Couverture du journal du 17/02/2024 Le magazine de la semaine

Shield Robotics : défis drones

Homme volant, élagage d’arbres, projets militaires… La technologie développée sur drones par Shield Robotics à Saint-Geours-de-Maremne permet de multiplier les applications sur mesure. Le carnet de commandes d’Anthony Gavend est plein à sept mois

Shield Robotics

Vincent Descols, le champion du monde de wingsuit avec quatre réacteurs 100 % électriques © Skyvibration, Shield Robotics essai en vol Ewing

Il a créé ses premiers logiciels de contrôle réseau alors qu’il n’était qu’un collégien à Peyrehorade. Rapidement, le jeune homme quitte le lycée – en seconde – pour monter sa toute première entreprise. Aujourd’hui, à seulement 34 ans, Anthony Gavend gère trois structures différentes : une dans l’informatique, une dans la robotique (les deux dans les Landes) et une autre, par le hasard des rencontres, dans l’agro-pastoralisme en Auvergne-Rhône-Alpes pour aider à la « cohabitation intelligente avec le loup grâce à l’outil numérique… »

Shield Robotics

Anthony GAVEND © J. D.

DE LA R&D POUR L’ARMÉE ET DES START-UPS

Shield Robotics, c’est vraiment son bébé. Après l’avoir créée à Hinx il y a deux ans, l’autodidacte landais s’est résolu à déménager à Saint-Geours-de-Maremne en mai dernier pour attirer des profils haut de gamme. « Le gros avantage ici, comme on est à un quart d’heure de la plage, c’est qu’il y a une meilleure attractivité pour l’embauche d’ingénieurs (en mécanique, logiciel système embarqué…), même si le problème de logement se complique », explique celui qui a ainsi triplé sa surface de travail, avec deux ateliers de 150 m2 chacun à Domolandes, le technopôle landais de la zone d’activités Atlantisud.

Ici, l’équipe d’une quinzaine de personnes fait « beaucoup de recherche et développement, principalement autour du drone, pour différentes sociétés, de la petite structure ou start-up qui a une idée à mettre en œuvre à de gros groupes comme Safran ou Thalès et aux armées françaises. Les projets exceptionnels, c’est notre quotidien. »

L’an passé, un client monégasque a demandé à Shield Robotics de lui fabriquer une voiture volante avec pilote embarqué, qui vole à 70 km/h, comme l’ont montré des tests effectués en Italie.

« On vient de faire voler Vincent Descols, le champion du monde de wingsuit [la combinaison ailée, NDLR], avec quatre réacteurs 100 % électriques pour pousser plus loin le rêve d’Icare de voler comme un oiseau. Ça fait un an qu’on travaille sur ce projet », commente Anthony Gavend.

Shield Robotics travaille aussi sur des ULM électriques pour réduire la pollution sonore. « À chaque fois, on utilise nos techniques initialement prévues dans les gros drones pour l’adapter aux engins pilotés. » Dans sa stratégie de développement, la société vient d’annoncer l’ouverture, fin 2022, quelque part sur le territoire de Maremne Adour Côte Sud (Macs), d’une piste privée sécurisée d’un kilomètre de long pour certains de ses essais de drones ou objets volants : « C’est très recherché par nos clients », assure le dirigeant.

SEMAINE DE QUATRE JOURS SANS HEURES SUPPLÉMENTAIRES

Le rythme de croisière de l’entreprise est actuellement de 20 à 22 projets par an, pour des prototypes pouvant coûter jusqu’à 500 000 euros pièce. Le carnet de commandes ? Plein à sept mois, avec un chiffre d’affaires (CA) multiplié par six en un an, à 600 000 euros dont 60 % dans des projets de défense : « Je voulais les cantonner à 40 %, mais l’Ukraine a changé beaucoup de choses », commente Anthony Gavend. 2023 a commencé « avec environ 80 % du CA de l’an passé déjà signé », précise le dirigeant qui a prévu d’embaucher cinq nouvelles personnes d’ici la fin de l’année pour accompagner son développement à vitesse grand V.

Il ne devrait pas avoir de mal à trouver avec son « management novateur », comme il dit : « La majorité des bureaux d’études ont tendance à mettre beaucoup de pression sur leurs ingénieurs. Nous, nous avons choisi la semaine de quatre jours depuis un an : 34 heures et heures supplémentaires interdites. Résultat : pas de gain ni de perte de productivité. La stratégie derrière, c’est d’avoir un bon équilibre entre famille et travail. »