Couverture du journal du 21/01/2023 Le magazine de la semaine

Karine Coutière : maroquinière, gardienne des traditions

Karine Coutière a choisi Labrit, son village, pour ouvrir son atelier-boutique PasKap en 2014. Elle y fait vivre la tradition du cuir fait-main et de la création de maroquinerie sur mesure.

Karine Coutiere

Karine Coutiere © Patxi Beltzaiz

Dans son atelier, Karine Coutière montre les bons gestes pour assembler un sac à main à son apprentie. France Inter passe la dernière pépite de la scène rock française. L’artisane, passionnée de musique, tend l’oreille pour glaner peut-être l’idée d’un prochain concert. Un coup de fil suffit à la convaincre d’accepter la proposition d’une interview. Avec enthousiasme et bienveillance elle se prête au jeu, intarissable lorsqu’elle évoque son travail, mais pudique sur sa vie et son parcours.

« LA TÊTE RÉGIT LES MAINS »

Rien ne prédestinait la maroquinière à exercer cette profession. Élevée en Haute Lande par sa mère comptable, la petite fille un brin « garçon manqué », se souvient avoir aimé très tôt les belles choses, les tissus et les belles matières. « Je n’étais pas très sportive, mon passe-temps préféré consistait à dessiner des vêtements. J’ai toujours eu le sens des proportions. »

Quand on évoque ses qualités manuelles, la styliste rectifie : « C’est la tête qui régit les mains. Ce métier est surtout très technique car on n’habille pas un pied comme on conçoit un sac à main ! Ce qui compte avant tout est de savoir ajuster au mieux ses gammes opératoires pour diminuer le temps de production et éviter le gaspillage, sans diminuer la qualité du produit. » Elle avoue être exigeante autant avec elle-même qu’avec les autres. La perfectionniste s’applique à transmettre quotidiennement ses connaissances à des apprentis de tout âge. « Je reçois une dizaine de stagiaires par an. Même si cela ralentit mon travail, former les générations futures est indispensable pour que ce métier perdure. Je collabore avec le lycée d’Eysines en Gironde, le lycée de Thiviers en Dordogne et les Compagnons du devoir. »

Karine Coutière a fondé en 2014 PasKap, une marque de sacs et accessoires en cuir made in France. Un nom qui lui ressemble, courageuse, prête à relever tous les défis, auquel elle voulait aussi donner une connotation enfantine : « J’ai commencé ma carrière en concevant des chaussons pour bébé. »

Sa force ? Créer des modèles personnalisables et sélectionner soigneusement des matières premières issues de l’agroalimentaire afin de limiter son impact environnemental. « J’élargis ma gamme de cuir au poisson grâce à la peausserie Fémer d’Arcachon. La matière est exceptionnelle et le processus plus éthique. Je favorise toujours l’éco-conception dans mon travail. » Engagée, Karine se bat pour s’adapter à la concurrence industrielle et pour la survie des formes traditionnelles d’artisanat.

Karine Coutiere

© Patxi Beltzaiz

RENOUER AVEC LE TRAVAIL ARTISANAL

La Landaise a d’abord fait ses classes chez Babylove, alors numéro un français des chaussons pour bébé et de la layette haut de gamme, implanté à Labrit. « L’été, quand je ne castrais pas le maïs, je bossais chez Baby-love. C’était un travail répétitif sans grand intérêt. Mais j’ai toujours aimé ce milieu. » Karine Coutière n’imagine pas encore qu’elle y débutera sa carrière quelques années plus tard.

Après un bac professionnel « productique matériau souple » au lycée Brémontier de Bordeaux, l’étudiante motivée passe un BTS à Cholet (Maine-et-Loire), réputé pour ses formations en stylisme-modélisme. À sa sortie d’école à 22 ans, la jeune femme trouve un poste de styliste chez Babylove. Sans grande expérience, elle relève pourtant le défi et prend vite de l’assurance.

« C’est dans mon caractère. J’aime les gros challenges ! » Karine produit durant 17 ans deux collections par an et on sent encore dans sa voix toute sa fierté d’avoir participé à l’image de marque de cette ancienne maison de référence. « On fournissait les enseignes haut de gamme comme Prénatal, Jacadi, Hermès, tout comme les hypermarchés. » Mais au fil des ans, à son grand désespoir, la fabrication part en Asie, la qualité diminue. Et en 2008, l’entreprise met la clef sous la porte.

Une période difficile sur laquelle Karine ne s’appesantit pas. Pleine de ressources, la styliste enchaîne les formations de perfectionnement. Après une expérience peu concluante de cinq ans dans une entreprise bordelaise, elle décide de passer le cap et d’ouvrir sa boutique pour revenir à ses premières amours : le travail du cuir et des chaussons de bébé. Très attachée à son village landais, elle installe son atelier en plein centre, dans l’ancien garage Renault, convaincue de l’importance de perpétuer cette activité historique sur le territoire. Aujourd’hui, la maroquinière bénéficie d’une clientèle fidèle, mais, prudente, confie que rien n’est jamais gagné. Le bouche à oreille l’a fait connaître et elle veille à se renouveler sans cesse en suivant la mode et les tendances. Depuis huit ans, sacs, pochettes, ceintures, cartables, chaussures pour bébé prennent forme sous ses mains expertes dans le respect de la tradition et des valeurs de partage et d’entraide qui lui tiennent à cœur.

SI VOUS ÉTIEZ…

Si vous étiez une ville : Saint-Sébastien

Si vous étiez un plat cuisiné : la blanquette de veau

Si vous étiez un objet : une belle paire de ciseaux

Si vous étiez une saison : l’automne

Le mot qui vous définit : obstinée

Votre occupation préférée : ma famille

Votre réseau préféré : Instagram