Couverture du journal du 01/10/2022 Consulter le journal

La vigne en copropriété

Afin de préserver le vignoble local, la Cave des vignerons landais Tursan-Chalosse a créé Ma Vigne en Tursan, une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). L’objectif : permettre à tous les amoureux du vin, de la vigne et de ses paysages de devenir collectivement propriétaires de parcelles viticoles dans le département.

Ma Vigne en Tursan

© D. R.

Regroupant 92 viticulteurs et quelque 500 hectares de vignobles sur les terroirs du Tursan, des sables fauves de l’Armagnac, des sables de l’Océan et des coteaux de Chalosse, la Cave des vignerons landais est le plus gros producteur de vin du département. Bon an, mal an, la production atteint 30 000 hecto-litres. La coopérative aimerait que cela perdure, mais la pyramide des âges de ses adhérents n’y est pas très propice. L’âge moyen des viticulteurs est de 56 ans. Et de jeunes vignerons ont beau s’être installés depuis quelques années, ils ne sont pas assez nombreux pour assurer la relève.

« Le danger, c’est que certains vignobles ne trouvent pas de repreneurs et que les surfaces disparaissent au profit d’autres cultures, note Jean-Michel Viot, viticulteur à Vielle-Tursan. Cela mettrait en péril l’équilibre économique et la pérennité de la cave.» Pour sauver le vignoble, les Vignerons landais ont donc créé la société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) Ma vigne en Tursan. « L’objectif est de permettre à tous les amoureux du vin, de la vigne et de ses paysages de devenir collectivement propriétaires de parcelles viticoles dans le département », précise Jean-Michel Viot, qui en a pris la présidence.

Vigne

© D. R.

LA CAVE DES VIGNERONS LANDAIS EN CHIFFRES

6,9 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019

4 millions équivalents bouteilles produites par an

26 salariés

400 hectares AOP Tursan

100 hectares IGP Landes

1 site de production à Geaune

5 magasins de vente directe (Geaune, Mugron, Pouillon, Capbreton et Messanges)

1 000 EUROS LA PART

Tout un chacun, particulier, entreprise ou collectivité, peut ainsi souscrire des parts de Ma vigne en Tursan. « Chaque part de 1 000 euros contribue à la préservation, au rajeunissement et au devenir des vignobles landais. » Ouverte en février, la SCIC a déjà enregistré une soixantaine de souscriptions.

« Et d’autres sont en attente. » Pour faire partie de cette « aventure humaine », rien de plus simple : il suffit de télécharger et de remplir un bulletin d’intérêt sur le site de la SCIC (www.mavigneentursan.fr) pour recevoir, en retour, tous les documents nécessaires à la souscription. D’ici 2030, Ma Vigne en Tursan ambitionne de récolter 1 million d’euros de capital grâce à 1 000 souscripteurs. « Ce financement participatif permettra d’acheter et rénover des vignes pour sécuriser le vignoble, le valoriser et le protéger pour les générations futures. »

Ma vigne en Tursan

© D. R.

MA CAVE EN TURSAN ET… AU-DELÀ

Si la SCIC a pris le nom de Ma vigne en Tursan, c’est parce que l’appellation est la locomotive de la cave et constitue la majorité des hectares du vignoble landais (400 hectares sur 500). « Mais la SCIC est porteuse de projets sur l’ensemble du département, assure le président Jean-Michel Viot. Elle est au service de tous les vignobles. »

FORMATION, EXPÉRIMENTATION ET DÉVELOPPEMENT

En plus de récupérer des surfaces pour constituer une réserve foncière, la SCIC souhaite créer un atelier expérimental. L’idée est de former de futurs viticulteurs en tant que salariés, afin de leur permettre, dans un second temps, de s’installer à leur compte avec toutes les cartes en main. « Les jeunes qui se sont installés ces dernières années sont tous issus de familles de viticulteurs. Mais c’est très difficile pour un jeune hors cadre familial de se lancer. Il faut deux à trois ans avant d’obtenir ses premiers revenus en viticulture. Et pour en vivre, il faut un minimum de 15 hectares. L’investissement est conséquent et certains s’y sont cassé les dents. Avec cet atelier, nous souhaitons leur donner toutes les chances d’apprendre le métier, sans prendre de risque financier. » Parallèlement, l’atelier servira à expérimenter de nouveaux cépages résistants à la sécheresse et aux maladies, de nouvelles techniques de production et de nouvelles pratiques environnementales. « Il s’agit de préparer le vignoble aux enjeux de demain. »

Enfin, la SCIC ne se contentera pas de reprendre les ateliers qui ne trouvent pas de succession. Elle souhaite également développer le vignoble. « Notre but est d’acquérir 100 hectares d’ici 2030. »

UN INVESTISSEMENT SOCIAL ET SOLIDAIRE

Souscrire des parts auprès de Ma Vigne en Tursan n’est pas un coup boursier. Les investisseurs ne perçoivent en effet pas d’intérêts. « C’est un projet social et solidaire, rappelle le président, Jean-Michel Viot. Les souscripteurs deviennent des ambassadeurs de nos terroirs des Landes. Nous souhaitons donner du sens à leur investissement en les rassemblant et en créant une dynamique, une famille, autour de nos vins. » S’il n’est donc pas question de s’enrichir avec Ma vigne en Tursan, les souscripteurs ont tout de même un certain nombre d’avantages. Ils se créent un capital foncier remboursable et les particuliers peuvent même bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu. Par ailleurs, ils reçoivent chaque année une gratification sous forme de bouteilles de vin et bénéficient de remises permanentes dans les boutiques de la cave. Enfin, ils sont conviés à des événements (ateliers, dégustations, repas festifs, randonnées dans le Tursan…) pour découvrir les vignes, les vins, le métier de vigneron et l’art de vivre dans les Landes.