hui, centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine, qui aurait vocation à faire de la médiation autour de la forêt. » Sur ce site idéalement placé, mis à disposition par la commune de Seignosse, synthèse des paysages landais avec son couvert forestier, la proximité du lac et la ligne des pins menant à l’océan, il affiche un projet pionnier pour l’époque. Surtout pas un musée qui fige. Il doit s’adresser à divers publics : propriétaires, professionnels de la forêt, touristes, locaux et répondre à plusieurs objectifs.

Kévin Laussu les énumère : « Il doit promouvoir les ressources forestières du pays landais, créer un centre de documentation et une immense bibliothèque spécialisée permettant de retracer les transformations opérées dans la forêt ; médiatiser les perfectionnements technologiques en cours. Délivrer via une scénographie innovante des informations destinées aux touristes. Constituer un conservatoire des paysages et de la nature grâce à son immense parc boisé sauvage. Participer à la sauvegarde de l’architecture landaise avec démontage et remontage dans le parc de fermes landaises anciennes représentatives de toutes les typologies architecturales. Participer enfin, à l’instruction publique des habitants et celle des travailleurs du bois présents sur le territoire. Ce devait être un musée modèle. »

ARCHITECTURE NÉO-LANDAISE

Et cette ambition devait aussi se traduire dans l’architecture. Kévin Laussu ressort les originaux des plans du musée pour expliquer la volonté de lui donner une identité landaise. Sa création fut une œuvre collaborative entre deux architectes connus, le Basque Soupre et le Landais Prunetti. Le projet reprend des caractéristiques de l’architecture basco-landaise tout en s’en affranchissant. Ainsi dans la disposition en fougère, la brique est remplacée par des lambris de bois. « On montre qu’on est capable de faire une architecture néo-landaise. » La façade se veut une vitrine de l’excellence du savoir-faire de la foresterie landaise. Elle utilise des pièces prestigieuses, tels les deux troncs anciens qui forment l’auvent. « D’un point de vue artistique, c’est très intéressant car elle reprend toutes les identités architecturales des Landes, du nord au sud. » Kévin Laussu l’assure : « Ce site fait figure d’exception. »

Le musée devait ouvrir ses portes en 1939. Il a bel et bien été livré, achevé. Durant la guerre, l’équipe scientifique, dont le photographe Pierre Toulgouat, qui en fut un des fers de lance, a continué à enrichir les collections dans des conditions complexes. Cependant, le site n’était pas ouvert au public. Il en fut ainsi jusqu’en 1946 où l’administration des Eaux et Forêts jugea bon de s’en séparer faute de moyens pour poursuivre un projet scientifique, qui dans le contexte de la reconstruction, n’est plus prioritaire. Une partie des collections avait été déplacée au musée de l’Homme et une autre pillée. Il subsiste toutefois à l’écomusée de Marquèze des reliquats de la collection originelle.

RÉPUBLIQUE DES GOSSES

Le bâtiment va végéter et être proposé comme colonie de vacances aux Francs et Franches Camarades du Lot-et-Garonne, en 1949. On le baptisera « la République des gosses ». Le parc va être restructuré et des extensions aménagées pour accueillir réfectoire et dortoirs. Le bâtiment principal est agrandi pour s’adapter à sa nouvelle vocation dans le respect du projet initial. Après une période d’inactivité de 1969 à 1979, il reprendra une vocation de colonie jusqu’aux années 1980-1990, et la décision de l’État de le vendre en 2005. Oublié, y compris de la mémoire locale, il est donc promis à un nouvel avenir. Kévin Laussu l’envisage avec confiance : « Malgré les aléas du temps, il est toujours là comme pour nous rappeler les raisons qui ont motivé sa création. Il reste un des sites les plus emblématiques de l’architecture landaise, voire un ambassadeur de la culture landaise. »