Couverture du journal du 24/02/2024 Le magazine de la semaine

Jacques Pitoux : serial inventeur

Gersois de naissance habitant depuis sept ans entre Mimizan et Biscarrosse, Jacques Pitoux, multi-primé au concours Lépine, a déposé, en 30 ans, une quarantaine de brevets d’inventions. Avec sa dernière création (une boule portable qui éteint les départs de feu), l’ancien DJ s’est décidé à monter une entreprise pour la première fois de sa vie.

Jacques Pitoux

© J. D.

Il a encore une boîte en carton de modélisme dans son atelier de Biscarrosse, souvenir d’enfance avec son frère aîné qui lui faisait construire ses mini-avions pour les faire voler. « Il avait aussi la collection encyclopédique « Tout l’Univers », je la lui empruntais et je potassais les grandes inventions, de Léonard de Vinci à nos jours », se souvient Jacques Pitoux. Et de rire aux éclats en racontant les fois où il a fait sauter les plombs de la maison familiale, à côté de Nogaro, en tentant de reproduire un électro-aimant.

JUSQU’EN CHINE

Pourtant, c’est vers l’univers de la musique qu’il se tourne à l’entrée dans la vie active. Son premier métier ? DJ en boîte de nuit, dans le Gers et ailleurs, puis la production musicale dans un studio de funk à Paris, avant de travailler au côté de Jean Renard, le producteur de Mike Brant qui a aussi écrit pour Johnny Hallyday.

« J’en ai eu marre et un ami m’a proposé d’aller faire de la com en Vendée, pour des campagnes de pub avec des camions sandwichs ». Lors d’un repas chez des amis à Nantes, en ouvrant du champagne, le bouchon saute et un quart de la bouteille est perdu. S’en suit un débat à table sur le sujet… Il réfléchit toute la nuit à simplifier l’ouverture, part le lendemain se documenter en librairie, rencontre des viticulteurs, étudie les formes de bouchons, la pression à l’ouverture… et finit par inventer un bouchon avec mini-chambre à air intégrée et une goupille pour ouvrir sans fracas, comme un vin tranquille. Il décroche la médaille d’argent du concours Lépine en 1996. Une dépêche de l’Agence France-Presse sur lui, et c’est l’emballement médiatique : « C’était fou ! De TF1 jusqu’au « Washington Post » ! » Si deux maisons de champagne l’ont suivi dans l’aventure Easy Pop, l’invention finit par faire flop : « En fait, les gens aiment le champagne aussi pour le cérémonial du bouchon ! »

Jacques Pitoux

Après des années en Chine et à Dubaï, Jacques Pitoux a ouvert son atelier à Mimizan, puis à Biscarrosse © J. D.

DES RÉUSSITES ET DES RATÉS

Dans sa vitrine de Géo Trouvetou de l’atelier de Biscarrosse, sont rangées la plupart de ses autres inventions au fil des ans : un tire-bouchon en un seul mouvement sans effort, un ouvre-huîtres comme pour décapsuler un soda, un limonadier double-cran, une salière qui fait le vide d’air pour éviter le sel aggloméré, ou encore une cafetière multi-dosettes qu’il n’a jamais pu commercialiser : « J’ai eu l’idée première de la machine, je suis passée sur une émission de M6 avec, mais le jury n’en voyait pas l’intérêt. Depuis, c’est passé dans le domaine public, assure-t-il. Une marque l’a lancé, ils en vendent 150 par semaine et je n’ai pas les moindres royalties dessus ! C’est comme ça, c’est le monde de l’innovation ! »

À chaque fois, des dizaines de prototypes sont nécessaires avant d’arriver au résultat. L’argent gagné dans la vente d’un brevet est réinvesti dans un nouveau projet. Moment important dans sa vie : sa rencontre avec un industriel français basé à Hong Kong, un des leaders mondiaux des ustensiles de cuisine. À sa demande, Jacques Pitoux part, avec le dessinateur industriel Pierrick Duret, s’installer en Chine, en 2012, pour développer de nouveaux produits : « On a vendu chacun nos maisons, on est parti là-bas et on a travaillé sur 35 produits différents d’innovation pendant quatre ans. »

Là, il raconte aussi avoir créé les premiers prototypes de verre avec paille et couvercle intégrés : « Mon partenaire à Hong Kong m’avait demandé de trouver un truc contre la drogue du violeur. Mais je n’étais pas convaincu par mon produit, je lui ai donné l’innovation… »

Je suis allé chercher des business angels à Monaco, Cannes, en Normandie… et c’est à Mimizan-Plage que je les ai trouvés

Jacques Pitoux

Son bouchon Easy Pop lauréat du concours Lépine en 1996 © J. D

ALLER PLUS LOIN

Après une expérience à Dubaï, il rentre sur la côte landaise, pas loin de Cazaux où il a fait son service militaire plus jeune en mettant à profit son expérience dans le modélisme. À discuter avec des amis pompiers des Bouches-du-Rhône, il met au point, en 2018, un premier drone pompier avec boule extinctrice larguée depuis les airs. Nouveau grand prix au concours Lépine, mais lui juge ses résultats pas encore assez fiables. À la faveur du confinement, il réfléchit à un usage pour les particuliers avec un éclat à l’impact. En reprenant le système de boule existant d’un inventeur thaïlandais commercialisé sous la marque Elide Fire, il met au point dessus un nouveau dispositif, avec capteurs de choc reliés à un inflammateur pyrotechnique. Son brevet Choc&Start, obtenu après trois ans de travail et déposé dans 61 pays (150 000 euros de coût), permet « une utilisation très sûre même si la boule est secouée. Il suffit de tirer la languette et de lancer la boule sur le départ de feu, ce qui va projeter la poudre – du phosphate de monoammonium – sur 10 m2 environ et ainsi arrêter les flammes », détaille-t-il. Et cette fois-ci, Jacques Pitoux décide d’aller plus loin, sur les conseils de son partenaire de Hong Kong qui lui finance alors la partie recherche et développement pour fabriquer désormais ses propres boules extinctrices. « C’est la première fois où je passe d’inventeur à entrepreneur alors que je m’étais toujours promis de ne jamais le faire ! »

Sa société Block’Fire a nécessité de gros investissements pour démarrer la production qui se fait en Turquie et en Chine. « J’ai levé 450 000 euros en vendant des parts de brevet et puis, je suis allé chercher des business angels à Monaco, Cannes, en Normandie… et c’est à Mimizan-Plage que je les ai trouvés grâce à un ami promoteur immobilier ! »

La commercialisation est prévue pour le mois de juin sur le site internet de sa marque via Amazon, et cet automne – si tout va bien – chez un gros distributeur français du bricolage. Une grande campagne de publicité doit bientôt démarrer avec des spots TV. Objectif : vendre 75 000 boules la première année, avant de se développer sur l’Europe et, pourquoi pas, le monde.

EN QUELQUES MOTS…

Le mot qui vous définit le mieux : l’ambition

Le lieu qui vous inspire : mon atelier

L’invention que vous auriez aimé trouver : internet

La personne que vous rêveriez de rencontrer : Thomas Pesquet

Si vous étiez…

un objet : un couteau suisse

un plat cuisiné : les œufs mimosa

un sport : la voltige aérienne

un chanteur : Mylène Farmer