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Transports Peixoto, « Le camion, essentiel »

Coût des carburants, recrutement, image du secteur peu attractive… Dans un contexte compliqué, le groupe Transports Peixoto fête ses 30 ans et la réussite d’une entreprise familiale. Rencontre avec Frédéric Peixoto, son directeur général, également président de l’Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE) des Pays de l’Adour.

Peixoto transports

Vingt-cinq des 150 véhicules des Transports Peixoto, soit 20 % des kilomètres effectués, roulent au BioGNV (gaz naturel véhicule) © D. R.

Devant le siège de l’entreprise, à Saint-Vincent-de-Tyrosse, stationne un camion, réplique du premier véhicule acheté par Manuel Peixoto en 1992, à Angresse. « On a racheté le même et on l’a refait à l’identique. Ça n’a plus rien à voir avec les camions d’aujourd’hui », constate Frédéric Peixoto, directeur général de l’entreprise, et fils de Manuel désormais retraité. Un camion, comme le symbole des 30 ans traversés par cette entreprise restée dans le giron familial. Avec 250 salariés, 150 véhicules tous frigorifiques et un chiffre d’affaires de 28 millions d’euros, elle affiche une belle réussite. Et ce malgré un contexte économique plutôt contraire.

Au coût du carburant et à la difficulté d’embaucher – il manque 40 000 chauffeurs en France -, s’ajoute une indécrottable mauvaise image de pollueur, bruyant et encombrant. À 39 ans, Frédéric Peixoto qui rêvait tout petit de conduire un camion, – mais ne le fait plus, ou seulement pour les besoins d’un film publicitaire à destination du futur site internet de l’entreprise – s’emploie à rester positif après deux années difficiles. « Entre le prix de l’énergie, la Covid, sans oublier la grippe aviaire car ici on a aussi une activité sur le canard, il faut une structure solide pour passer le cap. Nous faisons également face à des problèmes d’approvisionnement, comme dans le secteur automobile. J’attends des véhicules qui auraient dû être livrés en avril. »

DU BIO OUI, MAIS À QUEL PRIX ?

À tous ces défis, l’entreprise a apporté ses réponses, se heurtant parfois aux paradoxes de certains règlements. Si ses camions roulent majoritairement au gasoil, 25 de ses véhicules – soit 20 % des kilomètres effectués – roulent au BioGNV (gaz naturel véhicule) qui vient d’un méthaniseur à Audenge (Gironde), via la station Endesa de Saint-Vincent-de-Tyrosse. « Un véhicule qui roule au BioGNV émet 90 % de CO2 en moins et pourtant, économiquement, c’est moins intéressant, parce que le prix du gaz, indexé sur celui du gaz européen, a doublé. Je ne trouve pas normal que le prix d’un gaz bio qui vient d’Audenge soit déterminé en fonction de la décision de la Russie d’ouvrir ou pas les robinets. On a écrit à Bercy pour qu’ils fassent quelque chose. J’ai investi des millions d’euros parce que j’y crois, mais je suis aussi là pour que la boîte ne coule pas. On nous dit aussi de rouler à l’électrique. Aujourd’hui, on fait des essais, mais je me pose des questions ! Qui nous dit que demain, on aura assez d’électricité, et à quel prix ? Quand vous avez fait un prévisionnel sur un prix moyen et qu’il double en trois mois, c’est difficile de trouver l’équilibre financier. »

Le prix d’un gaz bio qui vient d’Audenge, indexé sur celui du gaz européen, a doublé

Frédéric Peixoto,  directeur général des Transports Peixoto

Frédéric Peixoto, directeur général
des Transports Peixoto © D. R.

RECRUTEMENT : TRAVAILLER SUR LE BIEN-ÊTRE

Si la plupart des entreprises ont du mal à recruter, l’entreprise Peixoto, elle, avoue s’en sortir plutôt bien grâce à sa politique salariale et sa volonté de s’adapter aux attentes d’aujourd’hui. « On essaie d’innover. À nous de nous réinventer. C’est fini le temps où le chauffeur était un baroudeur avec des gros bras pour passer les vitesses. Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de confort, mais le travail a changé. Au conducteur on demande davantage d’administratif. Le client aussi a changé. On travaille en flux tendu et on n’a plus le droit à l’erreur. Comme les restaurateurs qui sont notés sur internet à chaque service. Vous savez moi, quand j’achète un camion, je fais comme si c’était moi qui allais le conduire tous les jours. Le conducteur ressent que je ne suis pas allé à l’économie. Comme je dis, nous, on paye en bisous. Certes, on est tous là pour gagner de l’argent, mais on travaille beaucoup sur la notion de bien-être. Je n’aime pas cette idée de travailler pour manger. »

TRANSPORTS PEIXOTO EN DATES ET CHIFFRES

En 1992, l’entreprise a été créée par Manuel Peixoto à Angresse. Son épouse l’a rejoint pour faire du taxi colis, puis chacun de ses trois enfants : Sylvie arrivée en 1996 comme conductrice et aujourd’hui directrice qualité, hygiène, sécurité, environnement (QHSE) ;

Alexandre en 1998, actuel directeur des opérations et Frédéric en 2002, directeur général.

