Couverture du journal du 18/09/2021 Consulter le journal

[ Soorts-Hossegor ] Jardin haute couture

À Soorts-Hossegor, le jardin privé créé par le paysagiste Iñaki Dachary vient de remporter le prix de bronze des prestigieuses Victoires du Paysage. Une consécration dans la profession.

jardin haute couture soorts hossegor

© D. R.

Dès l’entrée, les pas en béton semés dans un désordre étudié jusqu’à la maison donnent le ton. « Le jardin doit apparaître comme une évidence et donner l’impression qu’il n’y a pas eu d’intervention de l’homme sur la nature », résume Iñaki Dachary (Polygonum Paysages, Orègue, 64), concepteur du jardin Spang à Soorts-Hossegor. Sa création vient de valoir à ses propriétaires, le prix de bronze des prestigieuses Victoires du Paysage dans la catégorie jardins particuliers, décernées par l’interprofession (Val’Hor).

Pour envelopper cette demeure dessinée dans l’esprit des lieux par François Gassan et XB Architectes, dans le droit fil de l’architecture organique développée par Frank Lloyd Wright au début du XXe siècle, « l’image de la maison dans la pinède s’est immédiatement imposée ». La composition paysagère dessinée en plusieurs tableaux aux ambiances successives, déroule ses sous bois de bruyères, de fougères, de cistes, de lierres et de graminées au creux du couvert de pins, d’arbousiers et de chênes verts. Sur le côté, des fascines en branches de châtaigniers tressées soutiennent la dune. Dans l’espace central du bassin de nage, un long tapis vert de pelouse s’étend jusqu’à la sculpture mauve « Chaos & Order II » de Thomas Schöenauer, posée sur un écrin de vivaces fleuries aux coloris assortis.

« Nous travaillons avec le vivant »

jardin haute couture soorts hossegor

© D. R.

Les secrets de l’alchimie qui conduit au trophée ? « En tant que paysagiste-concepteur, j’ai l’impression d’être un couturier, confie Iñaki Dachary. Avec les propriétaires qui sont de véritables esthètes et considèrent le jardin comme une œuvre d’art, j’ai choisi l’étoffe. Je l’ai tissée, brodée, à partir de la fibre issue de la palette végétale adaptée, dans un remarquable travail d’équipe avec les pépinières de l’Ermitage à Saint-Jean-de-Marsacq, fournisseurs des végétaux du sous-bois et l’entreprise d’espaces verts Guichard à Biarritz, qui a réalisé les travaux. »

Sur le terrain bouleversé par la construction, il a fallu reconstituer la forêt avec des sujets arborés de 4 à 6 mètres, dénichés dans les pépinières Sils-Massaneda, en Catalogne.

Plantés en 2017, « quelques mois plus tard, ils donnaient l’impression d’avoir toujours été là ». Et même si la première année, le jardin a essuyé une tempête et l’une de ces gelées rares sur le littoral, il pousse très vite. « Nous travaillons avec le vivant. À la livraison, le jardin est encore un enfant, observe le paysagiste. Aujourd’hui, le sous-bois évolue rapidement, des zones d’ombrage et d’ouverture se créent. Il est essentiel de l’écouter toujours, d’adapter chaque intervention complémentaire. Et de continuer à le choyer dans la durée. »