Couverture du journal du 21/01/2023 Le magazine de la semaine

Drôle de bazar : vêtements à la demande

Dans sa maison de Saint-André-de-Seignanx, Marie Lacombe qui a délaissé le marketing à Paris pour la couture dans les Landes, adapte tous ses modèles à la morphologie et aux envies de ses clientes.

Drôle de Bazar

© Drôle de Bazar

Après une douzaine d’années dans des pos tes commerciaux et marketing en région parisienne, Marie Lacombe a eu comme une révélation : « Mes 10 doigts peuvent me servir à autre chose qu’à faire des présentations Powerpoint et des tableaux Excel. » Les repas de Noël où elle se sentait mal à l’aise de parler de son métier dans la grande distribution à sa famille plutôt branchée beaux-arts et chant lyrique, ne sont plus qu’un souvenir… « Tout ça n’avait plus de sens pour moi et recréer des choses avec mes mains est peu à peu devenu une évidence », dit la Francilienne d’Antony (Hauts-de-Seine), bercée, petite, par le son de la machine à coudre de sa maman qui lui donna les bases.

DES LAYETTES AUX CHEMISIERS

Après quelques années à Biarritz, de marketing commercial chez Labeyrie en mise à son compte en webmarketing, le coup de cœur pour une maison fait s’installer la famille à Saint-André-de-Seignanx.

À la faveur de ses grossesses, trois enfants dont des jumelles en deux ans, elle se lance dans la couture. Le virus des fils et des aiguilles la pique : « Mon mari m’a offert une machine à coudre, j’ai redémarré toute seule, enceinte de mon fils aîné et j’ai eu un énorme coup de cœur », raconte celle qui commence alors logiquement par des turbulettes, tours de lit et bavoirs. Puis des habits pour elle et des amies…

Drôle de Bazar

© J. D.

DES TISSUS ÉCO-LABELLISÉS

Elle lance Drôle de bazar sur internet il y a trois ans, avec son concept de « vêtements faits à la demande » : une collection de blouses, vestes, chemises, robes, jupes, sweat-shirts qu’elle personnalise selon les goûts, les envies et la morphologie de ses clientes. « Cette histoire de taille est très bâtarde : on peut prendre un 38 quand on mesure 1,60 m ou 1,80 m mais on n’a pas les mêmes besoins. Je peux allonger les manches, desserrer les chemises à la poitrine… Il n’y a pas de corps standard, je m’adapte aux mensurations qu’on me fait parvenir », explique la couturière qui crée donc des modèles uniques avec sa collection de tissus à choisir. Des tissus qui viennent essentiellement d’Asie et de Turquie, mais avec des labels certifiés, comme la viscose éco-labellisée (consommant moitié moins d’eau à la fabrication), le coton certifié GOTS (respect de l’environnement dans la production du tissu et conditions de travail dignes pour ceux qui l’ont produit) ou le tencel (matière produite à partir de pulpe de bois et d’un solvant non toxique).

Côté tarifs – très abordables pour du sur-mesure -, elle s’est mis un frein « par peur de ne pas vendre ». Par conséquent, celle qui a pu embaucher des stagiaires en confection avec la chambre de métiers et de l’artisanat de Bayonne, confesse « un problème de marge. C’est un vrai questionnement d’augmenter les prix. »

Drôle de Bazar

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Ses clientes, elles, commandent quasi-uniquement sur internet, surtout depuis des grandes villes, Paris, Lille, Lyon, Bordeaux. Mais d’autres viennent directement chez elle des villages voisins. « Le côté fait localement est dans l’air du temps, alors que le textile est une des industries les plus polluantes au monde. L’évolution des modes de consommation me fait dire qu’il faut continuer, les gens vont acheter moins, mais mieux, en sachant que la qualité dure plus longtemps. » www.droledebazar.com

« JE VAIS DEVOIR PASSER DANS LA COUR DES GRANDS »

LE STATUT JURIDIQUE

« Je suis en auto-entreprise. Au départ, j’ai mis 3 000 euros pour acheter des tissus, créer un logo, etc. C’était vraiment très simple pour démarrer, mais à la longue ce n’est pas forcément adapté. Je me pose la question de faire évoluer mon statut et je vais me faire conseiller par un comptable en début d’année. Mes bons chiffres des derniers mois font que je vais devoir passer dans la cour des grands. »

LES PRINCIPALES DIFFICULTÉS SURMONTÉES

« Être toute seule au travail même si on échange pas mal avec d’autres créateurs du coin. C’est toujours utile d’être plusieurs pour remettre ses idées en question. C’est aussi pour cela que je me suis investie au sein du conseil municipal du village pour retravailler en équipe.

L’activité en dents de scie est aussi difficile à gérer. J’ai par exemple cartonné au moment du Black Friday alors que je faisais zéro soldes ! Il n’y a jamais de règles, c’est toujours dur de prévoir. »

LA COMMUNICATION

« Mon passé dans le commercial et le marketing me sont très utiles. J’ai réalisé mon site internet moi-même. L’an passé, j’ai pu profiter d’aides pour embaucher une apprentie sur le community management. 95 % du trafic de mon site provient d’Instagram, et c’est gratuit.

Mais mes clientes, les 35-50 ans, ne se prennent pas en photo pour faire des stories, il faut donc trouver d’autres axes de communication, comme avec le site du made in France où on paye au clic. Je travaille beaucoup aussi avec des influenceuses. Par souci d’économie, c’est aujourd’hui moi qui pose avec mes vêtements, mais j’ai l’idée de faire poser aussi des grandes, des petites, des rondes, des minces, et aussi des handicapées pour de la mode inclusive. Mon rêve serait d’avoir un atelier showroom sur la côte basque ou landaise. »