L’entreprise a développé deux activités principales : 50 % de distribution sous température dirigée et 50 % de groupage de fruits et légumes.

2003 : déménagement à Saint-Vincent-de-Tyrosse, où se trouve le siège.

2009 : acquisition de l’entreprise Touzé à Plouisy, près de Guingamp, en Bretagne, et création de la holding, maison-mère de toutes les autres structures.

2009 : création d’un site d’exploitation en Gironde : Peixoto Bordeaux Gironde, à Floirac.

2014 : intègre le réseau Flo, réseau professionnel de partage d’expérience et d’entraide.

2017 : création d’un site d’exploitation Norpeitrans à Alfena (région de Porto au Portugal).

2017 : création d’un nouveau dépôt à Beychac-et-Caillau (Gironde) où est transféré le site de Floirac.

2018 : acquisition des transports Nougarède de Moissac (Tarn-et-Garonne)

Aujourd’hui, le groupe comprend le siège et 6 agences à Guingamp, Bordeaux, Moissac, Marmande, Saint-Vincent-de-Tyrosse et Porto

Chiffre d’affaires consolidé : 28 millions d’euros

Effectif : 250

150 véhicules tous frigorifiques

« TOUT PASSE PAR LE CAMION »

Ces combats – même si cet adepte du dialogue n’aime pas le mot – Frédéric Peixoto les mène aussi comme président de l’OTRE des Pays de l ’Adour, organisation des PME du transport routier qui représente, en France, 15 % des entreprises du transport, soit 70 000 salariés. « On s’est battu pour avoir des aides face à la hausse fulgurante des carburants, contre l’écotaxe, et contre notre mauvaise image. Vous entendez parler des problèmes de circulation sur la rocade à Bordeaux ? C’est la faute des camions. Mais il faut savoir qu’aujourd’hui, comme je l’explique à mes enfants : tout ce qui nous entoure est passé par un camion. Pas de camion, pas de vie sociale. Pendant la crise Covid, on était un maillon essentiel et cela a été vite oublié. On nous traite de pollueur, alors que l’on prend moins de risque derrière un de nos camions que derrière un fumeur. C’est vrai que ça prend de la place, mais demain, si vous voulez livrer tout ce qu’on livre en Kangoo, il vous en faudra beaucoup. Idem pour les décibels, la profession fait des efforts constants pour se mettre aux normes. »

Fini le temps où le chauffeur était un baroudeur avec des gros bras pour passer les vitesses

Peixoto transports

© D. R.

DEUX POIDS, DEUX MESURES

Le prix du carburant reste bien entendu une des préoccupations majeures avec, là encore, un sentiment d’injustice. « L’État nous a accordé une prime par véhicule. Nous avons plusieurs fournisseurs, mais tout tourne autour de Total qui a accordé une remise aux particuliers, mais pas aux professionnels. Alors que lorsque nous avons milité pour avoir un prix du gasoil pour professionnels, il nous a été répondu qu’il n’était pas possible de le décorréler du tarif des particuliers. Là, on voit que c’est possible. C’est un point positif. Alors, on va repartir à la charge ! Les adhérents de l’OTRE ne demandent qu’à travailler en partenariat avec les sociétés d’autoroute, la Région, le Département, les collectivités. » L’obligation pour les poids lourds d’être équipés d’autocollants matérialisant les angles morts du chauffeur, depuis début 2021 ?

Tout ce qui nous entoure est passé par un camion. Pas de camion, pas de vie sociale

« Très bien. Mais, j’aurais peut-être inclus un module de formation dans le permis de conduire pour l’expliquer aux gens. Dans cinq ans, l’autocollant fera partie du paysage du véhicule, tandis que si vous faites venir une classe de gamins et vous en faites monter un dans le camion, que vous lui dites de regarder dans le rétro et qu’il ne voit pas ses copains, il va s’en souvenir toute sa vie. »

« MON NOM SUR LES CAMIONS »

La volonté de développer le fret ferroviaire n’étant pas à l’ordre du jour, le transport routier a encore de beaux jours devant lui. Bien implanté à Saint-Vincent-de-Tyrosse, malgré les opportunités de partir à Saint-Geours-de-Maremne ou Dax, le groupe Peixoto vient d’acquérir du terrain pour s’agrandir sur place. « Nous voulons asseoir notre activité dans les deux domaines que nous maîtrisons, le transport sous température dirigée et le groupage en fruits et légumes. Optimiser notre outil au niveau régional et national et améliorer toujours ce qui nous différencie : la qualité, l’hygiène, la sécurité alimentaire. À chaque instant je peux connaître la température dans chacun de mes camions. Il y a mon nom dessus et il faut que le boulot soit bien fait. »